Échange avec le prince belge de la pop, à l’aube d’un nouveau chapitre !

Nous pourrions vous annoncer tous les jours un nouveau « prodige de la pop » mais s’il est un artiste qui mérite le titre, c’est bien Loïc Nottet. Il y a 3 ans, ses débuts fulgurants via l’Eurovision ou Danse avec Les Stars ne reflétaient qu’une infime partie de ses talents… En 2017, avec « Selfocracy », premier album dense et mature, le jeune belge a déployé un univers à la fois original et immersif. Un quasi-roman musical – explorant certains des travers de nos personnalités – qui a pris toute sa dimension sur scène. Mais plusieurs mois après la fin de sa tournée, une nouvelle ère s’ouvre maintenant pour Loïc Nottet… Elle apporte avec elle de nouvelles sonorités, de nouvelles préoccupations et une nouvelle image que l’on appréhende déjà dans le single « On Fire ». Rencontre. 

© David Fitt for On The Move

On The Move : Salut Loïc ! Merci de nous recevoir aujourd’hui. L’ère « Selfocracy » liée à ton premier album s’est terminée il y a quelques mois maintenant. Que s’est-il passé pour toi depuis ?

Loïc Nottet : Merci à vous de me rencontrer à nouveau ! Alors, c’était à la fois du repos et de la création. J’ai beaucoup composé pendant la tournée. Plus qu’après d’ailleurs. Mais j’ai quand même continué, après les festivals. Je suis partie en vacances une petite semaine mais ensuite, j’ai travaillé… Enfin, dis comme ça, ça paraît négatif : j’ai créé !

On The Move : Tu as dévoilé il y a peu de temps un nouveau titre « On Fire », qui propose un son un peu plus urbain que tes morceaux précédents. Qu’est-ce-que tu as voulu apporter avec ce single ?

Loïc Nottet : Je voulais quelque chose d’un peu différent, sans faire autre chose que de la pop parce-que c’est la musique que j’aime et que j’écoute. Je voulais rester dans un univers pop mais je voulais changer un peu les sonorités et ajouter des touches un peu plus urbaines comme tu l’as dit. Je me suis entouré des producteurs Skydancers [qui se produisent aussi en tant que groupe sous le nom We Are I.V ndlr]qui ont bien répondu à l’habillage que je voulais pour la compo. Comme pour le premier album, j’ai composé le titre en yaourt, sur une base de piano et je leur ai envoyé ce morceau piano-voix. Ils ont travaillé différentes versions, puis nous sommes allés en studio ensemble, avons dialogué, affiné la chanson… Le processus était comme pour l’album précédent mais je voulais quelque chose de neuf, une nouvelle fraîcheur !

On The Move : Il y a aussi une évolution dans les thématiques… « Selfocracy » s’attaquait pêle-mêle aux thèmes du narcissime, de l’égocentrisme, des stéreotypes de société, de nos démons intérieurs et finalement de tolérance. Sur « On Fire », c’est la détermination et l’empowerment qui dominent. Est-ce-que ce sera la ligne du nouvel album ?

Loïc Nottet : Pour le moment, je réfléchis vraiment en termes de single et c’est vrai que tous les morceaux que j’ai composé correspondent à un mood dans lequel je me suis senti. « Selfocracy », c’était ce que je pensais, ce que j’avais dans la tête de mes 17 à 20 ans. « On Fire » correspond vraiment à la personne que je suis aujourd’hui. J’ai décidé aussi de m’assumer plus, d’accepter le fait d’être artiste. J’avais besoin de ce temps là d’acceptation et de me dire que oui, si je voulais porter des choses un peu étranges ou farfelues ou changer mes cheveux, je pouvais le faire ! Si on a même peur de le faire en tant qu’artiste, qui le fera ? Il y a eu beaucoup de changements dans ma tête à ce niveau là et du coup, le morceau sonne un peu plus guerrier et assumé ! C’est dû à l’expérience de ces dernières années… Cela dit, je n’ai pas acquis une énorme confiance en moi. Je ne suis toujours pas serein. Je n’ai pas dormi de la nuit avant la sortie de « On Fire », j’allais voir toutes les 5 minutes les commentaires des gens ! Je ne suis pas quelqu’un de très sûr de lui, mais je m’assume un peu plus aujourd’hui !

