Échange sans fard avec l’artiste britannique
pour la sortie de son deuxième album « Things I’ve Seen » !

Sa voix rauque est encore dans tous les esprits. En 2013, Alex Hepburn connaît un succès retentissant avec le titre « Under », au texte dur mais à la mélodie entêtante. Suivra très vite l’album « Together Alone » renforçant cette fulgurante visibilité. Puis, des épreuves personnelles lui imposent un silence médiatique. Il faudra attendre 2018 et l’EP « If You Stay » pour que sa soul pénétrante regagne véritablement les ondes. Son authenticité est intacte et ses valeurs, plus affirmées que jamais. Celles d’une artiste qui chante à cœur ouvert – comme pour mieux guérir – et qui souhaite en finir avec tout ce que l’industrie a de plus superficiel. Rencontre.

© Nazym Hermouche pour On The Move

On The Move : Bonjour Alex ! Tu as été relativement discrète depuis l’immense succès d’ « Under » et ton premier album « Together Alone ». Pourquoi est-ce que 2019 semble être le bon moment pour toi de revenir ?

Alex Hepburn : Ce n’est pas spécialement un bon moment. J’ai surtout dû épuiser le budget d’enregistrement pour être honnête (rires) Dans tous les cas, je pense que je suis restée éloignée de la scène trop longtemps. J’aurais dû revenir bien plus tôt mais ce sont des raisons personnelles qui m’en ont empêché. J’ai arrêté la musique pendant deux ans. Mais je pense que « If You Stay » était une bonne façon de revenir.

On The Move : Tu as effectivement sorti le single « If You Stay » l’an dernier, qui figure aujourd’hui sur la tracklist de ton nouvel album. Quelle histoire se cache derrière la chanson ?

Alex Hepburn : « If You Stay » comprend un sample du Wu-Tang Clan. C’est une sorte d’hommage que je rends, à mon héritage hip-hop et soul. J’ai commencé la musique sur des beats hip-hop, et tout ce que j’écoute est de la trap, du hip-hop, de la soul. Je n’écoute pas de rock, pas de pop… Pour moi, il s’agissait de revenir à ce qui m’a donné envie de faire de la musique en premier lieu, et ne pas laisser les gens me tirer vers de la pop pure, que je n’écoute pas et n’aime pas particulièrement. Donc je me suis battue pour faire valoir ce son. Enfin, je ne me suis pas vraiment battue, la chanson est bonne, on m’a laissé cette liberté. Je pense que lorsque tu as su faire tes preuves sur un premier album, on te laisse davantage suivre ta voie sur le second. Donc « If You Stay », elle sonne heureuse et entraînante mais rien de ce que j’écris n’est vraiment heureux. En gros, je parle d’un « plan cul », si je dois être honnête ! Un homme et une femme peuvent s’engager là-dedans et la femme va dire « C’est okay, ce n’est que sexuel, ça va » mais on finit toujours par tomber dedans. On est sûres qu’il n’y aura pas de sentiments, on veut juste une compagnie ou peu importe, puis finalement… Il y a une expression qui dit : « Les femmes donnent du sexe pour l’amour et les hommes donnent de l’amour pour le sexe. » C’est de ça dont je voulais parler. Dans le refrain, je dis : « I don’t want you to stay with me, If you stay, you’ll leave, You’re only gonna leave me ». Tout ce que cette personne me dit ne vaut rien, mais je tombe sous le charme quand même car j’ai besoin de cet amour. Je pense qu’une femme de n’importe quel âge peut se retrouver là-dedans.

On The Move : Tes textes sont toujours très personnels. Est-ce-que tu dresses parfois des limites ? As-tu des tabous ? Y-a-t-il des choses trop intimes pour être abordées ?

Alex Hepburn : Non, je n’ai aucune réserve, d’aucune sorte. Je dis aux gens les choses que je traverse. Il ne faut pas avoir honte de la vie et de qui on est ! Jamais. Rien n’est trop intime. On a besoin de gens comme ça. Si tout le monde fait toujours mine de bien aller, genre « Ok, c’est super, on fait la fête, on oublie ça ! » Après, on fait quoi avec les gens qui souffrent et les gens qui se sentent seuls ? Qu’est-ce-que l’on fait d’eux ? 90% de la planète est plus dark qu’elle n’est joyeuse. Parce-qu’on galère tous. Donc, non, je pense que c’est bon d’avoir des gens ouverts comme ça, c’est important. 

On The Move : Tu sors aujourd’hui ton second album « Things I’ve Seen ». Peux-tu nous dire quelles sont les différences entre ce disque et ton précédent ?

