En tête à tête avec le nouveau joyau de la pop britannique : Freya Ridings !

Vous avez forcément déjà entendu son timbre clair et profond à la fois. Freya Ridings a passé les derniers mois à truster les ondes radio avec des singles empreints d’une vulnérabilité et d’une élégance qui lui sont propres. « Lost Without You » ou encore « Castles » ont cumulé les écoutes, ouvrant la voie à un premier album très intime, mais dont les thèmes sont teintés d’universalité. En 2020, l’auteure, compositrice, interprète et musicienne britannique sera sur les routes d’Europe pour sa première tournée en tête d’affiche. Admiratifs du talent de Freya Ridings, nous avons profité de l’un de ses passages à Paris pour nous asseoir avec elle et parler de son enfance, de ses inspirations, de ses projets futurs ou encore de la place des femmes dans l’industrie musicale. Un échange des plus agréables, sous l’objectif bienveillant de Nazym H.

On The Move : Bonjour Freya. Nous sommes ravis de te rencontrer à Paris ! Es-tu heureuse d’être ici ?

Freya Ridings : Bonjour, merci à vous de me recevoir. J’adore être à Paris ! De plus, c’est la Fashion Week en ce moment, tout a tellement de style, la Tour Eiffel est magnifique… Bref, je suis une touriste (rires). Et les gens aussi, j’adore les gens ici.

On The Move : Reprenons du début, ton enfance. La musique a toujours été présente dans ta famille et tu as commencé à écrire très jeune, vers 9 ans. Comment était-ce d’avoir un père musicien ? Cela a dû influencer ton parcours…

Freya Ridings : Énormément ! J’ai grandi en voyant mon père jouer de la guitare et écrire ses propres chansons juste parce-qu’il aimait ça. La musique est son grand amour, elle était présente partout dans la maison. Par esprit de rébellion, je lui disais souvent : « je ne ferai jamais de musique, ça te rendrait bien trop heureux ! » (rires) Mais quand il partait en tournage, car il est acteur, je me faufilais dans son studio et je voyais la guitare. J’ai commencé à y jouer jusqu’à me rendre compte que j’adorais ça ! Cela me donnait confiance en moi à l’époque, comparé à l’école, où j’étais très timide et isolée. Je n’avais pas beaucoup d’amis car je suis rousse et grande, j’avais un physique différent. Donc trouver la musique et être en mesure d’écrire à l’oreille – car j’étais super dyslexique – a été un énorme tournant dans ma vie. Je ne m’étais jamais sentie bonne dans quoi que ce soit avant et, soudainement, je l’étais… Je sentais que je pouvais enfin être authentiquement moi sans que les gens ne me disent : « Sors de la scène ! » (rires)

© Nazym H pour On The Move

On The Move : As-tu déjà écrit des chansons avec ton père ?

Freya Ridings : Oh mon dieu, oui ! On a une chanson que j’ai d’ailleurs jouée à un de mes spectacles de fin d’année. Elle s’appelle « How Many Times », c’est une chanson classique à la guitare, comme un duo.

On The Move : À 16 ans, tu as rejoint la BRIT School. Quel est le secret de cette école ? Parce-qu’elle a vu passer de sacrés talents, comme Adele, Jessie J, Leona Lewis et puis toi !

Freya Ridings : C’est la seule école d’arts du spectacle au Royaume-Uni dans laquelle tu peux entrer sans diplômes préalables en musique. Étant dyslexique, je n’étais pas du tout formée à la musique puisque je ne pouvais pas la lire. Je n’aurais pu entrer dans aucune autre école. À la BRIT School, ils sont si accueillants, tu n’as pas à payer, c’est exclusivement basé sur tes compétences. Pour moi, c’était un concept très excitant puisqu’ils soutiennent vraiment les jeunes gens qui aiment sincèrement la musique. Ça n’a rien à voir avec l’argent, ou tes origines. Seul leur importe ce que tu as défendre, et la musique que tu veux créer. C’est une école incroyable ! J’ai passé toute mon enfance à penser que j’y trouverai ma tribu, ça n’a pas été le cas ce qui me brise le cœur (rires). Mais j’ai appris beaucoup, j’ai tellement appris en deux ans et je ne pourrais pas en être plus heureuse.

On The Move : Et maintenant, tu as plusieurs millions d’écoutes tous les mois sur Spotify !

