« Petals For Armor » : un album libérateur pour la chanteuse-compositrice et musicienne Hayley Williams

En 15 ans de carrière en tant que chanteuse au sein du groupe rock Paramore, Hayley Williams avait toujours refusé de poursuivre une carrière solo, son identité artistique appartenant pour elle exclusivement au groupe. Même lors de collaborations avec le rappeur B.o.B, le DJ Zedd ou encore les groupes Chvrches et American Football, son travail était toujours crédité sous le nom d’artiste « Hayley Williams of Paramore ». Et pourtant trois ans après la sortie de « After Laughter », le dernier album en date du groupe, Hayley sort pour la toute première fois sous son propre nom un album intitulé « Petals For Armor », à la grande surprise de tous, elle incluse. Toutefois, si cela peut rassurer, l’album a été produit (avec brio!) par son acolyte de longue date Taylor York, guitariste dans Paramore, mais aussi co-écrit en partie avec Joey Howard, bassiste dans la formation musicale américaine depuis 2016.

Tout commence début janvier 2020 lorsque l’attention est subitement attirée sur un compte Instagram mystérieux intitulé petalsforarmor, suivi par quelques personnes de l’entourage de Hayley. Après de longs jours dans l’incertitude, des affiches promotionnelles apparaissent les unes après les autres dans les environs de salles de concert renommées de grandes villes telles que New York, Londres ou encore Mexico et il n’y a plus aucun doute, l’artiste prépare son retour sur le devant de la scène. Le 22 janvier 2020 marque la sortie tant attendue de « Simmer », le premier single d’une série dévoilée au compte-goutte.

Hayley Williams a fait le choix peu orthodoxe mais ingénieux de diviser son album en plusieurs parties afin de permettre aux auditeurs de digérer la multitude de thèmes lourds qu’elle aborde. « Petals For Armor I » et « Petals For Armor II » voient alors le jour à deux mois d’intervalles (en février et en avril), avec cinq chansons chacun, avant de dévoiler l’entièreté de l’album ce 8 mai 2020.

Petals For Armor

« Petals For Armor » est le fruit d’années d’expériences personnelles traumatisantes et d’émotions jusque-là enfouies au plus profond de l’artiste, qui est maintenant prête à les libérer et à les affronter. Le tout premier single « Simmer » nous plonge directement dans une atmosphère pleine de tensions. Ce morceau détaille la colère ainsi que les peurs de l’artiste qui essaie tant bien que mal de les apprivoiser sur un rythme menaçant (« Rage is a quiet thing / Ooh, you think that you’ve tamed it / But it’s just lying in wait / Rage, is it in our veins? / Feel it in my face when / When I least expect it »). Malgré la difficulté, elle nous amène petit à petit vers la paix intérieure et la (re)connaissance de sa féminité, toutes deux exprimées par la métaphore des pétales formant un bouclier autour de soi. Avec son refrain accrocheur et sa basse groovy, « Simmer » est une chanson forte,  riche en symbolique mais surtout un premier pas vers l’acceptation de ses sentiments difficiles à digérer.

 « J’avais besoin de ces chansons pour m’aider à arriver à un endroit où je pourrais nommer ma honte, faire l’inventaire de mes cicatrices émotionnelles, de mes vrais amis, de mes mécanismes de défense affreux et découvrir ce que je désire pour ma vie. »

« Leave It Alone » vient nous cueillir tout en délicatesse. La sensibilité de la voix est mise en exergue par des guitares lointaines et des vagues de synthé créant un ensemble merveilleusement aérien, bien que mélancolique. Le fond est profondément triste, on y voit l’artiste avoir du mal à se faire à l’idée de perdre les personnes qu’elle aime. Cependant, sa force réside dans le fait que n’importe qui peut s’identifier au texte et se sentir moins seul dans ses émotions pesantes.

Virage à 180 degrés, « Cinnamon » contraste musicalement parlant complètement avec le morceau précédent. « Cinnamon » est une ode à la féminité et au confort de sa maison. Ce sentiment de sécurité est mis en évidence par un paysage sonore chaleureux et dansant, un aspect qui se montrait jusqu’à présent timide. Les paroles « I’m not lonely, babe, I am free » soulignées par une ligne de basse funky sont réjouissantes et délicieusement inspirantes : Hayley montre que le fait d’être seul(e) n’est pas toujours une mauvaise chose.

« Creepin » et « Sudden Desire » sont toutes deux des chansons plus sombres mais différentes par bien des manières. « Creepin » se caractérise par des couplets mélodieux tout en retenue tandis que les refrains se veulent plus percutants avec une touche d’expérimentation qui nous sort rapidement de l’état d’apaisement dans lequel nous nous trouvions. Avec un titre explicite, « Sudden Desire » traite d’une émotion inédite qu’est le désir. S’ensuit un débat interne de sentiments mitigés concernant cette personne qu’elle ne peut pas avoir. L’instrumental reste en soi minimaliste et laisse la porte ouverte à la voix intense et puissante d’Hayley telle qu’on la connait, rendant le tout encore plus intense.

