Rencontre avec la sensation américaine, en pleine préparation de son second EP !

Originaire du New Jersey, Cari Elise Fletcher s’est faite remarquée dès 2011 dans la version américaine de X Factor au sein du groupe Lakoda Rayne, formé pour l’occasion. Mais c’est surtout en 2016, sous le nom de Fletcher, que l’américaine d’aujourd’hui 25 ans introduit son son personnel. Mené par le puissant et combatif « War Paint », l’EP « Finding Fletcher » déploie en 6 titres une pop honnête et nuancée. En 2019, Fletcher promet de poser un nouveau jalon à sa carrière sous forme d’un deuxième EP, d’autant plus brut. L’excellent « Undrunk » sert d’introduction à cette collection de titres – capturant un moment singulier et particulièrement sensible de l’histoire de la jeune femme. Car derrière son charisme indéniable et son aura de pop star, se cache une figure solaire, généreuse, accessible mais aussi très déterminée lorsqu’il s’agit de prôner la transparence. Dialogue avec une artiste qui porte l’authenticité en étendard.

© David Fitt pour On The Move

On The Move : Salut Fletcher ! Merci de nous recevoir. On sait que tu as commencé à chanter très jeune. Quel est ton souvenir le plus lointain en rapport avec la musique ?

Fletcher : J’ai commencé par des leçons de piano d’abord. Mon professeur de piano se moquait de moi. Il disait à mes parents que je mettais beaucoup trop de temps à apprendre « Marie avait un petit agneau ». Il y avait un récital qui arrivait et il a dit : « Nous devrions la faire chanter plutôt que de lui faire jouer du piano ». Donc j’ai fini par prendre des cours de chant à partir de là, et j’ai commencé la formation classique quand j’avais à peu près 5 ans. Donc, dès mon plus jeune âge, la musique était toujours présente. C’est une grande partie de ma vie.

On The Move : Tu as ensuite étudié la musique au Clive Davis Institute of Recorded Music, à l’Université de New-York (NYU). Quand as-tu réalisé que tu pourrais faire de la musique ta carrière ?

Fletcher : Je ne sais pas trop s’il y a eu un moment précis où je me suis dit que je pouvais le faire. Dès mon plus jeune âge, c’était la seule chose qui me paraissait logique, la seule chose qui me passionnait et que j’aimais vraiment. Je pense qu’il y a quand même eu un déclic lorsque j’ai compris ce qu’était l’industrie musicale. Vers la fin du collège, alors que j’allais entrer au lycée, j’avais à peu près 14 ans et je me suis dit : « ok, les gens peuvent faire carrière dans ce domaine ». Et ça a été exactement mon but à partir de ce moment-là, je voulais chanter, écrire et faire de la musique pour le reste de ma vie.

On The Move : Tu as sorti « Undrunk » au début de l’année. C’est un titre très personnel, à propos d’une relation passée. Y a-t-il selon toi des sujets qui pourraient être trop intimes pour faire l’objet d’une chanson ?

Fletcher : C’est tellement drôle de constater que la musique est la seule façon pour moi de pouvoir dire tout et n’importe quoi. J’ai l’impression de dire dans ma musique des choses que je ne pourrais pas dire normalement. Le fait que j’y ajoute une mélodie et de jolies paroles, et que certaines personnes les chantent aussi, c’est un concept tellement amusant. « Undrunk » est une chanson que j’ai écrite sur une situation, une relation qui n’a pas vraiment connu de fin. C’est un peu tout ce que je voulais dire à cette personne et c’est comme une page arrachée de mon journal. Donc non, je ne pense pas qu’il y ait quelque chose qui soit trop tabou ou quelque chose que je ne dirais pas en musique parce que je pense que maintenant plus que jamais, les gens recherchent la sincérité et la réalité. Du moins, pour ce qui est des artistes que j’aime et que j’admire… Ce sont des gens qui sont tout simplement réels dans la vie. Donc, oui, plus nous sommes réels et honnêtes, meilleur sera le monde.

