Raja Kumari, l’authenticité avant tout

Svetha Rao, connue professionnellement sous le nom de Raja Kumari, était auteure-compositrice pour de grands noms avant de plonger tête la première dans l’industrie de la musique pour créer son propre univers. Ses origines indiennes nourrissent naturellement sa musique, donnant vie à quelque chose d’unique, presque traditionnel et pourtant très moderne. C’est une femme indépendante et ambitieuse qui essaie de transmettre un message d’authenticité, d’émancipation et de confiance en soi. Rencontrez l’artiste !

On The Move : Salut Raja ! Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi et sur ton parcours ?

Raja Kumari : Je m’appelle Raja Kumari et je suis née à Los Angeles, mes parents sont venus d’Inde dans les années 70 et moi et mes frères sommes tous nés ici, ce qui joue un rôle important et ce qui a une grande influence dans ma musique. Je suis formée en danse classique indienne et je pense que les mouvements et rythmes de cette formation influencent tout, de la manière de m’habiller à ma musique et mon spectacle sur scène. J’ai toujours voulu trouver un endroit sûr où les deux cultures peuvent coexister au lieu de devoir choisir d’être américaine ou d’être indienne. Donc, je pense que ma musique en parle, je pense qu’elle s’adresse à des personnes de différentes cultures, car je pense que nous avons tous à y faire face.

On The Move : Savais-tu dès le début que tu voulais te lancer dans la musique même lorsque tu faisais de la danse ou est-ce que cela est venu après ?

Raja Kumari : Je pense que la musique et la danse sont très imbriquées, elles empruntent l’une à l’autre. J’ai toujours aimé la musique parce qu’on en a besoin pour danser. Mais je ne savais pas que je pouvais chanter. En fait, quand j’étais au CE2, je regardais la télévision après l’école, ma mère essayait de me faire aller quelque part et elle me disait :  » nous devons partir, éteins la télévision !  » alors je l’ai éteinte et j’ai continué à chanter, c’était “Heartbreaker” de Mariah Carey et ma mère m’a dit “je t’ai dit d’éteindre la télé !” et je me suis dit “ est-ce qu’elle vient juste de penser que j’étais Mariah ? Je crois que je sais chanter ! ”(Rires). C’est comme ça que tout a commencé. Je pense que la danse était quelque chose que mes parents voulaient absolument que je fasse et je suis heureuse de l’avoir apprise. Cela représente une grande partie de qui je suis, mais la musique était comme ma rébellion, mon expression personnelle. Peut-être parce que l’enseignement de la danse classique indienne se faisait dans une langue que je ne parlais pas, je ne parlais pas cette langue tous les jours en tout cas. Je parle anglais et je vis à Los Angeles. La musique était donc ma façon personnelle de m’exprimer.

On The Move : Tu as commencé par collaborer avec d’autres artistes, que ce soit Fall Out Boy ou encore Iggy Azalea… Quelle différence y a-t-il entre écrire pour d’autres artistes et écrire pour soi-même ?

Raja Kumari : C’était une expérience merveilleuse et j’aime toujours écrire pour d’autres artistes parce que je ne veux pas me prendre trop au sérieux tout le temps. J’aime écrire de la musique pop, sortir de ma zone de confort et imaginer un monde à travers le point de vue de quelqu’un d’autre ou imaginer ce que quelqu’un d’autre ressentirait et comme ça je ne parle pas toujours de moi, moi, moi (rires). De plus, l’écriture m’a tout simplement permis de pratiquer mon art et de travailler avec des producteurs incroyables. Parfois, en tant qu’artiste, vous ne travaillez qu’avec des producteurs qui acceptent de travailler sur votre projet, mais en tant qu’auteure-compositrice, j’ai pu entrer en studio avec les producteurs les plus incroyables du monde, certains lauréats d’un Grammy Award, des légendes. Et chaque personne avec qui j’ai travaillé m’a appris quelque chose et j’ai gardé tout ça avec moi quand je suis allée réaliser mon propre album.

