Halsey plus incendiaire que jamais sur « Nightmare »

Depuis 2016, la jeune chanteuse Halsey a su se faire une place de choix sur la scène internationale. Dévoilée par son premier album « Badlands », Halsey avait dévoilé l’étendu de son talent, pleins de surprises et de ruses. Entre compositions indies et morceaux plus expérimentaux et aériens, l’album possédait sa propre identité à l’esthétique bien affirmée. Emmené par « Colors » et « New Americana », l’opus avait grand ouvert les portes du succès à l’artiste.

Changement d’ambiance radical pourtant pour le deuxième album. Après avoir exploré les paysages désertiques et rocailleux des Badlands, Halsey avait quitté cet univers froid et dur pour dévoiler l’énigmatique « Hopeless Fountain Kingdom ». Audacieuse et terriblement expérimentale, Halsey nous avait offert ici un opus riche de ses inspirations et plein de prises de risque sur fond d’histoire à la Roméo et Juliette. A la fois authentique et novateur, les titres alternent habilement entre des sonorités R’n’B, électro ou d’autres pop, plus classiques.

Chasse au trésor, indices cryptés, messages cachés,… La chanteuse ne manque pas de créativité quand il s’agit de créer une nouvelle ambiance autour de ses créations et surtout, elle n’oublie pas d’y impliquer ses fans. Après le désespoir des Badlands et l’histoire d’amour romanesque de Roméo et Juliette sur « Hopeless Fountain Kingdom », cette fois-ci la chanteuse s’attaque à un univers plus sombre et dur, à en croire les premières photos et extraits dévoilés. Comme un fil d’Ariane, les thèmes évoqués servent la narration et se retrouvent dans chacun des visuels ou titres de l’opus.

Et qui dit nouvelle ère, dit nouvelle campagne de communication. Pour ce nouveau single, la chanteuse a proposé à ses fans de retrouver, grâce à des affiches disséminées à New York City, Los Angeles, Dallas, Chicago et la région de San Francisco, des bribes de parole de son nouveau titre « Nightmare ». Parmi les indices récoltés on retrouvait notamment, « Save me in your prayers », « I’ve tasted blood and it’s sweet », « I’m tired and angry, but somebody should be », « I’m no sweet dream, but I’m one hell of a night » et « C’mon little lady, give us a smile. ». Des textes froids et qui laissaient planer une ambiance hantée et penchant du côté sombre.

A mi-chemin entre Debbie Harry qui apparaît d’ailleurs dans le clip de manière subtile mais efficace, rappelant le mouvement Riot Grrrl des années 90, et Lady Gaga pour l’univers de la prison façon « Paparazzi », la chanteuse de 24 ans nous plonge directement dans ses pires cauchemars. Ambiance SM, combat de rue, décors clinquants, jeunes écolières,… Des références équivoques entourant l’image de la femme et chaque mal pouvant s’y rapprocher. De manière très ironique, le titre s’ouvre d’ailleurs par la prière détournée en berceuse pour enfant : « Now I lay me down to sleep, / I pray the Lord my Soul to keep / If I should die before I ‘wake, / I pray the Lord my Soul to take. ». Une introduction douce dont l’utilisation est pourtant contraire à l’image du cauchemar violent et effrayant décrit tout au long de la chanson.

Sous la mélodie forte qui emprunte des éléments rock et RnB ça et là, d’autres références semblent pourtant s’y cacher. Un cocktail explosif qui capture d’emblée la vision de l’artiste pour ce titre presque cathartique. Comme un écho à son titre « Without Me », qui nous parlait de ses relations passées, qui ne se sont pas toujours bien achevée, cette fois encore Halsey nous parle de cette période sombre, « I’ve had the rug pulled beneath my feet / I’ve trusted lies and trusted men / Broke down and put myself back together again ». 

Si Halsey se bat depuis de nombreuses années pour les droits des femmes, l’égalité des genres ou encore le mouvement Black Lives Matter, une fois de plus, l’artiste nous fait passer un message engagé avec « Nightmare » dont le clip. Sur fond de rébellion face au cat-calling et exigences des hommes, qui nous fait d’ailleurs penser à son titre « Hurricane » paru en 2014, elle nous rappelle l’importance de ne pas céder aux envies et fantasmes d’autrui : « Come on, little lady, give us a smile » / No, I ain’t got nothin’ to smile about / I got no one to smile for, I waited a while for / A moment to say I don’t owe you a goddamn thing ». Une envie déchirante de montrer les dents – No, I won’t smile, but I’ll show you my teeth –  surtout lorsque l’on se rend compte du climat dans lequel le titre est dévoilé, l’État de l’Alabama aux États-Unis venant d’interdire l’avortement à la suite d’un arrêt de la Cour Suprême.

D’autre part, « Nightmare » se présente également comme une prise de conscience pour la chanteuse. Déjà dans « Devil In Me », Halsey faisait le bilan d’une relation qui l’étouffait et l’empêchait d’être pleinement elle-même. Ici, Halsey se libère de ces contraintes et profite de cette nouvelle liberté, avoue clairement que sa personnalité peut se montrer terrifiante, voire indisciplinée. Une manière de montrer qu’elle n’a pas besoin de validation ou d’appréciation pour se comporter de la manière dont elle l’entend.

« Je redécouvre des facettes de ma personnalité que j’avais étouffées et cachées car mon petit-ami ne les supportait pas. Ça l’embarrassait que je parle fort, que je sois odieuse parfois et que je corrige un p*tain de raciste en public. Il fallait que je fasse ce travail sur moi-même pour me retrouver et cesser d’avoir honte de qui je suis. »

Un cauchemar dense et puissant qui laisse présager une période sombre et percutante de la part de la chanteuse. Sur fond de revendications sévères, Halsey lance une révolte et ne se cache plus. De quoi annoncer le meilleur pour la suite et, pourquoi pas, poursuivre les narrations amorcées par « Badlands » et « Hopeless Fountain Kingdom ».

« Nightmare » est disponible en téléchargement légal sur iTunes.