Échange inspiré et épicé avec la sensation britannique Zak Abel !

Dans la vie, il y a des gens qui réussissent tellement dans tout ce qu’ils entreprennent que ça en devient ennuyeux. Du sport à la musique, Zak Abel a brillamment réussi sa transition. Après un premier album solaire en 2017 – baigné de soul et d’influences africaines, l’auteur, compositeur et interprète né à Londres avance maintenant vers des territoires plus pop. Ajoutant un peu d’humour et d’irrévérence à son son, sa personnalité et sa créativité rayonnent encore davantage. Humilité, honnêteté, positivité et passion équilibrés par une grande rigueur font de Zak Abel un artiste des plus prometteurs. Sans compter qu’il est un musicien talentueux et inspiré ! Rencontre. 

On The Move : Salut Zak ! Merci de nous recevoir. Petit retour en arrière… Peux-tu nous parler de l’un de tes premiers souvenirs liés à la musique ? 

Zak Abel : Oui, bien sûr ! Quand j’avais 6 ans, j’étais en voiture avec ma mère, on s’est garés dans l’allée d’un ami et une compilation cassette tournait dans la voiture. C’est à ce moment que j’ai entendu pour la première fois «The Way You Make Me Feel» de Michael Jackson. Et c’est aussi la première fois que j’ai vraiment été époustouflé par de la musique. J’ai dit à ma mère de rembobiner et la repasser, encore et encore. C’est là où a commencé mon obsession pour Michael Jackson. J’ai demandé à ma mère de m’acheter ses albums. Ça m’a vraiment mis sur la voie pour écouter de plus en plus de musique. Ça a vraiment eu une influence considérable sur moi.

On The Move : À l’adolescence, tu poursuivais une carrière sportive semi-professionnelle. Y-a-t-il des valeurs liées au sports qui te servent dans ton aventure musicale ?

Zak Abel : Oui, absolument ! Pour ceux qui ne sauraient pas, j’étais joueur de tennis de table. En fait, j’ai vécu en France pendant 4 mois, en Bretagne plus exactement, dans le club d’Hennebont. Les gens y sont adorables d’ailleurs ! C’est un très, très bon club. Il faut les suivre ! Bref, j’ai appris beaucoup par le biais du tennis de table mais une des choses les plus importantes pour moi – et qui me paraît vraiment très pertinente maintenant – est ceci… Dans le tennis de table, pour être un bon joueur, tu dois avoir un bon coup droit, un bon revers, un bon jeu de jambes, de bons services, une bonne mentalité, que tu sois à la table et en dehors. Tu ne peux pas te contenter d’être bon à une seule de ces choses. Tu dois être bon dans tout. Et en musique, c’est très similaire. Si tu as de bonnes notes aiguës mais peu de profondeur, si tu as des notes graves mais peu d’envolées, ça ne marche pas très bien. Si tu n’as pas de discipline, tu ne peux pas être à l’heure à tes shows et tu déçois ton public. Tout ça fait que tu ne tiendras pas bien longtemps. Si tu ne sais pas écrire mais refuses de collaborer avec des auteurs, tes chansons ne vont pas tenir la route non plus. Donc, l’idée est la même qu’en tennis de table, il y a beaucoup de choses en musique sur lesquelles se concentrer et dans lesquelles il faut être bon. C’est un art très complet. Donc garder un bon équilibre et être conscient de toutes les choses à accomplir, c’est quelque chose que j’ai tiré du tennis de table.

On The Move : Un bel état d’esprit ! Qu’est-ce-qui chez toi déclenche le processus de création ?

Zak Abel : Souvent, c’est juste moi en train de m’amuser au piano et une mélodie finit par émerger. Mais plus récemment, je procède de manière un peu différente. Je suis plus intéressé par ce que j’ai envie de dire, pour ensuite penser à la musique à mettre dessus. Mais ce ne sont pas nécessairement des paroles, juste un concept. L’autre jour, par exemple, j’écrivais une chanson sur le sujet de la santé mentale chez les hommes. Je voulais vraiment écrire là-dessus. Donc, je suis allé en studio et j’ai dis à mes collaborateurs : « Voilà le thème que j’ai envie d’aborder. Commençons par ça. » C’était une genèse différente pour le morceau. Dans le passé, j’aurais commencé en jammant et le thème de la chanson en aurait découlé. Mais là, c’était quelque chose de beaucoup plus ciblé !

On The Move : Ton premier album « Only When We’re Naked » est sorti il y a plus d’un an maintenant, en Octobre 2017. Peux-tu en parler en terme de sons, pour nos lecteurs qui ne l’auraient pas écouté ? 