On The Move : Quelle est selon toi la différence lorsque l’on travaille avec un groupe, un chanteur pop ou un rappeur ? Penses-tu qu’il existe une approche spécifique pour chaque genre ?

Raja Kumari : Je pense qu’aux Etats-Unis, quand on est fan de la culture pop, on entend un peu tous ces genres. J’ai été exposée à toutes sortes de musiques et j’ai toujours aimé tous les différents types de musique. C’est une chose amusante quand on est auteur-compositeur, on ne doit pas s’engager seulement sur un genre, on peut simplement « s’éparpiller ». Mais ce que j’essaye toujours de faire est de mettre un peu de moi dans tout ce que j’écris. Même sur l’album des Fall Out Boy, l’une des mélodies de «Centuries» inspire vraiment une vibe indienne. Avec Iggy Azalea, il y a aussi une ambiance indienne, j’ai simplement trouvé le moyen de mettre en valeur ce que j’aimais dans la musique et comment je la ressentais avec toutes les personnes avec qui j’ai travaillé. Vous devez déterminer ce qui est pour vous et ce qui est pour l’autre artiste, tout en y laissant votre marque.

© Jonathan Benbaruk pour On The Move

On The Move : Ton nom de scène signifie « princesse couronnée », n’est-ce pas ?

Raja Kumari : Oui, je dis toujours « fille du roi » et c’est drôle parce que les gens me disent « ton père est médecin, il n’est pas roi ! ». Mais je ne parle pas de mon père biologique. Je parle du Dieu céleste qui est au-dessus de nous, comme si j’étais la fille du roi des rois et je pense beaucoup à cela. Le fait d’avoir toutes ces opportunités, je suis vraiment bénie. Je veux juste représenter cela de la meilleure façon possible.

On The Move : Tu as passé quelques années en Inde à travailler, à découvrir ta culture, à développer ton art, etc. Quelle est la plus grande leçon que tu aies apprise là-bas, que tu pourrais transmettre dans ta musique aux États-Unis par exemple ?

Raja Kumari : L’Inde m’a donné beaucoup de force parce que les gens étaient très réceptifs à ma musique. Je pense que dans différentes régions du monde, ils n’ont peut-être pas été préparés à certaines expériences culturelles, mais le fait d’aller en Inde et de jouer devant 10 000 personnes qui chantent mes paroles m’a donné la force de savoir que cela peut arriver partout dans le monde. Donc ce que j’ai appris en Inde, c’est la confiance, conquérir plus de régions et être authentique, les gens réagissent à l’authenticité. L’Inde me nourrit de bien des façons, simplement en étant avec les gens, l’amour est tellement à un niveau supérieur que je veillerai à passer toujours beaucoup de temps en Inde à l’avenir.

On The Move : Quelle est la différence entre le marché musical indien et le marché américain ?

Raja Kumari : C’est tellement différent. L’industrie musicale est complètement différente. Aux Etats-Unis, il y a tellement d’artistes indépendants et je ne parle pas d’artistes non-signés, mais de musique, alors qu’en Inde, la majorité de la musique est composée pour les films Bollywood et peut-être qu’il y a une poignée d’artistes indépendants. La voie est donc très ouverte. Ici, c’est beaucoup plus compétitif, mais j’ai appris à être moi-même et j’ai été en mesure de tracer ma propre voie. Je suis toujours surprise parce que j’ai beaucoup de fans brésiliens ces derniers temps et que beaucoup de personnes venant d’Israël me suivent sur mon Instagram, les gens me découvrent partout dans le monde et c’est tellement excitant. Chaque fois que je vois quelqu’un danser au son de ma musique et que ce n’est pas en Inde, cela me rappelle à quel point la musique est universelle, qu’elle a été créée pour le monde et qu’il est temps de la donner à chacun. Honnêtement, j’incorpore ce que je trouve beau dans mon art, que ce soit un bijou, la mode, un instrument comme la flûte indienne, un masque traditionnel que je porte quand je danse sur scène… J’intègre simplement ce que je trouve intéressant et j’espère que cela attire la curiosité des gens pour l’Est. J’ai certainement passé toute ma vie à l’étudier. Si quelqu’un veut apprendre de moi, je suis ici pour enseigner (rires).

