Halsey met en musique ses joies et ses peines sur « Manic »

En voila une qui n’a pas froid aux yeux ! Artiste la plus imprévisible de cette nouvelle génération, Halsey s’est depuis quelques années inscrite comme une interprète de talent, aussi douée dans ses textes que sur scène. En 2015, le monde découvre ce petit bout de femme et son univers aussi particulier que sa voix. Avec « Badlands », son premier opus, Halsey nous propose alors une entrée en matière froide et travaillé dans son monde, avant de nous offrir une histoire d’amour à la Roméo et Juliette sur « hopeless fountain kingdom ».

Aujourd’hui c’est avec « Manic », un tout nouvel album que nous revient la chanteuse. Un opus qui se veut être le reflet de sa personnalité et surtout de sa vie de tous les jours. Toujours honnête avec ses fans, Halsey avait déjà confié à ses fans souffrir de troubles bipolaires. Une condition qui peut compliquer ses relations au jour le jour, mais qui pousse également sa créativité à l’extrême. Mélange de rock, pop, hip-hop et de country, cet opus serait une mise en musique de cet état. Une collection de ses envies, de ses passions et de « ce qui lui passe par la tête. »

« Ecrire cet album a été une véritable leçon de pardon envers moi-même. J’ai appris que je devais être fière de moi et tendre avec moi-même, même si le monde est fait pour que nous nous détestions. J’espère que cet album vous trouvera et vous apportera cette même paix. Ce n’est pas une paix silencieuse. C’est une paix qui fait du bruit et qui demande à être entendue. »

L’écoute s’ouvre d’abord avec « Ashley ». Derrière le côté électronique et expérimental de la mélodie, on retrouve une ambiance intimiste mais dense. Une volupté lourde de beats et de basse, avec lesquels contraste le synthé habité mais discret. Un mélange particulier qui interpelle et nous fait entrer avec brutalité dans l’univers d’Ashley donc, et non d’Halsey. Un titre vu de sa perspective et surtout, qui vient de l’intérieur. Une noirceur lumineuse dans la composition qui évoque donc aussi l’état d’esprit de la chanteuse et son envie de mettre en lumière ses émotions. En fin d’enregistrement, Halsey rend d’ailleurs hommage à l’un de ses films préféré « Eternal Sunshine Of The Spotless Mind ». Une autre référence à ce film se cache d’ailleurs dans le titre suivant.

L’écoute se poursuit avec « Clementine », du nom du personnage principal de « Eternal Sunshine Of The Spotless Mind« . Construit et pensé comme une comptine, le titre nous ramène à nos très jeunes années avec cette simplicité enfantine qui vient l’habiter et ces quelques notes de piano qui viennent marquer le rythme et donner toute sa saveur à l’atmosphère. Par dessus cette mélodie simpliste, c’est la voix de la chanteuse, tout en simplicité également qui vient dominer l’écoute. Si le titre bénéficie de cette construction particulière, on entend et perçoit la mise à nue de la jeune artiste et surtout, la prise de risque. Une bonne entrée en matière.

Avec quelques accords de guitare, « Graveyard » nous happe dès l’ouverture. À mi-chemin entre une composition country et un titre pop alternatif, le single est l’exact contraire de ce que l’on pourrait attendre de la chanteuse. Pas de pop revancharde ou d’explorations musicales, mais une composition douce et aérienne inspirée par Jon Bellion, The Monsters & The Strangerz ou encore Louis Bell. Hanté par l’honnêteté de la chanteuse, le titre se veut être le miroir des histoires d’amour déchirantes et douloureuses que la jeune femme a connu. Aimer jusqu’à se perdre.

Avec « You Should Be Sad », Halsey nous plonge dans une tout autre ambiance. Sortez les santiags puisque c’est un univers à la Dolly Parton que nous propose Halsey ! Baignée par des rythmes de guitare, la mélodie oscille entre les genres pour nous offrir de la country, une ballade pop mid-tempo, le tout relevé de guitares électriques pour exacerber le côté énervé et la tristesse qui empreint les paroles. Un titre qui de prime abord n’a pas la candeur d’un « Nightmare« , mais qui cache et dévoile toute ses saveurs dans sa simplicité. Halsey, ou comment mettre ses sentiments sur le papier et en musique.

Dans la veine de « Clementine », on retrouve ensuite « Forever… (is a long time) ». Si la pureté de ce titre peut nous interpeller, on retrouve également avec plaisir l’aspect cinématographique si cher à Halsey et déjà présent sur ses précédents albums. Un duel piano-voix qui nous embarque dans un univers où l’amour et la destruction sont de prime. Quelques notes qui prennent pourtant de l’intensité à mesure que les sentiments se transforment en ressentiment. On apprécie d’autant plus l’interlude musicale qui participe à bâtir et consolider l’histoire, d’autant que les distorsions en fin de titres ne sont pas sans nous rappeler son single pour la BO de 50 nuances de Grey.

« Forever… (is a long time) s’appelle comme ça car je voulais parler de ce long chemin qu’il faut emprunter lorsque l’on tombe amoureux. Puis de l’envers du décors quand cet amour est saboté par notre propre paranoïa et questionnement. C’est pour ça que la musique a ces deux faces si différentes. »

Prochain titre et premier invité. Sur « Dominic’s Interlude », l’artiste laisse carte blanche à Dominic Fike pour produire un titre aussi positif et entrainant qu’abrupte. On se trouve à en vouloir plus alors que le titre est déjà terminé, tant le côté enjoué de la mélodie et la voix du chanteur nous ont charmé. Une pause qui sert également à chapitrer l’album, comme une bouffé d’air au milieu de toutes ses émotions.