On The Move : Le clip d’ « On Fire » vient de sortir. Qu’est-ce-qui t’a guidé dans la création de ce visuel très onirique ?

Loïc Nottet : C’est le clip le plus artistique que j’ai fait jusqu’à présent. Je voulais une ambiance particulière et essayer de faire quelque chose d’unique même si aujourd’hui, c’est très difficile de faire quelque chose qui n’aurait jamais été vu. Je voulais revenir au base, utiliser le moins de technologie possible. Je voulais quelque chose de plus coloré aussi, d’un peu plus poétique, et narratif. Quelque chose de plus… imaginaire en fait ! Je ne voulais plus cette touche de réalité que j’ai pu avoir dans les autres clips. Je cherchais vraiment un lieu indéfini, ou tout du moins que l’on comprenne que ça ne peut pas être un univers réel. Quelque chose de presque plus enfantin, en tout cas, plus narratif et plus fantastique !

On The Move : « Selfocracy » était un album-concept, où tu as développé un art total par le chant, la musique, la danse, les arts graphiques. Le prochain sera-t-il dans la même veine, comme un nouveau chapitre à ce récit engagé ou as-tu envie d’aborder ce futur opus d’une manière totalement différente ?

Loïc Nottet : C’est vrai que je réfléchis toujours à 360 degrés, encore aujourd’hui. Donc quand j’ai « On Fire » en tête, j’ai la cover, j’ai le clip, les vêtements, l’image, les couleurs, les décors scéniques… Tout vient en même temps, comme un package ! Après, concernant l’album, on m’a déjà demandé si ce serait la suite de « Selfocracy ». Indirectement, je pense que oui dans le sens où « Selfocracy » me correspond, en terme de messages, de mots, ou tout du moins, c’est mon vécu. Je n’ai pas vécu beaucoup mais  c’est ce que je ressentais en tant qu’adolescent, c’est moi à 100%. C’est pour ça que je ne regrette rien de « Selfocracy » même si aujourd’hui, je peux comprendre avec le recul que certains trouvaient ça trop sombre. Aujourd’hui je le vois, car je ne suis plus dedans et j’ai du recul. Mais, je ne regrette quand même pas car ça me correspondait vraiment à ce moment là, c’était exactement que je devais faire. Et aujourd’hui, c’est une autre image, c’est une autre couleur mais je pense qu’indirectement, c’est peut-être la suite… Adele appelle chaque album avec son âge, moi je ne vais pas les nommer par mon âge mais ils correspondent à des âges aussi. Si j’ai la chance d’avoir une grande carrière, j’ai envie de pouvoir mettre tous mes albums à la suite et dire « Voilà, tu veux savoir qui je suis ? Tout est là, quand j’avais 18, 22 ans… Ma conception du monde et de la place que j’y occupe, tout ça, c’est dans les chansons. » Mais ça n’empêche que ce sera quand même différent. Je veux quelque chose de plus lumineux, plus frais !

On The Move : Ton processus créatif a-t-il changé depuis la sortie de Selfocracy ? J’ai lu que pour ton premier album, tu regardais des films sans le son pour t’inspirer. Le fais-tu toujours ?

