Rencontre avec la captivante révélation alt-pop : Kaela Sinclair !

Si vous êtes fans de notre chouchou Troye Sivan, il y a des chances que vous connaissiez déjà la talentueuse Kaela Sinclair. Celle qui accompagne le prodige australien sur sa tournée internationale – et qui donne aussi de la voix et du clavier au sein de la formation électro M83 – confirme finalement son grand plongeon solo. Son nouvel EP “Half Asleep” est un voyage dans un univers aussi doux que dense, aussi aérien que pêchu. Sa pop alternative, cadencée par les synthés, pourrait bien faire des vagues au-delà des frontières américaines en 2019. On vous aura prévenus !

© Nightdove Studio

On The Move : Salut Kaela ! Merci de nous rencontrer. Nos lecteurs ne te connaissent pas forcément… Peux-tu nous dire comment tu as commencé dans la musique ? 

Kaela Sinclair : Merci de me recevoir ! D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours chanté et joué du piano. Ça a toujours été très important pour moi de m’exprimer. Plus jeune, je faisais des collages dans mes carnets et les emmenais partout avec moi. Mes parents m’ont laissée tout essayer dont de nombreux sports, et surtout la danse. J’adorais l’art aussi mais c’était facile pour moi de préférer la musique. Je savais juste que c’était ça que j’étais supposée faire.

On The Move : En 2016, tu as intégré la formation M83 et tu fais maintenant partie de l’équipe live de Troye Sivan. Comment est-ce-que ces expériences t’aident à modeler ton propre son ? 

Kaela Sinclair : C’est un privilège de pouvoir approcher des personnes qui t’inspirent, et d’être choisie par eux en retour. M83 et Troye Sivan sont plutôt différents, mais ce sont deux projets, deux carrières menées par des gens qui sont intransigeants quant à leurs visions de la musique. C’est utile de se rappeler que l’authenticité finit par gagner ! Donc j’absorbe tout ce qui résonne en moi, et je le laisse ré-émerger à travers mes propres expériences et ma voix.

On The Move : Ton nouvel EP “Half Asleep” est sorti en October dernier. Que peux-tu nous en dire et comment le décrirais-tu comparé à tes morceaux précédents ? 

Kaela Sinclair : Le titre de l’EP, “Half Asleep”, parle de cet état lorsque tu n’es pas sûre d’être réveillée ou d’être en train de rêver. Ce qui peut être un espace de sagesse soudaine, de révélation, ou juste un mélange confus de symboles et de métaphores. Honnêtement, tout me paraît irréel ces derniers temps. Je me souviens où j’étais et ce que je ressentais quand j’ai écris chacune de mes chansons. J’y parle beaucoup de l’une de mes relations à distance, des joies, des peines. Cela m’a pris 6 mois pour faire cet EP mais par le passé, je mettais beaucoup plus de temps à terminer les choses. Je suis super heureuse d’avoir surmonté les obstacles plus rapidement cette fois-ci. Cet EP est une représentation juste de qui je suis à ce moment précis de ma vie, une personne différente d’il y a 2 ou 3 ans.

On The Move : Tu as un son unique et éclectique. Qui sont tes influences ?

Kaela Sinclair : J’ai très tôt été influencée par des compositeurs classiques comme Debussy et Chopin… Je ne voulais jouer que leurs pièces par un moment. Adolescente, je suis devenue assez obsédée par des artistes comme Sigur Ros, Björk, Phoenix, The Shins, Radiohead et Death Cab for Cutie, pour ne citer qu’eux.

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On The Move : On sait que tu produis beaucoup de tes morceaux toi-même. Est-ce-que cela a été le cas sur cet EP ?

Kaela Sinclair : J’ai produit une bonne partie de cet EP moi-même, oui. Il y a définitivement ce côté DIY, « fait maison » de la musique que tu composes dans ta chambre. Mais je me suis aussi faite aidée de quelques amis hyper talentueux pour tout rendre cohérent. J’ai travaillé avec Frankie Siragusa sur “Half Asleep” et “Midnight Swims” – il a aussi mixé tout l’EP -, j’ai collaboré avec Luke Saunders sur “Like This » et “I Cry Too” et McKenzie Smith sur “Isobel”.

On The Move : Ce morceau “Isobel” semble assez spécial dans la tracklist. Qui est Isobel ou que représente-t-elle ?

Kaela Sinclair : J’ai écrit « Isobel » à l’été 2015, dans les Orcades, un archipel à l’extrémité Nord de l’Ecosse. J’étais sponsorisée pour jouer lors d’un festival là-bas, et j’avais organisé une tournée au Royaume-Uni – ma première hors des USA. La plupart des gens ne connaissent pas les Orcades, car c’est assez isolé et compliqué de s’y rendre… Mais visuellement et historiquement, c’est incroyable. Pour décrire l’endroit rapidement, ce sont des îles situées dans la mer du Nord, quasiment dépourvues d’arbres, avec des plaines très venteuses et des falaises assez dramatiques. Elles sont occupées depuis 8 500 ans et on y trouve des vestiges du Néolithique un peu partout. Il y règne vraiment une ambiance d’un autre monde, parfois même étrange. Je marchais dans un vieux cimetière le long de la côte. Il n’y avait personne – les Orcades ne sont pas très touristiques. Et j’ai vu la tombe d’une certaine Isobel Sinclair, datée du XIIIe siècle. Elle est décédée jeune, adolescente. A cause de son nom, et aussi car le temps venait de changer brusquement, je me suis sentie connectée à elle, et touchée par la poésie de cet instant. En quelques minutes, le ciel s’est assombri, un vent froid poussait les nuages vers l’intérieur des terres. La mer qui était calme jusque là est devenue noire et colérique. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que c’était de vivre là. Elle n’a probablement jamais quitté l’île. Je me demande ce qu’elle aurait pensé si elle avait su que 800 ans après elle, quelqu’un venu de l’autre bout du monde écrirait une chanson à son propos. De cette manière, je voulais qu’elle soit entendue, peu importe qui elle a été. C’est aussi une façon pour moi de me rappeler que nous ne savons jamais quelle trace nous allons laisser sur Terre ou comment nous allons marquer les gens, pendant nos vies et après. Nous ne sommes pas insignifiants, je crois que nous faisons partie de quelque chose de plus grand qui nous dépasse, et nous perdurons.

On The Move : Outre ton EP, tu as sorti l’an dernier une collaboration avec l’artist EDM néerlandais R3HAB intitulée “Whiplash”. Comment a-t-elle eu lieu ? 

Kaela Sinclair : On a pris contact par l’intermédiaire d’amis communs, à Los Angeles. J’ai enregistré les voix début 2018. C’était vraiment cool de faire quelque chose de très différent de mon son habituel, et d’atteindre une audience complètement autre !

On The Move : Quels sont les artistes que tu écoutes le plus en ce moment ?

Kaela Sinclair : Tellement de gens différents ! Mais je peux en citer quelques uns : Kiasmos, Rostam, Caribou, The Japanese House, Wolf Alice, Nonkeen, Marika Hackman, On and On, Bibio, RY X, Deru, Lo Moon…

L’EP de Kaela Sinclair « Half Asleep » est disponible en téléchargement légal.