Une note vocale nous invite ensuite sur le titre suivant. Avec « Dead Horse », Hayley Williams s’attaque à une partie importante de sa vie personnelle : sa relation controversée avec son ex-mari, et tout ce qui a conduit à leur divorce. La chanson commence par des notes de piano légères qui annoncent avec surprise (ou non, lorsque l’on se souvient de la double face de « After Laughter ») le caractère enjoué et le rythme infectieux de l’instrumental. Sur fond de basse funky et percussions clinquantes, cette dernière s’inscrit en dissonance totale avec la lourdeur émotionnelle du texte (« I got what I deserved, I was the other woman first / Other others on the line / But I kept trying to make it work »). Hayley Williams s’inspire également des Lijadu Sisters, un duo de musique nigériane ayant œuvré entre les années 1960 et les années 1980, et nous régale ainsi de sonorités dépaysantes.

L’écoute se poursuit avec « My Friend » et « Over Yet », des morceaux (plus) optimistes et emplis d’espoirs sublimés par la voix harmonieuse de la chanteuse.

« Roses / Lotus / Violet / Iris » se veut résolument féminin. Par les paroles prônant le woman empowerment ainsi que par la collaboration avec boygenius, le groupe exclusivement féminin composé de Julien Baker, Phoebe Bridgers et Lucy Dacus dont la délicatesse et la pureté des harmonies nous transportent et nous captivent. Les métaphores florales se multiplient et prennent tout leur sens : Hayley Williams apprivoise sa féminité et s’épanouit pleinement dans l’acceptation d’elle-même. Il n’est pas question non plus de se comparer aux autres.

« Why We Ever » est probablement l’une des chansons les plus émouvantes de l’opus. Le texte est introspectif, magnifié par la voix douce et sensible de la chanteuse qui dégage une certaine tristesse.

Si les deux premières parties de « Petals For Armor » reflètent les traumatismes de l’artiste et nous font voyager à travers ses peines et ses états d’âme, la troisième partie, amorcée par « Pure Love », témoigne de la guérison de ses blessures.

 « Pure Love » et « Taken » sont toutes deux fortement construites autour d’une ligne de basse groovy. Tandis que dans la première, des vagues de synthé créent un refrain décidément dansant, la deuxième, elle, flirte avec le genre R&B. Hayley Williams se montre vulnérable dans « Pure Love », laisse tomber la carapace qu’elle s’est construite et semble avoir trouvé l’amour dont elle avait besoin dans « Taken ».

« Sugar on the Rim » est indéniablement la chanson la plus expérimentale de l’album. Des sonorités disco, qui auraient eues un succès phénoménal dans les années 90, nous surprennent et donnent une certaine dynamique aux paroles. Comme une parenthèse avant « Watch Me While I Bloom », qui elle se montre plus sage, laissant place entière à la performance vocale de l’artiste, jusqu’au refrain résolument rétro. On se surprend même à esquisser quelques pas de danse !

Pour refermer cet opus, Hayley Williams nous offre « Crystal Clear », une chanson soigneusement conçue. L’artiste n’a plus peur, comme dans « Pure Love ». Elle laisse derrière elle toute la douleur qu’elle a endurée pendant des années, alimentant la métaphore de l’eau vue dans « Dead Horse ». Mais cette fois-ci, l’eau de sa nouvelle relation est claire et lisse.  Le morceau est apaisant, appuyé par des percussions rebondissantes. Une façon magnifique de refermer ses blessures et aller de l’avant.

Les fans vont malheureusement devoir s’armer de patience avant de pouvoir entendre ces chansons en live, la tournée prévue ce mois-ci ayant été décalée à 2021.

« Petals For Armor » est désormais disponible en intégralité sur toutes les plateformes de téléchargement et de streaming.

4.5

L'avis de la rédaction

Hayley Williams expérimente de nouvelles sonorités pour se forger sa propre signature sonore et élargir son identité musicale en dehors de Paramore. « Petals For Armor » est un album très personnel, brut et avant tout cathartique pour l’artiste qui n’hésite pas à montrer sa vulnérabilité afin de s’affranchir de ses démons et enfin s’épanouir pleinement. Les thèmes abordés sont variés et découlent d’un besoin viscéral de mettre des mots sur ses maux. Hayley Williams a un talent indéniable pour faire ressentir des émotions fortes à travers un lyrisme honnête et authentique et nous impressionne par sa créativité (autant vocalement que musicalement), une chanson après l’autre.