Loïc Nottet cherche la lumière dans l’obscurité avec « Sillygomania » son nouvel album. 

Curieux et touche à tout, voici quelques adjectifs pour décrire ce petit prodige de la musique. A seulement 24 ans, Loïc Nottet à déjà brillé dans de nombreux domaines, s’essayant à la fois à la danse, la chanson et l’interprétation. De ses débuts à l’Eurovision en passant par le parquet de Danse Avec Les Stars, l’artiste belge à déjà plusieurs cordes à son arc malgré son jeune âge. Doté d’une voix puissante et à la pureté rare, Loïc a réussi à imposer son style particulier au monde, et a su rester authentique et fidèle à ses idées et à lui-même.

En 2017, il perfectionne son univers avec la sortie de « Selfocracy ». Telle une longue histoire qu’il fallait dérouler, « Selfocracy » se construisait comme une ode à l’interprétation et à la théâtralité. Avec des titres comme « Million Eyes » ou encore « Mud Blood », le belge avait su créer un univers très cinématographique entre ombre et lumière, pour un album dense ne racontant qu’une seule et même histoire.

Trois ans après « Selfocracy », c’est donc avec « Sillygomania » que nous revient le jeune belge. Un nouvel opus signe de renaissance créative pour Loïc Nottet, qui n’avait pas envie de s’enfermer dans un seul et même univers. Si certains chanceux avaient pu entendre certains inédits lors de son concert à la Salle Pleyel, pour les autres, la découverte reste entière. Qu’à cela ne tienne, les 14 titres de cette nouvelle création sont donc là pour écrire une toute nouvelle histoire qui s’annonce déjà plus lumineuse !

« Sillygomania » s’ouvre avec le titre qui lui donne son nom. Une introduction dans la lignée de celle de « Selfocracy », qui nous intime de tendre l’oreille attentivement. Symphonique, la mélodie nous emmène dans un univers singulier, à mi-chemin entre les rêves et les cauchemars, avec son piano hanté par les chœurs. Une invitation à se plonger dans les souvenirs, qu’ils soient bons ou mauvais. Des souvenirs qui peuvent transformer la plus calme des personnes en une personne pleine de haine et de vengeance. Des souvenirs qui peuvent créer des angoisses et plonger le sujet dans un profond désarroi et une certaine détresse personnelle.  « So even if it is true that we shouldn’t forget, more than one man has gone mad through remembering too much. »

C’est avec « On Fire » que Loïc Nottet avait amorcé son grand retour. Sur une mélodie aux rythmes pop alternatif et des accents très urbains, le chanteur laisse éclater sa voix claire et puissante. Un titre très organique, qui sonne pourtant très aérien dans l’univers sombre du belge. Une impression renforcée par les beats profonds et les battements qui viennent ponctuer ce morceau, en opposition aux respirations bienvenues. Dès l’ouverture, on retrouve une nouvelle fois les inspirations du chanteur et notamment Sia.

Changement d’ambiance avec « Heartbreaker ». Sur un instrumental inspiré des grands tubes des années 80, on retrouve avec plaisir le côté dansant du chanteur avec une mélodie infectieuse et ultra-vitaminée. Malgré la batterie très ancrée qui vient donner le ton et le rythme pour nous inciter à garder les pieds sur terre, c’est la voix puissante de Loïc qui vient relever et donner du relief à cet univers so rétro.

« Rosa Maria » laisse ensuite place à des sonorités chaudes et latines. Un titre sensuelle et plus libéré que les précédentes compositions du belge. On se retrouve entre un « Havana » de Camila Cabello et un « Wild Thoughts » de DJ Khaled avec cette guitare enflammée façon gitane et ces beats plus organiques et ancrés qui viennent apporter de la profondeur au titre. Des sonorités qui peuvent étonner dans l’univers de Loïc Nottet mais qui trouvent ici parfaitement leur place.

Avec « Liar », on retrouve les fondamentaux du genre de Loïc. Comme une extension de « Selfocracy », le morceau nous propose une énergie indéniable, teintée de mélancolie. Le côté digital du titre lui donne toute sa modernité alors que la mélodie se fait plus minimaliste et laisse la voix du chanteur s’exprimer. On pourrait faire la même comparaison avec « The One » qui est pourtant encore plus profond avec cet écho sombre qui vient habiller la mélodie. On retrouve ici de lointains airs de « Hungry Hearts » ou encore « Dirty » et ce n’est pas pour nous déplaire !

