Rencontre avec l’un des piliers de l’électro à la française : Martin Solveig !

Impossible d’évoquer la scène électro française sans parler de Martin Solveig ! Avec plus de 20 ans de carrière, et des hits encore très récents comme « Places », « All Stars » et « My Love », le DJ, producteur, auteur, compositeur et interprète français (rien que ça !) affiche un sérieux palmarès tout en continuant sans relâche à divertir et ravir ses fans. En novembre, il était de retour à Paris pour un show très spécial à l’Olympia – dépassant le simple exercice de maîtrise des platines. L’occasion était idéale pour s’asseoir quelques minutes avec lui et discuter de sa manière de créer, de son point de vue sur les mutations de l’industrie ou encore ses ambitions et projets pour 2019. L’atout feel-good de la French Touch n’en est clairement pas à son dernier coup !

© David Fitt for On The Move

On The Move : Salut Martin ! On est heureux de te recevoir ici à Paris. Qu’est-ce-que ça te fait d’être de retour ?

Martin Solveig : Merci à vous ! Evidemment, je suis super heureux d’être ici. Paris est ma maison, et même si je quitte souvent la ville pour voyager, c’est là où ma famille et mes racines sont. Tout est ici.

On The Move : Comment s’est passé le show à l’Olympia ? Cela fait un moment que l’on ne t’avait pas vu sur une scène parisienne !

Martin Solveig : C’était extraordinaire ! C’était la seconde fois que je jouais à l’Olympia. Le premier concert était en 2009 donc il y a quasiment 10 ans. C’est toujours une date importante. La première fois, j’étais vraiment impressionné mais j’en garde les meilleurs souvenirs donc je voulais vraiment y jouer de nouveau. Cette fois-ci, ça a été très particulier car je travaille sur un nouveau show qui m’éloigne un peu des platines pour me rapprocher de la pop. Je trouvais intéressant de reprendre l’histoire où je l’avais laissée à l’Olympia en 2009. Maintenant nous sommes en 2018, presque 2019. Le temps passe si vite !

On The Move : Tu peux nous en dire un peu plus sur ce set ?

Martin Solveig : C’était une préparation particulière. Ce n’était justement pas un DJ set mais un vrai show live où j’ai interprété la moitié des morceaux, accompagné de musiciens et performers. Ce n’était vraiment pas fabriqué comme un DJ set et c’était important pour moi de le faire de cette manière car je pense qu’à un certain moment, être derrière les platines ne sera plus suffisant. Les artistes dans leur ensemble – dont les artistes électro – ont une marge énorme d’évolution lorsqu’il s’agit de musique live. À chaque fois que tu as un hit, les gens en prennent possession et l’associent à leur vie quotidienne. Donc quand cette chanson est jouée à un show ou à un festival, les gens se reconnaissent et partagent quelque chose de profond avec des inconnus. L’un des plus gros challenges de notre société actuelle est de rassembler les gens car beaucoup de choses les éloignent les uns des autres. La musique a ce pouvoir fédérateur. Quand ils sont ensemble à un show, les gens sont moins agressifs, sont plus enclins à parler, à échanger. C’est la chose qui me rend le plus fier, et c’est ce qui compte le plus pour moi, car quand tu fais de la musique et que ça marche, tu peux te dire que tu fais quelque chose qui en vaut la peine et que tu aides les gens à se retrouver.

On The Move : Quelles sont les principales différences entre ta performance de l’Olympia et un DJ set justement ?

Martin Solveig : Parlons d’Ibiza par exemple. C’est un vrai DJ set. La seule chose qui compte n’est pas le fait que je sois physiquement présent mais la musique qui va être jouée là pendant des heures. Les gens viennent pour danser, comme dans un club, et je suis juste là pour donner le tempo et la vibe. Ce que j’ai fait à l’Olympia – et ce que je ferai dans le futur – est quelque chose que tu as aussi besoin de regarder. Tu pourrais tout aussi bien venir pour simplement t’asseoir et être diverti. C’est tout un package, pas juste la musique !