Loïc Nottet : Oui, je le fais toujours, j’ai vraiment besoin d’images pour m’inspirer… J’aime beaucoup le corps humain, j’ai toujours besoin de voir des personnages, dans des costumes, ou même parfois juste des objets. Si je vois une chaise abandonnée, je peux y trouver une certaine poésie et faire une chanson qui s’appelle « Chair » mais qui prendrait un tout autre sens par les mots. Pour cela, ça n’a pas changé. En termes d’équipe, c’était chouette car j’ai travaillé avec de nouvelles personnes. J’ai co-écrit « On Fire » avec Sacha Skarbek, c’est vraiment un producteur anglais hyper chouette. J’avais un peu peur au début car il a composé et co-écrit « Wrecking Ball » de Miley Cyrus. Il a bossé avec Adele, Lana Del Rey, avec énormément de grands artistes. J’appréhendais de me retrouver devant quelqu’un avec énormément d’égo alors que pas du tout, il est hyper chill. En plus, dans un pays dans lequel je n’avais jamais travaillé – l’Angleterre – donc c’était une nouvelle expérience très intéressante. Je n’écris pas moi-même entièrement, comme c’est en anglais, je donne essentiellement les idées et après on travaille avec l’équipe pour le mettre en forme, puis je le chante pour voir si je le sens…  Donc ça m’a aussi permis de grandir au niveau de l’écriture.

On The Move : Et ce rapport à la langue… Il t’est déjà arrivé de te dire que tu aimerais écrire en Français ?

Loïc Nottet : J’écris déjà beaucoup en Français, j’ai des textes mais c’est vrai que pour le moment… J’adore la langue française quand elle est bien utilisée. Je pense à des artistes comme Jacques Brel, je trouve qu’il maniait la langue française avec brio et dans sa bouche, ça roulait très très bien ! Mais j’ai l’impression aujourd’hui qu’avec mon style musical, le français ne donnerait pas la même chose…

On The Move : C’est le passage au chant qui te gêne…

Loïc Nottet : Exactement ! Quand je fais mon yaourt, ça sonne toujours anglais ! *Loïc chante une partie d’On Fire en yaourt* Voilà c’est toujours dirigé vers l’anglais ! Je n’aime pas trop dénaturer la chanson et lui imposer des mots si, naturellement, elle n’est pas sortie comme ça. Mais ne jamais dire jamais ! Peut-être qu’un jour j’interpréterai en Français…

On The Move : On parlait de chant mais il y a aussi la danse, qui fait pleinement partie de ton univers. Quelle place cela prend dans ton emploi du temps ? 

Loïc Nottet : J’avoue que je ne la pratique plus beaucoup. Pour le moment, on s’est beaucoup plus concentré sur la création, l’image, le clip, sa préparation etc. Je n’ai plus vraiment le temps pour un entraînement quotidien. Mais je pense que je vais engager un coach sportif pour m’entraîner un peu plus et me forcer aussi à manger moins de McDo parce-que Dieu sait à quel point j’aime la junk food (rires) Vraiment, j’aimerais me remettre au sport, aussi parce-que les concerts vont revenir très vite et que je vais avoir besoin de m’imposer cette discipline de nouveau.

On The Move : Tu as fait ta première tournée des festivals cet été. Comment cela s’est passé ? Comment as-tu adapté ton spectacle, qui était très bien calibré, à ce format particulier ?

Loïc Nottet : Je pensais que j’allais être frustré et en fait, ça a été, on a gardé les danseurs au maximum. Quand on pouvait mettre l’écran, on a mis l’écran… Il y a eu des adaptations évidemment, un des morceaux où je faisais la marionnette n’était pas possible et j’ai du trouver une autre interprétation parce-que je n’avais plus les fils. Mais ça faisait du bien aussi, c’était une nouvelle fraîcheur dans le projet comme on tournait avec le show de « Selfocracy » depuis plusieurs mois. Arriver aux festivals et devoir changer quelques petites choses était excitant finalement ! Je l’ai plutôt bien vécu.

On The Move : Et le rapport à un public qui n’est pas exclusivement le tien, qui n’est pas forcément acquis d’avance à ta cause ?