Freya Ridings : Oui, c’est fou mais je ne les envisage pas comme de vrais nombres. C’est difficile à réaliser. Tu lis cela et tu te dis « ok » mais s’il fallait commencer à compter, des MILLIONS de personnes, ça fait vraiment beaucoup de monde ! Je veux dire… je pensais que personne ne m’écouterait jamais. J’ai littéralement écrit « Lost Without You » en pensant que je ne la jouerais, même pas à mes parents. C’est une telle mise à nu. Je me sens comme un crabe sans sa carapace. Pendant beaucoup de temps, j’ai fait des reprises de chansons que je pensais que les gens voulaient entendre. Mais ensuite, je rentrais à la maison et c’est seulement là que j’étais moi-même avec mes propres chansons. C’est un sentiment tellement réconfortant d’être acceptée pour ta vraie personnalité, même si elle est plus sombre. Je peux être moi-même maintenant et les gens ne me rejetteront pas. C’est juste le meilleur sentiment au monde !

On The Move : Tu as choisi de nommer ton album par ton nom. C’est parce-qu’il est particulièrement introspectif ?

Freya Ridings : Oui, absolument. Je pense que beaucoup d’albums sont écrits en un ou deux ans mais, celui-ci, j’ai mis tant de temps à l’écrire ! J’ai le sentiment que c’est une sorte d’introduction, comme pour dire bonjour aux fans d’une manière très honnête.

On The Move : Et c’est très appréciable ! Ta musique a déjà été reprise dans des programmes télévisés, comme Love Island qui est très suivi au Royaume-Uni, mais aussi dans Grey’s Anatomy. Qu’est-ce-que ça fait de s’entendre dans une telle série ?

Freya Ridings : J’ai tellement pleuré. Je n’avais pas pleuré à propos de « Lost Without You » depuis longtemps. Oh mon dieu, ce scénario ! De penser à la femme qui a dû endurer ça… C’est juste un honneur d’avoir sa chanson associée à une histoire qui va donner une voix à tant de femmes qui ont ressenti cela mais ne pensaient pas pouvoir en parler. Ça me rappelle à quel point les femmes sont fortes, ensemble. J’adore les chansons qui accompagnent les films, c’est vraiment ce que je préfère au monde. Donc c’était un immense honneur, d’autant plus que c’est Grey’s Anatomy ! (rires)

On The Move : Il nous semble que ta musique est basée sur des sons très purs, des instrumentales minimalistes. On y décèle quelque chose de London Grammar parfois. Font-ils partie de tes inspirations ?

Freya Ridings : J’adore London Grammar ! Mais ce n’était pas une chose consciente, à vrai dire. Florence Welch, Adele, Elton John : j’adore ces artistes. Il y a quelque chose chez eux qui résonne en toi, ce sont des voix que tu as envie de faire entrer dans ta vie. Je les aime tellement. Ce serait un rêve de collaborer avec eux.

On The Move : Tu as aussi un grand penchant pour les performances acoustiques. Tu les multiplies, dans les gares, les églises…

Freya Ridings : Au départ, j’avais tellement peur de m’asseoir là et de jouer. J’étais très intimidée. Quand nous avons commencé, c’était quasi de l’ordre de la subversion, s’infiltrer dans les lieux, jouer spontanément… Mais ce que je préfère, c’est regarder la vraie vie des gens se dérouler autour. Certains s’arrêtent, certains poursuivent leurs chemins. C’était juste fascinant, particulièrement lors de la session que nous avons faite à Tottenham Court Road. C’était une reprise de Lewis Capaldi et quasiment personne ne s’est arrêté. Puis, nous sommes revenus au même endroit après que « Lost Without You » ait été joué dans Love Island et je me demandais « Combien de personnes vont vraiment venir ? ». En fait, ils ont dû fermer la gare parce qu’on a été dépassé par les événements (rires). Personne ne pouvait plus bouger, j’ai eu si peur. C’est l’un de ces moments dans la vie où tu réalises à quel point les choses peuvent changer.

On The Move : On a adoré ta reprise de Lewis Capaldi !

Freya Ridings : Merci ! Je l’adore, c’est un ami. On faisait des démos dans le même studio. C’est là où j’ai enregistré « Lost Without You » et il était dans la pièce d’à côté. C’est une coïncidence vraiment drôle. Je l’adore, il est génial.

© Nazym H pour On The Move

On The Move : Tu as joué dans beaucoup de festivals l’été dernier. Tu as aussi fait les premières parties de Hozier et maintenant vient ta propre tournée. Qu’est-ce-qu’on peut en attendre ?