On The Move : « Undrunk » évoque la façon dont on aimerait pouvoir effacer les choses qu’on a faites avec une personne. Tu chantes « Wish I could un-love you / Wish I could un-call you / Wish I could un-fuck you ». Aimerais-tu vraiment tout effacer ou est-ce-que cette relation t’a fait grandir ?

Fletcher : Le fait d’avoir sorti « Undrunk » et le fait qu’il s’agisse d’une chanson vraiment vulnérable, c’est quelque chose qui m’a rendu un peu nerveuse. L’idée de vulnérabilité est une chose avec laquelle j’ai eu du mal toute ma vie. J’ai toujours été quelqu’un qui fait plaisir aux gens. Je n’aime pas mettre les autres mal à l’aise et donc, avec cette chanson, je savais que je repoussais définitivement certaines de mes limites. Mais je suis aussi du New Jersey et je n’ai pas de filtre. J’ai un peu une grande gueule et le fait de sortir cette chanson m’a fait peur, mais m’a aussi beaucoup libéré et m’a aidé à passer ce cap de ma vie. Désormais, je n’ai plus l’impression que ce soit mon histoire, je l’ai partagée avec le monde entier et ça pourrait aussi être celle de quelqu’un d’autre, à présent.

On The Move : Quelles sont les principales différences entre ton premier EP « Finding Fletcher » et le prochain, qui inclura  « Undrunk » ?

Fletcher : Il y a une certaine cohérence parce que c’est moi, c’est la même artiste, et ce que j’ai toujours fait dans ma musique, c’est vraiment essayer de brosser un tableau, de raconter une histoire, de plonger quelqu’un dans une émotion, un instant. Un sentiment et un moment très spécifiques. Je pense que ce prochain opus est beaucoup plus honnête que le précédent. Et je pense que « Undrunk » est la partie visible de l’iceberg et une très bonne représentation de qui est Fletcher, à la fois en tant que personne et en tant qu’artiste, si on va plus loin.

On The Move : Où en es-tu de ton futur EP ?

Fletcher : Toutes les chansons sont finies. Tout cet EP parle d’une seule personne, la même personne dont il est question dans « Undrunk ». Il parle de mon premier amour qui m’a brisé le cœur pour la première fois. Les chagrins d’amour sont des montagnes russes émotionnelles et chaque chanson est une sorte de petit instant dans ces montagnes russes. Comme je l’ai dit, je veux juste plonger quelqu’un dans une scène très spécifique. Je n’ai pas fixé de date pour l’EP, il sortira cet été. Mais le deuxième single « If You’re Gonna Lie » est sorti il y a quelques jours. Comme un autre chapitre à l’histoire. Ce prochain EP parle d’une époque de ma vie, donc je suis excitée de le sortir et que ce soit une sorte de conclusion finale à cette situation.

On The Move : Le format EP te suffit-il pour l’instant ou aimerais-tu pouvoir sortir une œuvre plus conséquente ?

Fletcher : Je pense que nous vivons à une époque tellement intéressante avec l’ère du streaming et du numérique, et mes artistes préférés sont les artistes qui diffusent du contenu comme ils le veulent. Ariana Grande, Billie Eilish et des artistes qui sont constamment présents. J’ai envie de sortir un album, mais je pense que pour l’instant, les gens commencent tout juste à me connaître. Je veux tout simplement continuer à leur donner de la musique et des chansons. Je sortirai un album quand ils voudront que j’en sorte un.

On The Move : Ta chanson « I Believe You », qui a été dévoilée il y a maintenant un an, a été écrite à propos du mouvement #MeToo. Pourquoi as-tu tenu à en faire un morceau ?

Fletcher : J’ai vraiment la chance de pouvoir travailler avec beaucoup de collaboratrices extraordinaires. C’est très important pour moi de m’entourer de femmes puissantes, fortes et intelligentes. En ce qui concerne cette chanson, j’étais dans un studio avec une co-auteure ce jour-là et elle partageait ses expériences sur les agressions et les abus sexuels qu’elle avait vécus. Et j’avais déjà été dans un contexte similaire de nombreuses fois auparavant. Le fait que nous devions écrire à ce sujet m’est venu soudainement, comme un choc. Je n’ai jamais voulu donner l’impression que je profite d’un mouvement ou d’un moment dans le temps. C’est simplement parce qu’on a beaucoup parlé du mouvement #MeToo, mais ces choses se produisent depuis aussi longtemps que le monde existe. C’était vraiment important pour moi de pouvoir donner à ces femmes une voix et une plateforme comme elles n’en avaient jamais eues par le passé.