© Jonathan Benbaruk pour On The Move

On The Move : Tu as sorti un nouveau single il y a quelques mois, que peux-tu nous en dire ?

Raja Kumari : « Shook » est le premier single de mon nouvel album intitulé « Bloodline » et « Bloodline » est mon deuxième projet. Le premier s’appelait « The Come-Up » et portait sur la manifestation d’idées et d’intentions. Il y avait beaucoup de paroles telles que « just another dollar and a dream now we’re certified ». J’ai écrit cet EP à environ 2 heures du matin après avoir fini mon travail de composition. C’était vraiment un travail d’amour, je me suis dit c’est le moment pour moi de créer ma propre musique, et il y avait beaucoup d’espoir et beaucoup d’intentions. Et puis je suis allée en Inde et j’ai commencé à jouer, j’ai commencé à obtenir toutes ces choses que je disais vouloir dans la musique. Donc « Bloodline » traite vraiment du moment où vous commencez à parler de choses que vous aimez vraiment et que vous voulez vraiment, comme ce que vous êtes prêt à faire pour les protéger et ce que vous allez dire une fois que les gens vont écouter. Cet album est impénitent, certainement beaucoup plus agressif. J’ai aussi remarqué que lorsque je joue sur scène, chaque fois que je rappe, tout le monde devient fou ! Je ne voyais que la bouche des gens s’ouvrir de surprise, et j’ai pensé  » wow c’est super simple en fait « . Donc, je pense aussi que cet album a été un défi pour moi parce que j’en ai fait un projet de rap, c’est du rap à 80% je dirais, et j’ai toujours été fan de rap, j’en ai toujours intégré dans ma musique mais j’ai laissé ce personnage mener ce chapitre. Je suis vraiment enthousiaste parce que c’est un défi pour moi et j’aime me mettre au défi, faire différentes choses, vraiment sortir de ma zone de confort, me pousser au bout de mes limites dans la composition et je pense que beaucoup de paroles reflètent ce que j’ai appris à vivre dans le monde entier. Au lieu de simplement mettre une mélodie indienne par-ci par-là, ce que j’ai fait par le passé, je prononce des mots uniquement orientaux. Dans «Shook», mes paroles préférées que je cite tout le temps sont « send my Benjis over to Gandhi and now we feast » et c’est vraiment ma mentalité. Je ne suis pas de ceux qui ont eu l’opportunité de réaliser le rêve américain et ne rentrent pas chez eux dans leur patrie. Tout ce que je fais dans le monde, quoi que je fasse, c’est pour les gens et je leur rends.

On The Move : Tes clips sont incroyables et tu y joues un personnage. Peux-tu nous parler un peu plus de ce personnage que tu t’es créé ?

Raja Kumari : Je pense que c’est tout moi mais en tant que danseuse traditionnelle, j’ai joué beaucoup de rôles. Dans la danse classique indienne, nous racontons généralement les histoires des dieux, par exemple nous jouons le Mahabari, le Rama, etc. J’ai représenté beaucoup de personnages féminins très forts comme la déesse Devi, et je pense avoir rassemblé toutes ces femmes puissantes dans mon personnage. C’est la raison pour laquelle Raja Kumari est une chose très royale parce que j’y crois moi-même et que j’y crois aussi pour ma vocation et mon but. Alors quand je monte sur scène, c’est comme si je devenais cette princesse. Si je suis censé parler au nom des gens, je dois être forte. Beyoncé est une grande source d’inspiration, je pense même dans la vie de chaque personne sur Terre. Je me souviens quand elle a parlé de Sasha Fierce, j’étais très jeune et je venais de comprendre que c’était la façon dont elle avait été capable de se transformer. Cela m’a ensuite aidée à créer Kumari à mon effigie, et de la laisser me surpasser.

On The Move : Quel est ton conseil pour les artistes multiculturels comme toi ? Pas seulement dans l’industrie de la musique mais en général ?