Loïc Nottet : Ça c’est chouette aussi, vraiment ! Moi j’ai toujours une peur affreuse que les gens me jettent des trucs, me disent de m’en aller…

On The Move : Il y a peu de chances ! (rires)

Loïc Nottet : Mais je suis très parano (rires) J’avais les jambes qui tremblaient à chaque fois. Et au final, quand je voyais que les gens étaient restés en place, pas forcément partis, et applaudissaient hyper chaleureusement à la fin du show, ça m’a fait plaisir. On sent que l’on a conquis quelque chose, qu’on a touché un autre public. Différent des gens qui me connaissent déjà depuis plusieurs années ! J’ai l’impression en un sens que c’est plus compliqué de convaincre des gens qui ne nous ont jamais vu parce-que c’est une remise à zéro… Car quand on s’adresse à des gens qui nous connaissent, et qu’on arrive avec un single un peu moins bon, ils vont dire « Ce n’est pas grave, il a fait d’autres choses, « on lui pardonne » » mais d’un autre côté, si on déçoit trop fort les gens qui nous suivent depuis le début, ça peut être irréversible aussi ! Ça dépend mais de manière générale, j’ai quand même bien vécu l’expérience.

On The Move : Il y avait quelques featuring sur « Selfocracy » avec Lil Trip, Shogun ou Raphaella. Des collaborations qui te feraient envie ?

Loïc Nottet : Il y en a beaucoup ! Pour les morceaux qui arrivent, on aimerait bien avoir des featurings. Après c’est toujours des négociations, parler, voir si c’est vraiment faisable. C’est une volonté en tout cas de ma part, et de la part du label de faire des featurings. Mais sans rentrer dans ce genre de considérations, collaborer avec Imagine Dragons, aller en studio avec eux et pouvoir créer quelque chose, ce serait un rêve immense.

On The Move : La scène musicale belge se fait de plus en plus connaître hors de ses frontières et foisonne de talents pop ces derniers temps comme Angèle, Roméo Elvis, Tamino, Oscar and The Wolf, Tsar B. Est-ce-que tu as un explication à cet élan ?

Loïc Nottet : Est-ce-qu’il y aurait une Belgian Touch ? Franchement je ne sais pas mais je sais qu’on a un humour particulier, surtout du côté de Bruxelles… Je pense à Angèle là pour le coup. Je retrouve aussi cette ambiance très bruxelloise –que je ne saurais pas trop expliqué d’ailleurs- chez Alice On The Roof, qui a sorti un nouveau clip « Malade ». On y ressent très fort l’humour belge !

On The Move : En tout cas, ce sont des artistes qui voient tous leur art à « 360 degrés » comme tu le disais. Angèle, Oscar and The Wolf se sont forgés des univers bien singuliers et identifiables.

Loïc Nottet : Il y avait Stromae aussi à l’époque ! Est-ce parce-qu’on est un pays divisé et que du coup, on a des influences fort anglo-saxonnes grâce au côté néerlandophone. Il y a beaucoup d’artistes internationaux qui ont forgés des univers bien à eux. Est-ce-qu’on est inspirés de ça ? Moi, en tout cas, j’ai toujours écouté la pop anglophone –britannique ou américaine. Je n’ai jamais écouté de musique en une autre langue donc je sais d’office que je suis inspiré et influencé par leur travail à eux. Les américains, les anglais qui creusent très très loin… Ils ne le font pas tous évidemment, donc c’est peut-être ça, je ne sais pas !

On The Move : Si tu pouvais t’adresser au Loïc des débuts de « Selfocracy » est-ce-que tu aurais quelque chose à lui dire ? Un conseil, une leçon que tu as tiré de tes expériences passées ?

Loïc Nottet : Je lui dirais de continuer à penser dur comme fer. S’il a un instinct, il faut qu’il le suive parce-que je suis convaincu que si aujourd’hui, je reviens avec un morceau tel que « On Fire » habillé comme ça, c’est parce-que j’ai vécu tout ce qui s’est passé entre temps. Je lui dirais juste de rester lui-même, foncer et de croire dur comme fer à ses croyances, à ses espérances. De ne pas abandonner. C’est un peu bateau mais c’est vrai et c’est important de le dire, quand même… Et de continuer à rêver un peu !

« On Fire » est à télécharger sur Itunes.

Plus de photos de Loïc Nottet à découvrir dans notre prochain On The Move Magazine !