Si « I HATE EVERYBODY » joue encore sur la simplicité et une mélodie globalement dépouillée, elle permet de créer la rupture avec l’excellent « 3am ». Comme la conséquence du premier titre, « 3am » veut jouer sur le besoin et l’envie d’être aimé et de ne pas se sentir seul, surtout au milieu de la nuit. Des pensées intrusives qui poussent Halsey dans ses retranchements et nous offre cette mélodie forte qui emprunte des éléments rock et country ça et là. Un cocktail explosif qui capture d’emblée la vision de l’artiste et nous transmet toute sa peur et sa colère. Ultime surprise, la voix de John Mayer qui vient clôturer ce titre et introduire le suivant. Des mots d’encouragement et de soutient qui annonçaient déjà le succès de « Without Me ».

Lourd, intense, pleins d’émotions « Without Me » se présente comme un des morceau les plus poignants et personnels de l’enregistrement. Synthèse et bilan d’une douloureuse relation amoureuse, le titre était le premier single à mettre en lumière Ashley et non l’artiste Halsey. Un titre qui mêle émotions et colère, sur une mélodie abordant la pop et le rnb de manière brute et sans artifices, à l’image du message que la chanteuse cherche à faire passer. On note pourtant quelques airs aériens à travers cette composition très organique et puisé dans le vécu d’Halsey.

On ressort finalement les guitares avec « Finally // beautiful stranger ». Une jolie balade country parfaitement délicieuse qui nous ramène une nouvelle fois au cœur de Nashville. Un titre guitare-voix qui laisse toute la place à la chanteuse de s’exprimer et simplement relevé de quelques rythmes oniriques qui viennent apporter de la légèreté. Un style qu’Halsey n’avait pas encore eu le temps d’expérimenter mais qui sublime pourtant sa tessiture et laisse pleinement ses sentiments et émotions transparaître. Un titre romantique à souhait pour de long slow à partager à deux !

Avec « Alanis’ Interlude », Halsey prend cette fois le contrepied de l’industrie en prenant la place d’un homme et en se jouant des étiquettes. Point fort de ce nouvel interlude martelé par une batterie énervée et entêtante, la présence d’Alanis Morissette, légende de la chanson et interprète de l’intemporel « Ironic ». Une manière aussi de parler de l’image publique et de sa sexualité souvent décortiquée dans les médias : « ‘Cause he and she is her / And her and he are love / And I have never felt the difference ». Une Halsey totalement décomplexée, voila ce qu’il manquait à cet album.

Nouvelle référence cinématographique avec « Killing Boys » qui prend pour exemple Jennifer’s Body – l’ouverture est un dialogue du film – ou encore Kill Bill – « I Don’t Wanna Uma Thurman Your Ass ». Deux thèmes évocateurs qui transparaissent aussi dans la mélodie qui se veut plus organique et authentique. Une envie de vengeance qui la dévore et donne l’impression de courir après le temps, vers son but.

On ouvre ensuite un nouveau chapitre avec « SUGA’s Interlude », pour laquelle le groupe coréen SUGA a répondu présent. Un morceau délicat qui donne donc naturellement suite à « More », LE titre le plus personnel de cet opus. Pleins de douceur et aérien, « More » est un poignant hommage à son combat contre l’endométriose et son envie de devenir mère après plusieurs fausses couches. Une lettre ouverte à son futur enfant avec des paroles presque murmurées et prononcées du bout des lèvres, comme une confession : « I sit and I stare at your clothes in the drawer / I cry and my knuckles get sore / ‘Cause I still believe it won’t be like before / And now somehow I just want you more. ». Une sincérité pure qui joue avec notre corde sensible et qui nous offre l’un des plus beaux moments de cette écoute.

Juste avant de refermer cet album, on se plonge dans l’alternatif et pressé « Still Learning ». Comme pour affirmer que le public ne connait qu’un pan de son histoire, Halsey rappelle qu’elle continue d’apprendre et de faire des erreurs. Un titre dansant au tempo enivrant et un brin latino sur les bords. Et oui, il faut s’aimer soi-même avant d’en aimer un/une autre. Enfin, comme une boucle, « 929 » nous ramène au début de l’album avec cette tendresse et cette mélodie intimiste qui nous force à tendre l’oreille. Une fois de plus, plus que la mélodie, ce sont les paroles qui viennent donner le rythme et créer la musicalité de ce morceau. En soi, Halsey se retrouve donc seule avec elle même, ses peurs et sa créativité.

« Nice to meet you, my name is Ashley ». Voilà comme la jeune artiste présentait son album avant sa publication. À travers 16 titres, c’est toute la personnalité de la chanteuse qui s’exprime, tantôt en colère, tantôt triste ou sentimentale. Une palette musicale aussi large que ses émotions et ses pensées qui la touchent, passant de la country à la pop, en touchant au rock et à l’alternatif. Il y en a pour tout le monde et surtout pour Halsey dans cet album qui se veut cathartique et loin d’être revanchard. Après les histoires romanesques de « hopeless fountain kingdom » et le désespoir froid de « Badlands », l’authenticité et l’honnêteté de « Manic » vient nous frapper et nous charmer. Un troisième album réussi pour Halsey et un premier convaincant pour Ashley.

« Manic » est disponible sur iTunes.