Raja Kumari : Même s’il s’agit d’une période très sombre dans le monde, c’est vraiment une période très passionnante où les gens sont intéressés et curieux de voir ce que les autres essaient de maîtriser. Si vous êtes une voix forte pour votre culture, que vous la connaissez et l’aimez et si vous êtes authentique, je pense que les gens pourront toujours s’y identifier. L’authenticité est la chose que je vais toujours essayer de défendre avant tout. Peu importe ce qui est authentique pour vous, pour moi, je suis une danseuse, j’aime beaucoup ce qui est classique et traditionnel, c’est pourquoi je porte le Bindi et les bijoux indiens lorsque je suis sur scène. Ce n’est pas un costume que je veux mettre, c’est vraiment une expression de moi. Je pense que si vous entrez dans la mode, si vous entrez dans l’art, l’atmosphère et tout le reste … c’est à peu près tout, ne tentez pas de faire quelque chose qui a déjà été fait, mais existez dans cet espace et soyez qui vous êtes vraiment et les gens vont réagir et ils vont s’identifier. La culture est censée être partagée. Il suffit de faire savoir aux gens pourquoi certaines choses sont faites pour qu’ils soient informés, c’est un cadeau. La conversation sur le Bindi est fréquente, les gens disent:  » oh tu sais à Coachella, tout le monde porte le Bindi « , peu importe, je pense que c’est hypocrite d’avoir quelque chose d’aussi beau et de ne pas le partager, ce n’est pas juste. Mais mon but est de dire aux gens que si vous portez le Bindi, c’est votre troisième œil illuminé. Vous choisissez de voir le monde à travers votre troisième œil spirituel au lieu des deux yeux physiques. Donc, si la personne est prête à le reconnaître, le Bindi est aussi pour elle. C’est juste notre travail de sensibiliser les gens à ces choses parce que ce n’est pas de leur faute, ils ne le savent pas. Je suis heureuse d’être née en Californie car je pense que cela me donne beaucoup de perspectives. Peut-être que si j’étais née en Inde, cela aurait été différent. Je pense que je suis particulièrement bien équipée pour essayer d’être le lien connecteur et d’essayer de le traduire pour les deux parties de toutes les manières possibles.

On The Move : Tu parlais de «Bloodline», est-ce qu’il comporte des collaborations ou préfères-tu travailler seule ?

Raja Kumari : Il y a définitivement des collaborations sur l’album, il y en a une avec mon amie Janine The Machine, nous avons écrit beaucoup de musique ensemble et nous avons fait quelques chansons. Je pense que c’est bien de faire collaborer des filles et j’ai aussi une autre collaboration avec une artiste épique, qui est toute nouvelle, mais nous en reparlerons le moment venu. Mais j’adore collaborer, je suis auteure-compositrice et je crois donc aux collaborations. J’ai réalisé l’album avec Sean Garrett, c’est un auteur-compositeur incroyable. Il a travaillé avec Beyoncé et Chris Brown. Il a joué un rôle déterminant dans de très grands moments de hip-hop et de culture pop, il m’a vraiment poussée. J’avais presque peur de faire certaines choses « pourquoi as-tu peur de toi? » et je répondais « je ne sais pas ! » (rires). Si deux personnes peuvent s’accorder sur le sens des paroles, alors il y a plus de chances que cela ait du sens pour tout le monde.

On The Move : Quand est-ce que ce nouveau projet sort ? Tu peux l’annoncer ou pas encore ?

Raja Kumari : Il arrivera début 2019, je pense que nous pouvons le dire. C’est fini, c’est prêt à être envoyé, c’est mon premier projet américain. Je suis super enthousiaste car je n’ai pas eu la chance de vraiment faire le tour de l’Amérique et de faire la même chose que j’ai fait en Inde, alors je suis vraiment impatiente de le faire ici !

 « Bloodline » sortira le 22 février prochain.

En attendant, retrouvez Raja Kumari sur  Facebook, Instagram et Twitter. « Shook » est disponible sur Itunes.