« Hypersonic Missiles », un album aussi personnel qu’évocateur

Son nom est sur toutes les lèvres Outre-Manche, terre d’origine où il jouait à guichets fermés avec seulement un EP en poche jusqu’à ce jour. Pour ceux qui seraient passés à côté du phénomène Sam Fender, l’artiste Britannique faisait déjà partie de notre liste des talents prometteurs en 2018 et depuis, sa carrière a été propulsée dans le monde entier, des États-Unis au Japon, en passant par l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Né dans une famille de musiciens résidant à North Shields, une petite ville du nord-est de l’Angleterre, le destin de Sam Fender était tout tracé, même si la route fut longue. Ayant quitté le lycée afin de travailler et aider financièrement sa mère après le divorce de ses parents, le jeune Sam se voyait rester dans sa petite ville toute sa vie à servir des bières et écrire des chansons chez lui, que seuls les quelques habitants de la ville de pêcheurs auraient l’opportunité d’écouter, un verre à la main. Pourtant, un jour où il travaillait au pub, son patron reconnait un client peu habituel et demande à Sam d’arrêter de servir pour jouer quelques morceaux à la guitare. Ce client n’étant autre que le manager de Ben Howard, inutile de préciser qu’il l’a ensuite pris sous son aile et que l’avenir du jeune Sam s’est éclairé.

J’ai commencé à écrire pour moi, plutôt que de penser à ce que les gens voulaient entendre. Je vais juste continuer à écrire des chansons qui importent. 

Depuis ce jour de chance, Sam Fender a travaillé d’arrache-pied sur ses morceaux. Il a fait la première partie de nombreux grands artistes tels que Ben Howard, George Ezra ou encore récemment Bob Dylan et Neil Young et s’est produit dans le monde entier, en passant par les plus grands festivals. Son premier EP « Dead Boys », sorti en Novembre 2018, est un concentré de ce que Sam Fender sait faire de mieux. On y retrouve son talent naturel pour la composition, son honnêteté brutale et son sens des convictions essentiel sur fond de rock alternatif lisse. D’ailleurs, trois de ces morceaux atterrissent sur la tracklist de son premier album « Hypersonic Missiles ».

2019 est probablement l’année la plus marquante pour le chanteur-compositeur. Suivant la sortie de son EP, le titre « Play God » se retrouve en vedette du jeu vidéo FIFA, et l’artiste gagne le BRIT Critics’ Choice Awards, un prix qui a attiré l’attention sur des artistes au succès maintenant phénoménal tels que Sam Smith, Florence + The Machine et Adele. Ce n’est pas tout, Sam et son groupe se sont également présentés sur les plus grands plateaux TV tels que le « Jimmy Kimmel Live! » ou le « Tonight Show starring Jimmy Fallon ».

hypersonic missiles

« Hypersonic Missiles » est l’un des albums les plus attendus de 2019. Initialement prévu le 9 août, la date a dû être repoussée suite aux problèmes de voix graves dont le chanteur a souffert et qui l’ont obligé à annuler des performances, à son plus grand regret.

Bien que sept des chansons aient déjà été dévoilées au grand public, l’anticipation et la curiosité ne se font pas moins ressentir. Et le moins que l’on puisse dire est que « Hypersonic Missiles » est un album musicalement parlant aux saveurs différentes. Si l’on considère que certaines des chansons ont été écrites lorsque Sam Fender n’était âgé que de 19 ans, empli de désespoir et prêt à tout pour réaliser son rêve, l’album prouve la singularité et la maturité dont il faisait déjà preuve.

De manière plus que logique, on commence avec le single « Hypersonic Missiles », qui de prime abord s’avère fataliste. Sam y dépeint un portrait pessimiste de notre monde actuel et de l’impuissance à laquelle nous faisons face, tout en restant accro aux fruits du consumérisme (“I am so blissfully unaware of everything, kids in Gaza are bombed, and I’m just out of it. The tensions of the world are rising higher, we’re probably due another war with all this ire”). La musicalité de ce titre lui a valu des comparaisons avec Bruce Springsteen non sans être méritées : un solo de saxophone infectieux nous fait lâcher prise et accompagne la lueur d’espoir que Sam Fender essaie de souligner dans notre climat actuel.