On The Move : En ce moment, on voit apparaître de nombreuses collaborations ou crossovers entre des artistes electro et des artistes pop/rock. Cette vague influence-t-elle ta manière de travailler ?

Martin Solveig : Pas tellement encore, car j’ai peu de collaborations comme celles-ci pour l’instant. Mais je commence à m’y intéresser depuis quelques mois. Je travaille sur plusieurs d’entre elles en ce moment. En terme de production, je bosse avec des producteurs EDM et j’ai toujours adoré travailler avec différents types de voix. Que ce soit avec Kele de Bloc Party, Inna qui est une chanteuse pop ou Madonna. Bien sûr, Madonna, c’est quelque chose !

On The Move : Y-a-t-il des voix que tu apprécies plus particulièrement ?

Martin Solveig : Il y en a beaucoup ! Par exemple, Lenny Kravitz ou Gwen Stefani. J’adorerais travailler sur un titre particulier avec eux, vraiment collaborer. Que ce ne soit pas juste moi et leurs voix… même si je sais que ce n’est pas vraiment possible avec des artistes comme Lenny justement.

© David Fitt for On The Move

On The Move : En terme de processus, comment préfères-tu aborder un morceau ?

Martin Solveig : Je n’ai pas vraiment de préférences. La seule chose qui m’importe est d’être 100% satisfait par les titres que je dévoile. Par exemple, si on parle d’ « All Stars », j’ai mis 4 ans à la sortir car j’ai eu besoin de 4 ans pour en être satisfait. En ce moment, je suis en train de travailler sur un titre avec un rappeur, la voix est extraordinaire mais le morceau n’est pas encore assez bon. Donc je travaille jusqu’au moment où j’en serai satisfait. La fabrication d’un morceau ne compte pas vraiment mais je veux juste être en mesure d’appuyer sur play et être totalement heureux de la manière dont ça sonne. Si j’ai des doutes, je ne sors pas le titre.

On The Move : L’industrie musicale a vraiment changé ces dernières années, tout particulièrement car les singles sont privilégiés aux albums. Est-ce-que ta façon de faire évolue avec cette nouvelle configuration du marché ?

Martin Solveig : Cette nouvelle ère nous autorise à faire à peu prêt tout ce que l’on veut. Quand j’ai commencé dans cette industrie, il fallait sortir un album pour acquérir de la légitimité. Ce n’est plus comme ça donc on peut dire que le marché influence la manière dont les gens produisent la musique, oui. Il y a toujours plus de musique qui sort tous les jours, et j’essaie d’être le plus sincère et vrai avec la mienne. Beaucoup de managers vont te dire qu’il faut sortir un nouveau morceau toutes les deux semaines, parce-que les gens en veulent toujours plus, plus vite. J’ai des problèmes avec ça. Si j’étais en mesure de sortir de nouveaux morceaux que j’aime toutes les deux semaines, je le ferais mais ce n’est pas possible. Tout le monde –moi y compris – veut que je dévoile davantage de morceaux mais c’est difficile car plus je vieillis, plus je deviens exigeant avec moi-même. J’ai déjà de nombreux titres dans ma discographie et je ne veux pas me répéter, refaire deux fois la même chose ou proposer des titres qui ne sont pas bons. Alors, je prends le temps. Je ne suis pas si impatient.

On The Move : Tu dis ne pas vouloir te répéter et tes clips le montrent bien. Tu y déploies toujours une nouvelle forme de créativité. Quel est la place du visuel dans ton processus de création ?