Freya Ridings : C’est la première fois que nous tournons en Europe depuis que l’album est sorti donc nous allons passer à l’étape supérieure. À chaque tournée, j’essaie de repousser mes limites. Réunir des musiciens extraordinaires autour de moi, travailler la setlist, ajouter des chansons… Je veux juste que tout soit toujours un cran au-dessus. Une bonne partie de l’album est dans la retenue, très épuré, donc on va continuer d’avoir ce genre de moments car ils me correspondent mais il y aura aussi un peu plus d’euphorie. Des sons un peu plus excitants et des surprises !

On The Move : Des surprises?

Freya Ridings : Des surprises oui, et de la participation de la part du public. J’adore ça ! Chanter des chansons tous ensemble.

On The Move : Il n’y a pas de featuring dans l’album. Était-ce un choix ?

Freya Ridings : Non, mais j’aurais adoré en faire ! En fait, je pense que quand tu débutes, et que tu ne connais pas grand monde, tu n’as juste pas l’opportunité d’en faire. J’ai toujours voulu faire un duo avec Lewis Capaldi, ce serait si fun. On se le dit depuis 2 ans et demi mais c’est si compliqué de trouver l’occasion, tout le monde est très occupé. Mais on trouvera le temps dans le futur, j’en suis sûre !

On The Move : Y-a-t-il d’autres artistes avec lesquels tu aimerais collaborer ?

Freya Ridings : Hozier, c’est sûr ! Ce serait vraiment un rêve. Comme je le disais précédemment, Florence Welch, Adele – elle est un peu un dieu vivant – mais aussi Taylor Swift… Juste les artistes qui m’ont inspirée en grandissant.

On The Move : Penses-tu que tu aimerais écrire pour d’autres personnes ?

Freya Ridings : Oh mon dieu, oui, j’adorerais ! En fait, parmi toutes les choses super excitantes qui m’arrivent depuis « Lost Without You », la plus importante pour moi est que les gens commencent à me prendre au sérieux en tant qu’auteure. C’était très frustrant pour moi, quand tu vas en session et que les gens sous-entendent que tu ne peux pas faire les choses seule parce que tu es une femme. Je me disais : « ne me faites pas ça ! ». Mais maintenant que j’ai une chanson dans le Top 10 qui est 100% la mienne, plus personne ne peut me dire que quelqu’un d’autre l’a faite pour moi.

J’apprécie cela, car c’est tellement ennuyeux… En session, trop de gens insinuent que les femmes ne sont pas capables d’écrire leurs propres chansons. De quoi parlent-ils ? Nous en sommes tellement capables ! Mais ces personnes ne sont pas élevées pour croire ça. À la seconde où tu veux créer de la musique, on te dit : « il y a ce garçon qui peut jouer tes instruments » ou « il y a ce garçon qui peut t’écrire des chansons ». Mais, on peut faire tout cela nous-mêmes ! On nous fait juste comprendre que ce n’est pas la norme. Mais heureusement, les femmes reprennent du pouvoir. Si j’avais dû attendre qu’un homme m’écrive une chanson, je serais encore en train d’attendre.

On The Move : C’est tellement regrettable… Les membres des Little Mix se sont déjà exprimées sur les mêmes problèmes.

Freya Ridings : En fait, dans l’industrie musicale, il y a évidemment énormément d’auteures-interprètes incroyables. Mais, si on regarde dans l’ombre, sur une centaine de personnes avec qui j’ai collaboré à l’écriture ou à la production, j’ai peut-être travaillé avec deux femmes, qui étaient exclusivement auteures. Les statistiques sont folles ! Plus tu deviens conscient de ça, plus tu as envie de connaître l’origine et l’histoire des chansons. Par exemple, j’adore Beyoncé, évidemment, mais savoir que “Run the World (Girls)” a été écrite par une douzaine d’hommes, c’est plutôt contrariant. Donc, on a encore du travail à ce niveau !

On The Move : Qu’est-ce qui te rend le plus heureuse dans tes projets à venir ?

Freya Ridings : Le plus excitant est d’avoir toutes ces opportunités qui s’offrent à moi alors qu’elles me paraissaient être des rêves impossibles il y a encore deux ans. Jouer devant des milliers de personnes cet été… ça a été le meilleur été de ma vie. De loin ! C’était vraiment incroyable.

On The Move : Nous te souhaitons que cela continue. Merci beaucoup !

Freya Ridings : Merci à vous !

Interview menée par Coline Gaillard
Photographies par Nazym H / @nazym_h