Alex Hepburn : Ça dépend des chansons mais je pense que j’ai essayé de me concentrer davantage sur la voix. Et moins sur la production. À moins d’avoir un très bon producteur, c’est très souvent un combat à qui aura le plus gros son. Et très souvent, ta voix se perd là-dedans. Donc, cette fois, je voulais que ma voix soit l’élément principal. Un peu comme le fait Adele, où ses capacités vocales sont juste au-dessus de tout le reste. J’imagine qu’elle a pu avoir les mêmes problèmes mais a dû trouver les collaborateurs magiques. Si tu as besoin d’y ajouter tout un tas d’éléments de cuisine, c’est que ta chanson n’est pas si bonne. On a juste besoin d’une production qui est comme un berceau pour la chanson, qui la tient, qui la soutient mais pas qui la surpasse. Donc on a fait ça ! Le son est beaucoup plus soul, hip-hop. C’est un hommage à Mary J. Blige, Lauryn Hill, Etta James, Alicia Keys… J’ai essayé évidemment, après c’était ma vision de départ. J’ai tenté de faire le genre de musique qui m’a poussé à devenir chanteuse.

On The Move : Ta voix est ton meilleur atout. Est-ce-que tu la travailles ?

Alex Hepburn : Non, je ne travaille pas particulièrement ma voix, je sais que je devrais mais je ne le fais pas. Maintenant, je m’échauffe avant de chanter mais je ne sais pas bien comment m’y prendre. Je n’ai pas de formation liée à la musique. Donc j’y vais au feeling ou je cherche même des échauffements sur Youtube. Mais à part ça, non. Mais ce serait probablement une bonne idée de le faire vraiment (rires)

On The Move : On sait que l’écriture tient une place très importante dans ton quotidien. Dans quelles conditions te sens-tu le mieux pour écrire ?

Alex Hepburn : Il n’y a pas de situation particulière, j’ai juste besoin d’être en studio. Mais « If You Stay », je l’ai écrite dans ma chambre, allongée sur mon lit, mon ex-copain à côté de moi. J’ai juste commencé à chanter la mélodie. Et il m’a dit : « Wow, c’est super bon ! » donc je l’ai apporté à un ami à moi, en lui disant que je voulais aussi sampler le Wu-Tang et c’était tout. Ça dépend, je pense. Il n’y a pas de règles pour moi. Par contre, je n’écris jamais sur des choses que je ne connais pas moi-même. Sinon, je ne ferais rien de bon. Il y a des gens qui sont bons pour jouer ce jeu, et parler de la vie d’autres gens. Beaucoup de chanteurs n’écrivent pas d’ailleurs. Ce sont des auteurs qui leur envoient des textes et eux les jouent, les interprètent. Mais ça n’a pas tellement d’importance si c’est juste un morceau pour faire la fête. Personne ne fait attention aux paroles. Il s’agit juste de danser, j’imagine.

On The Move : En terme de paroles, il y a justement un morceau de ton album qui a particulièrement retenu notre attention : « Good Woman ».

Alex Hepburn : Oui, c’est ma chanson préférée de l’album. J’aurais voulu ouvrir avec ça, la faire apparaître en premier. Parce-que je pense qu’elle a l’âme de « Under » mais plus soul. Avec quand même, la même force vocale, et la même part sombre.

On The Move : Tu dis dans le texte, « In this place, in this world, in your eyes, it’s hard to be a good woman. » Quelle serait cette « good woman » que tu décris ? 

Alex Hepburn : Cela veut dire, ne jamais être assez bonne aux yeux de qui que ce soit. Pas assez indépendante, pas une assez bonne mère, pas ceci, pas cela… Ça paraît plus simple d’être un con que quelqu’un de bien. Et c’est de ça que parle la chanson. Ça parle des relations et… Ce n’est pas féministe ou quoi que ce soit. Je travaille avec beaucoup d’hommes et j’adore la compagnie masculine. Mais c’est typique… On travaille sur plus d’égalité, ce qui est bien, et on croit qu’hommes et femmes sont égaux alors que ce n’est pas le cas. Nous ne sommes pas payées comme les hommes, nous ne sommes pas si facilement employées car il y a 9 mois potentiels où nous sommes enceintes… Cardy B est un exemple magnifique, elle prouve aux gens qu’elle est capable de porter un enfant et continuer à travailler jusqu’à la dernière minute, puis revenir très vite en disant « Je vous emmerde ! ». Je pense que c’est super important. Nous pouvons tout faire ! On travaille, on est mères, on est ceci, cela… Et le mariage ne tient plus à grand chose non plus. C’est juste compliqué d’être une femme « assez bien ». C’est juste ça. C’est une chanson magnifique, je l’adore, c’est mon bébé !