Zak Abel : Les fondations de l’album sont soul et pop. Mais il y aussi énormément d’influences africaines et caribéennes dans la production. J’adore la High-Life, qui est une musique des années 70 entre funk et jazz venant de l’Afrique de l’Ouest. C’est typiquement ce que faisait Fela Kuti. J’ai l’impression que c’est une musique très appréciée, et de toute façon je l’aime énormément moi-même donc je me suis dit : Pourquoi ne pas m’inspirer de ça et recréer les morceaux très soul que j’ai déjà en y insufflant l’esprit High-Life ? Juste pour le fun, pour l’hommage ! Et ça a finit par être le son de l’album, sa direction, quasiment par accident.

On The Move : En 2018, tu as dévoilé «Love Song» qui semble orientée plus pop que la tracklist d’ « Only When We’re Naked ». Quel son recherchais-tu sur ce titre ?

Zak Abel : Je me souviens que le jour où on l’a écrite, on pensait beaucoup à « Crazy » de Gnarls Barkley. Mais ça a beaucoup changé en avançant, j’ai eu des tas d’idées très différentes avant qu’on en arrive à la version finale de « Love Song ».

On The Move : Comme tu le chantes toi-même, «Love Song» est tout sauf une chanson d’amour. Dans ce cas, quelle est la « vraie » chanson d’amour que tu aurais aimé écrire ? 

Zak Abel : Il y a une chanson d’Elton John littéralement appelée «Love Song». Peu de gens la connaissent. Elle est issue de l’un de ces albums des années 70, «Tumbleweed Connection». Il ne l’a pas écrite lui-même. Une femme l’a fait [ndlr. Lesley Duncan]. C’est une chanson magnifique, je l’adore ! J’aurais aimé écrire «Ain’t No Sunshine» de Bill Withers aussi. Il y a tellement de chansons soul légendaires des 70’s qui sont si belles ! J’aurais pu aussi citer «The Lady In My Life» de Michael Jackson.

On The Move : Tu as aussi dévoilé « You Come First » en featuring avec Saweetie récemment. On te remercie d’ailleurs pour cet excellent morceau ! Quelle est son histoire ?

Zak Abel : Merci ! J’ai écris cette chanson avec deux amis. Il y a Will Simms, un français. C’est d’ailleurs grâce à lui que l’on entend la phrase « Allez ! Vas-y ! » dans le morceau ! Il est un homme très sexuel et très attirant, les femmes l’apprécient beaucoup (rires) J’ai aussi écris le morceau avec Iman. Elle était l’un des auteurs de «Lush Life» de Zara Larrson. Elle est super féministe. Donc tous les trois, on a toujours des débats qui durent des heures. Un des sujets dont a déjà parlé est l’importance et la normalisation de l’orgasme féminin dans un rapport sexuel. Le fait que la femme jouisse d’abord. Et je leur ai dit que j’avais cette punchline en tête depuis des semaines « You come first » [ndlr. à double sens, « Tu es ma priorité » et « Tu jouis la première »] et que je voulais écrire là-dessus avec eux. Je trouvais l’idée très bonne, l’équilibre entre obsession du sexe et une idée assez féministe. Donc on a mis tout ça ensemble (rires) On l’a écrite mais je pensais qu’il manquait quelque chose, une perspective féminine, qui pourrait être un rap. Quand j’ai découvert Saweetie, je me suis dit «Wow, imagine si elle acceptait de collaborer sur le morceau.». Je l’ai contacté, elle m’a envoyé son couplet, c’était parfait !

On The Move : C’est une remarque personnelle mais… Dans le contexte actuel de combat pour l’égalité des genres tout autour du monde, ne penses-tu pas que « You Come First » a un petit côté politique ?

Zak Abel : Et bien, je ne sais pas si la politique peut s’inviter au lit (rires) Enfin, si, elle peut probablement ! En fait, cette idée du «You come first», ça n’a pas tellement fait débat entre nous. On était tous les trois du même avis. Bien sûr que c’est une chose à défendre. Et d’ailleurs c’est l’un de mes objectifs personnels depuis que je suis sexuellement actif (rires). Donc c’est sérieux mais très honnêtement, je suis quelqu’un d’assez introspectif. J’aime pensé les choses en profondeur mais j’aime aussi déconner ! Et parler de choses qui ne sont pas si profondes de temps en temps. C’est quelque chose en lequel je crois, je le mets sur la table, et c’est très différent de tout ce que j’ai pu sortir auparavant. Mais c’est surtout très impertinent, très pop. Et je pense qu’on peut être les deux. On peut être un peu fou, un peu léger, et aussi aborder des questions comme la santé mentale. Les hommes ne sont pas unidimensionnels. Et je ne veux pas que ma musique soit unidimensionnelle non plus !