Dans « The Borders » et « Two People », le chanteur-compositeur prouve une fois de plus son talent d’écriture en abordant le sujet de la violence domestique de deux manières différentes. Dans la première chanson, la gravité de l’histoire semble au second plan et est mise en contraste avec l’instrumental, euphorique et presque cathartique. Dans la seconde, le lyrisme est simple mais percutant, accompagné d’une mélodie douce et presque apaisante où seule la voix est déchirante. Dans la même veine, et avec un titre on ne peut plus clair, « White Privilege » comporte des accords de guitare modestes, laissant une place importante aux mots de Sam Fender, toujours aussi justes et sans prétention.

Vient ensuite la très populaire « Dead Boys », probablement la chanson la plus chargée émotionnellement et qui nous hante à chaque écoute. Le Britannique a écrit cette chanson à partir de son expérience personnelle, celle de perdre un ami proche par le suicide. Une prise de conscience des non-dits de notre société, de la masculinité toxique et des problèmes de santé mentale, toujours plus présents. Le titre commence par des accords de guitare mélancoliques et se transforme progressivement en crescendo urgent, avec la répétition des mots “all the dead boys in our hometown” semblant suggérer un besoin physique de faire entendre sa douleur.

« You’re Not The Only One » nous rappelle « The Borders » dans sa musicalité et semble confirmer la direction que Sam Fender souhaite prendre. Si vous étiez en manque de solo de saxophone, l’artiste Britannique nous en offre un de plus ! «  Saturday », quant à elle, sort tout droit d’un espace temporel plus lointain sur fond de rock frustré et pressant, agissant comme le miroir des émotions de la classe moyenne.

À la suite s’enchaînent deux de ses plus gros singles. Dans « Play God », Sam Fender explore une société dystopique aux similarités inquiétantes avec la nôtre et nous offre une fois de plus des paroles brutales associées à des guitares calmes toutefois légèrement oppressantes. La voix superbe et puissante de Sam Fender rend l’ensemble hypnotisant. Quant à « That Sound », un titre aux guitares explosives et à la batterie déterminée, Sam y exprime son amour pour la musique (“It’s the greatest revelation, it’s the only thing that keeps me grounded”) mais montre aussi la force dont il faut faire preuve lorsque les choses commencent à fonctionner et que la négativité et la jalousie de certaines personnes ressortent (“When my head comes crashing down, they’re all waiting at the bottom tryna claw me down beneath it all”). Si vous cherchez une voix à couper le souffle, elle est ici.

Des chansons d’amour, il y en a peu. Loin des stéréotypes du chanteur à la guitare, Sam Fender nous offre une vision différente du romantisme et ce déjà depuis la chanson phare « Hypersonic Missiles ». Pendant que « Will We Talk » nous conte l’insouciance et les passions éphémères de la folle jeunesse sur fond musical euphorique, « Call Me Lover » se lamente sur l’infidélité, sur un fond plus pop que ce que Sam nous a montré jusqu’à maintenant.

« Leave Fast » est une ode tiraillée à sa ville natale. Une chanson intime et organique qui reflète un sentiment de nostalgie, revisitant la ville dans laquelle il se sentait jadis pris au piège, qu’il aime néanmoins toujours. Son talent de composition nous projette directement dans cette ville érodée où, pour reprendre les mots de Sam Fender, de pauvres âmes sont oubliées par le gouvernement. Singulièrement, un grattement chaleureux de guitare vient ajouter une note supplémentaire de nostalgie au titre et le conclut ainsi parfaitement.

Pour clôturer ce premier album, Sam Fender nous propose une version live de « Use » dépouillée de tout artifice et qui vient mettre en vedette son chant incomparable, aussi bien dans les notes aiguës que graves.

« Hypersonic Missiles » est disponible en téléchargement.

Sam Fender sera en concert le 15 novembre à la Maroquinerie de Paris !