« 29 » se présente comme la première parenthèse douce de cet opus. Un titre comme suspendu à la voix du chanteur qui délivre ici toute sa puissance et sa nuance avec des notes sautant plusieurs octaves avec une facilité déconcertante. Une interprétation pleine d’émotion où les paroles déchirantes viennent répondre à la mélodie et porter le message. Celui d’un couple en pleine rupture qui ne désire qu’une seule chose : une dernière étreinte avant de prendre des chemins différents. « Slowly let me down / Every word pulls me apart / Gently tell me how / To forgive me now / ‘Cause all I need is on your lips / They’re my enemy / They’re my remedy / So slowly let me down / Give me a kiss just one last time ». Pas d’animosité mais beaucoup de tendresse et de regret dans ce joli titre.

C’est en 2017 que Loïc Nottet nous a offert « Doctor ». Un premier titre taillé pour Halloween – fête préférée du chanteur – qui possède toute la noirceur de cette fête et qui n’est pas sans nous rappeler « Bitch Better Have My Money » de Rihanna avec ses accents RnB, presque rap. Une composition qui se présente comme un appel à l’aide, agrémenté de bruits d’éclairs et de cloches pour un sentiment 100% immersif.

« Gun » s’impose comme un nouveau moment de grâce. Dans la veine de « 29 », c’est le piano qui vient nous cueillir et nous faire entrer dans cette mélancolie douce et déchirante. Une ambiance qui se veut aussi feutrée avec des sonorités old-school et une prestation vocale sans faille de la part du chanteur en fin d’enregistrement.

« TWYM » s’oppose dans sa composition à « Cry Out ». Le premier, comprendre ici « The Way You Move », est un titre ultra-vitaminé aux inspirations funk et à l’énergie indéniable, qui incite à danser sans complexes. Des cuivres viennent créer la rupture avec le morceau suivant, « Cry Out ». Pour ce titre, c’est d’une histoire personnelle difficile que l’inspiration est venue. Le décès d’un ami d’enfance et l’augmentation du taux de suicide chez les jeunes. Un sujet difficile pour un morceau crève-cœur, en tout honnêteté.

« Candy » s’impose comme la seconde pépite particulière de cet album. Egalement dévoilé à l’occasion d’Halloween, « Candy » était la tête de proue d’un projet d’envergure : un court métrage glaçant de 21 minutes sur le thème d’Hansel et Gretel. Point d’orgue de ce film démoniaque et poétique, le titre qui donnait son nom au trip sombre. A la manière de son prédécesseur « Doctor », « Candy » se présentait comme une production organique, remplie de sonorités RnB et urbaines. Un titre sombre et fort qui nous plonge pleinement dans un conte burlesque inquiétant.

Comme pour boucler la boucle, « Farewell » pourrait être la réponse à « Sillygomania » et une certaine suite à « The Whisperers » présent sur « Selfocracy ». On retrouve la volupté de l’introduction avec toujours la présence de ces chœurs très aériens et cette mélodie douce et légère. Ici, il est aussi question de démons et de pensées négatives empoisonnant l’esprit, mais il y a de la lumière dans ce discours. Avec des paroles d’encouragement et d’espoir : « Say goodbye to your nightmares and past demons. To be happy, you must listen to yourself, not their sinister whispers. Don’t be afraid to turn the page and write a much more beautiful story. ».

Pour le dernier titre de ce nouvel opus, Loïc Nottet abandonne pour la première fois l’anglais pour interpréter le titre « Mr/Mme » en français. Pendant un peu plus de 6 minutes, c’est avec peine que le chanteur nous avoue ses peurs et pensées les plus intimes, pour délivrer une ballade puissante et intense. Une lettre ouverte et le cœur à vif pour des mots crachés sur  le papier mettant en avant le monde dans lequel il vit et ses rêves de liberté et de paix. Un titre que l’on oserait dire parfait tant il est bourré de talent et précis dans sa réalisation, comme un énorme lâché prise et une mise à nu osée et volontaire, pour laisser vivre enfin toutes ses pensées. « J’voudrais m’écrire un monde / Une planète rien qu’à moi / Une planète sur laquelle / Je me sentirais moi / Un renouveau sans chaînes / Dépourvu de haine / Une planète sur laquelle / Tu me donnerais des ailes. ». 

« Sillygomania » est disponible sur toutes les plateformes.

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L'avis de la rédac'

Près de 3 ans après « Selfocracy » c’est avec une nouvelle histoire que nous revient Loïc Nottet avec « Sillygomania ». Un récit où doutes et peurs viennent se mêler aux espoirs et rêves du chanteur. La force de cet album réside sûrement dans la puissance versatile du chanteur, qui alterne facilement entre funk, pop ou encore compositions déchirantes et sonorités plus urbaines. Des nuances à saisir et à savourer tant elles sont un reflet de la personnalité de Loïc Nottet. On apprécie aussi la construction narrative de l’album, qui n’a pas à pâlir devant celle de « Selfocracy ».