On The Move : Tu peux nous parler un peu du clip de «You Come First»?

Zak Abel : Je l’ai filmé à L.A. avec Saweetie et des personnes très séduisantes, ce qui était absolument agréable et très adapté à la chanson (rires) J’ai eu tellement d’idées un peu folles pour ce clip mais toutes n’ont pas fait rire mes amis. Peut-être que c’était mieux ainsi d’ailleurs !

On The Move : Tu apparais aussi sur l’album de Jonas Blue, dans « Drink to You ». Ce n’est pas la première fois que tu collabores avec des DJs ou producteurs (Bondax, Gorgon City, Avicii, Feder…). Qu’est-ce-que t’apportent ces expériences où tu poses essentiellement ta voix ?

Zak Abel : Pour celle-ci, j’ai été impliqué dans l’écriture à vrai dire. Mais oui, j’ai juste pensé que c’était une chanson magnifique. J’aime l’idée de prendre part au premier album de l’un des artistes électro les plus importants au monde en ce moment. Je suis super heureux qu’elle soit sortie. Ce morceau est resté dans mon disque dur pendant tant de temps ! J’en ai fait plusieurs versions acoustiques aussi, qui pourraient sortir bientôt.

On The Move : Tu as aussi co-écrit une chanson pour Paloma Faith, enregistrée avec John Legend « I’ll Be Gentle ». Comment est-ce d’écrire pour les autres ? Es-tu dans le même état d’esprit que pour tes propres morceaux ou est-ce-que ton process change ?

Zak Abel : J’adore créer de la musique mais je veux aussi être utile aux gens, n’est-ce-pas ? Si Paloma Faith et John Legend chantent une chanson que j’ai partiellement écrite, et que ça permet à celle-ci d’atteindre plus de gens et de véhiculer plus largement son message, alors ainsi soit-il ! Aretha Franklin n’a pas écrit elle-même une bonne partie de ses titres, et pourtant, elle a changé tellement de vie ! Peu importe si j’écris une chanson et que je ne finis pas par en être l’interprète, ou à l’inverse si quelqu’un écrit une chanson et que je la chante… Du moment que le morceau est utile pour les gens, son origine ne compte pas vraiment. C’est ma philosophie.

On The Move : Tu as tourné avec Tom Misch récemment. Comment ça s’est passé ?

Zak Abel : Très bien ! Je n’étais pas la première partie mais j’interprétais la chanson que nous avons écrite ensemble « Beautiful Escape ». C’est l’une de mes chansons préférées et Tom m’a demandé si je voulais voyager avec lui en Europe pour la chanter, j’ai évidemment accepté ! C’était très agréable parce-qu’il a des fans vraiment géniaux. Beaucoup des employés des salles où nous jouions ne croyaient pas que des fans puissent être aussi polis (rires) Tom et son équipe sont également des gens adorables. Ça a été un vrai plaisir de jouer avec eux et de les côtoyer tous les soirs !

On The Move : Tu as aussi ta propre tournée prévue bientôt, et qui passe par le Roundhouse de Londres !

Zak Abel : Oui, je pars en tournée européenne en Mars. Je veux montrer à mon public que c’est important pour moi de venir à leur rencontre dans leurs villes. J’adore les performances live. Il y a toujours une atmosphère très positive pendant mes shows! Et on transpire beaucoup car il y a beaucoup de danse. Avec de mauvais pas de danse !

On The Move : Tu es très bon danseur pourtant…

Zak Abel : Je me débrouille ! Je peux bouger en rythme, c’est à peu près tout (laughs) Il faut dire que je suis porté par de super musiciens avec lesquels je travaille depuis de nombreuses années maintenant. Ils sont vraiment géniaux. Ouais, ce sont toujours de super moments !

On The Move : Pour finir, et parce-qu’on aime faire des ponts entre les artistes… qui écoutes-tu en ce moment ?

Zak Abel : Il y a ce musicien qui joue du saxophone et fait un super solo au clavier pendant le show de Tom Misch. Il s’appelle Rob Araujo, et il a cette chanson appelée «Nineteen». Très piano/jazz. J’adore aussi Tim Maia même si je pense qu’il n’a pas besoin de ma promotion (rires) D’ailleurs, il est décédé mais sa musique est exceptionnelle et intemporelle !

« You Come First » et « Love Song » sont en téléchargement légal.

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Retrouvez l’intégralité de notre photoshoot avec Zak Abel
dans le dernier On The Move Magazine !

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