Martin Solveig : J’ai une belle collection de clips maintenant, certains sont géniaux et d’autres ne le sont pas tant que ça. Depuis mes débuts, je pense qu’il y a une connexion entre le son et le visuel, et je n’ai jamais cru que nous pourrions proposer de la musique sans visuels. Ce que j’apprécie le plus quand je travaille sur mes projets, c’est la proposition d’ensemble qui peut se construire, et qui inclut autant la musique que l’image. Et c’est très important pour moi de participer à la création des visuels car même si je ne suis pas très doué et moins expérimenté pour ça, il y a toujours une imagerie attachée à un morceau que je suis en train de faire. Quand je finis une chanson, j’ai toujours une idée de ce que j’aimerais pour le clip. Par exemple, celui de « All Stars » a été rendu possible grâce au travail acharné de Thomas Lélu, avec qui j’avais envie de travailler depuis très longtemps. Quand j’ai terminé « All Stars », j’ai tout de suite su que je voulais travailler avec lui sur le clip. Je voulais quelque chose de très pop mais aussi différent, et drôle d’une certaine manière… Et je voulais vraiment que ce soit lui qui mène la barque.

On The Move : As-tu des collaborations récurrentes pour tes clips ?

Martin Solveig : J’ai rencontré mon manager actuel car il était en charge de la société de production qui m’a aidé à faire tous mes clips, de « Rocking Music » jusqu’à la fin de mon album « Smash ». On était une petite équipe et on a tout fait ensemble mais à un moment, j’ai voulu ouvrir de nouveaux horizons et collaborer avec d’autres artistes, réalisateurs et producteurs qui avaient plus d’expériences, un autre point de vue et qui pouvaient enrichir l’univers visuel que je voulais déployer.

On The Move : En dehors du champ musical, y-a-t-il des artistes qui t’inspirent ?

Martin Solveig : Il y en a énormément, oui ! L’un d’eux est Maurizio Cattelan. Il est très connu et très pop aussi, avec un côté complètement drôle et décalé. Il a beaucoup d’humour, parfois un humour sombre. Un autre artiste qui m’inspire beaucoup est Francis Bacon. Mon peintre favori. Quant aux réalisateurs, je dirais que Spike Jones a une énorme influence sur moi, je l’adore. C’est un génie pour moi.

On The Move : Y-a-t-il une chanson que tu aimerais tout particulièrement remixer ?

Martin Solveig : Pas vraiment, je n’aime pas beaucoup remixer des morceaux car ce n’est pas ce pour quoi je suis le meilleur. Je me sens plus artistique que technique. J’ai encore besoin de m’améliorer sur les arrangements. Je ne suis pas un fan des machines mais je pense que les gens qui font des bons remixes sont de bons arrangeurs. Donc finalement, je préfère entendre mes chansons être remixées que remixer moi-même.

On The Move : Il y a d’ailleurs eu beaucoup de remixes de « My Love », ton dernier single en date…

Martin Solveig : Oui, et j’en suis très reconnaissant ! Il y a eu Kölsch qui est un grand producteur électro et je suis très fier qu’il ait accepté de le faire. Il y a aussi le remix de cet artiste que j’adore : Dillon Francis. J’ai été très gâté sur celle-ci. Je pense que c’était un morceau avec de bonnes bases en termes de mélodie et de paroles mais pas assez bien mixé. J’adore ma version bien sûr mais il y avait vraiment de la place pour de bons remixes.

On The Move : Quels artistes apprécies-tu particulièrement en ce moment ?

Martin Solveig : Il y a tellement d’artistes que j’écoute ! Mais j’aime particulièrement Angèle en ce moment, elle est géniale.

On The Move : Que peut-on attendre de Martin Solveig en 2019 ?

Martin Solveig : Beaucoup de choses ! Je travaille sur de nombreux morceaux. Je ne sais pas s’il y aura un EP ou un album ou seulement des singles, nous verrons. J’espère pouvoir sortir autant de bonnes choses que possible !

Interview par Naoumie Benattar avec Pam Charbit et Coraline Blaise
Stylisme par Marion Hassan assistée de Johanna Imbach
Photos par David Fitt exclusivement pour On The Move

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L’intégralité du photoshoot avec Martin Solveig est à retrouver dans notre dernier On The Move Magazine !

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