© Nazym Hermouche pour On The Move

On The Move : Y-a-t-il d’autres chansons qui te tiennent particulièrement à cœur ?

Alex Hepburn : J’adore « Solid Gold » car c’est celle que j’aime le plus chanter. Je pense qu’elle est assez fun ! « The Things I’ve Seen » représente des choses assez sombres pour moi. Et celle qui signifie le plus pour moi, c’est celle avec James Arthur « Burn Me Alive » car c’est un sujet sur lequel il m’a aidé à écrire. C’est à propos de ma petite soeur qui s’est suicidée, et à propos des gens laissés derrière et ce sentiment que l’on ne s’en remettra jamais. Parce-que tu ne peux pas… Je ne peux même pas exprimer ce que cela fait. Mais James Arthur m’a aidé à m’ouvrir et il a insisté pour me faire comprendre qu’il ne fallait pas s’inquiéter à l’idée d’en parler. Je ne savais juste pas si je serais capable d’en parler sans pleurer… Je suis toujours sur le fil, à chaque fois, mais oui, c’est une chanson importante.

On The Move : Sais-tu déjà comment tu vas transposer cet album à la scène ?

Alex Hepburn : Oui, j’ai déjà des idées, je voudrais qu’un DJ scratch des sons hip-hop sur scène, quelque chose de très simple, puis deux choristes. Pas de gros groupe, je n’en veux pas. C’est trop compliqué. Je veux quelque chose d’épuré, frais. Les choristes et le DJ, super cool, comme une petite famille !

On The Move : « Under » a rencontré un grand succès en France, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Pologne, en Grèce… mais moins au Royaume-Uni, dont tu es pourtant originaire. Est-ce-que c’est important pour toi de réussir à conquérir le public britannique avec ton nouvel album ?

Alex Hepburn : Oui, c’est aussi pour ça que je l’ai écris. Je trouve ça super important. Je suis signée en France mais tout a été écrit en Angleterre, produit en Angleterre, tout est en Anglais etc. Donc j’espère… Mais il y a aussi beaucoup de choix « politiques », liés à l’industrie, qui entrent en jeu et qui me dépassent.

On The Move : Et ce lien spécial tissé avec la France, il remonte à quand ? Parce-que tu parles très bien Français … [ndlr : L’interview s’est déroulée dans un mélange des deux langues.]

Alex Hepburn : À l’époque de « Under », j’ai vécu en France pendant un moment, j’ai aussi un ex qui est Français. C’est principalement comme ça que j’ai appris. Mes deux parents sont écossais et je suis née à Londres donc aucun lien familial. Mais j’adore parler français. J’ai mis très longtemps à l’apprendre. C’est une langue magnifique mais c’est très compliqué. [ndlr : Alex poursuit en français]  Mon écriture, c’est de la merde ! (rires) Le seul truc que je n’arrive pas, c’est l’orthographe, je suis « Oh my god, what the ? » et à chaque fois, on me corrige. Mais après, on m’a dit que beaucoup de français ne sont pas bons en orthographe (rires)

On The Move : Quel conseil tu donnerais à un jeune artiste qui voudrait faire de la musique son métier ?

Alex Hepburn : De ne pas signer chez un major, vraiment. Va en indé. Je pense que c’est très important d’être prudent, de faire attention aux gens, aux managers. Je pense qu’il vaut mieux attendre et être sûr que ton producteur, lui, est vraiment au point. Il faut causer son propre buzz. Il vaut mieux prendre une agence RP et faire un peu de buzz soi-même. Tout ce que tu veux, c’est que les gens viennent vers toi. Si tu as la possibilité de faire ça indépendamment, fais-le. Avec le streaming et tout, on a tous les outils à disposition, et tu fais plus d’argent. Tu as la liberté. Le plus important, c’est quoi ? La créativité artistique, l’intégrité, tu vois. Après, c’est ma vision !

On The Move : Pour finir, qui écoutes-tu en ce moment ?

Alex Hepburn : J’écoute beaucoup de hip-hop en ce moment, comme Bad Bunny. Je suis très à fond dans tout ce qui est hispanique aussi, Arcángel. Quoi d’autre ? J’adore la collaboration entre Travis Scott et Tory Lanez. J’aime vraiment Tory Lanez !

 

Le nouvel opus d’Alex Hepburn « Things I’ve Seen » est en téléchargement légal.