On The Move : Qui ont été tes modèles féminins, que ce soit sur le plan musical ou personnel ?

Fletcher : Il y en a tellement. Des gens avec qui j’ai travaillé… J’ai été stagiaire pendant longtemps dans une société de gestion puis dans une maison d’édition qui étaient toutes deux dirigées par des femmes très fortes. Des personnes que j’admirais et que je considérais comme des modèles. Ma mère est une figure féminine forte dans ma vie. Mes amis, les femmes avec qui j’ai grandi, et tout comme d’autres artistes qui, je pense, sont de très fortes représentations et figures féminines. Il y en a tellement, mais elles utilisent toutes leurs voix, sont elles-mêmes et partagent leurs histoires sans la moindre concession.

On The Move : Dans une autre interview, tu as dit : « Je veux être l’artiste dont j’avais vraiment besoin étant petite ». Qui est cette artiste ? Tu pourrais la décrire ?

Fletcher : Je pense que c’est juste un être humain. En grandissant, nous avons regardé toutes ces pop stars féminines qui étaient si brillantes et glamour, retouchées et parfaites, et elles étaient d’excellentes performeuses. Toutes ces choses avec lesquelles je ne me sentais pas en phase. Je ne me voyais pas comme ça parce que je me disais : « J’aime la musique, j’aime écrire, j’ai une opinion et une voix, mais je ne m’identifie pas à cela. » J’ai l’impression d’être l’antithèse de la pop star. Et aussi en tant que femme queer, puisque ça n’était pas du tout représenté quand j’étais plus jeune. Donc, cette artiste serait juste un être humain qui évolue et qui est vraiment honnête sur le fait que la vie n’est pas parfaite, et d’ailleurs, je ne le suis pas non plus.

On The Move : Comment utilises-tu les réseaux sociaux dans ce contexte ?

Fletcher : C’est une chose importante. Les gens qui aiment ma musique sont si drôles et sont tellement au courant de ce qui se passe dans la pop culture. J’ai l’impression de trouver de nouvelles blagues et de nouvelles choses à travers eux tout le temps. J’adore ça ! J’adore cette interaction. Le simple fait d’entendre les gens réagir à « Undrunk », à la musique, avec leurs propres histoires… Et c’est ce qu’il y a de plus cool pour moi. Par exemple, tout de suite, les gens tweetent sur le fait que je sois ici à Paris en me disant « on veut te voir, où es-tu ? » bien que je ne sois jamais venue ici avant. Le fait qu’il y ait ne serait-ce qu’une personne dans la ville qui aime ma musique, c’est vraiment génial.

On The Move : Tu es actuellement en tournée avec LANY aux États-Unis et au Canada. Comment ça se passe pour toi ? Est-ce difficile de chanter pour quelqu’un qui n’est pas venu pour toi en premier lieu ?

Fletcher : Totalement. C’est ma plus grande lutte et ma plus grande peur, faire la première partie et me présenter devant une foule qui n’est pas là pour me voir. J’ai l’impression que tu dois les convaincre d’une certaine façon. Et je l’ai déjà fait pour Bastille – dont je suis une grande fan – et X Ambassadors. J’ai déjà fait leurs premières parties et c’est effrayant et angoissant parce que les gens ne sont pas là pour te voir. On ressent donc une pression supplémentaire de plus en plus forte en se disant : « Je dois vraiment assurer, j’espère que ces gens m’apprécieront ». Mais c’est comme pour tout. En tant qu’êtres humains, on veut juste que les gens nous aiment… Du moins, moi, c’est ce que je ressens. Je ne compromettrais jamais qui je suis pour ça, mais en même temps, c’est quelque chose de réel, c’est certain.

 

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« Undrunk » et « If You’re Gonna Lie » sont disponibles en téléchargement légal.