Rencontre avec Paul Klein et Les Priest du trio indie-pop américain LANY !

Formé en 2014 par Paul Klein, Jake Goss et Les Priest, LANY est la formation indie-pop que vous ne pouvez pas éviter. Après le succès de leur premier album éponyme en 2017, ils sont revenus –moins d’un an plus tard- avec « Malibu Nights ». Écrits en moins de deux mois, ces neuf morceaux capturent les différentes étapes, empreintes de vulnérabilité, qui suivent une rupture douloureuse. Une pièce très personnelle donc, tout comme l’est l’aventure LANY dans son ensemble : les trois musiciens ne doivent leur réussite qu’à eux-mêmes, mettant passion et talent au service de tous les aspects du projet – textes, mélodies, production, visuels, merchandising. Une œuvre cohérente et enthousiasmante que l’on a hâte de voir évoluer vers une nouvelle « saison », comme l’exprime le groupe. Mais pour l’instant, asseyons-nous avec Paul Klein – leader charismatique – et Les Priest – musicien multi-talent.

On The Move : Salut Paul et Les ! Merci d’être avec nous aujourd’hui. On peut lire beaucoup de choses sur les débuts de LANY mais on en sait peu sur la manière dont chacun de vous est arrivé à la musique. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Paul Klein : Oui, bien sûr. Pour ma part, ma mère m’a inscrit à des leçons de piano quand j’avais 5 ans et j’ai fait ça pendant 13 ans. Je n’avais pas tellement le choix, ma mère avait des principes assez académiques là-dessus. Mais ça ne m’a pas empêché de développer un véritable goût pour la musique.

Les Priest : Pour moi, c’est assez similaire. Ma mère voulait aussi que je fasse du piano. Elle-même en jouait mais moi, j’étais le petit garçon typique qui préférait s’amuser dehors que de s’intéresser aux instruments (rires) Pour être honnête, ces leçons n’ont pas duré longtemps. Mais plus tard, au lycée, j’étais très intéressé par la technique. Je suis revenu à la musique à ce moment-là, sous l’angle de sa fabrication, et ça m’a vraiment passionné.

On The Move : Comment vous décririez votre son à quelqu’un qui ne vous a encore jamais écouté ?

Paul Klein: C’est de l’indie pop-pure. Il y a beaucoup d’éléments pop mais on ne sonne pas comme des pièces commerciales… C’est pour cela que je parle d’indie.

On The Move : Dans une autre interview, vous décrivez votre processus de création en disant que Paul donne « le squelette de la chanson » et que Les et Jack « forment les muscles et mettent de la chair sur les os ». Chouette métaphore d’ailleurs ! Est-ce-que c’est toujours comme cela que ça se passe ?

Paul Klein : Chacune de nos chansons commence tout à fait différemment. Beaucoup de titres du premier album se sont faits comme ça, avec Les et Jake mêlant leurs batteries et beats ensemble, et moi apportant les accords et la mélodie. Pour « Malibu Nights », c’était un peu différent !

On The Move : Votre second album « Malibu Nights » est sorti en Octobre. Il me semble que les 9 morceaux ont tous été écrits très rapidement, entre Janvier et Février dernier. Vous pouvez nous en dire plus sur cette période ?

Paul Klein : Oui, j’ai écrit tous les morceaux à une période assez difficile, à la fin d’une relation amoureuse et je me suis dit que s’il fallait que je passe par là, autant en retirer quelque chose. On était à la maison, on avait peu de choses programmées parce-qu’on sortait d’une année tellement intense… En 2017, on a joué 135 shows, donc c’était supposé être une période de repos. Mais quand tu as le cœur brisé, avoir du temps à tuer est la dernière chose dont tu as besoin. Donc je voulais combler ce temps et juste travailler… Je fais partie d’un groupe et je veux toujours nous emmener vers de plus grandes choses. Donc j’ai choisi d’utiliser cette période pour m’améliorer, écrire de meilleures chansons et travailler sur mes compétences. J’ai finalement sorti la tête de l’eau vers Février, en réalisant qu’on avait quasiment composé un album.

On The Move : Et musicalement, «Malibu Nights» est bien plus riche que le premier opus !

Les Priest : Oui, et c’était voulu. En tant que groupe, on veut toujours que le prochain projet soit plus gros, meilleur. Tu veux que les gens écoutent ce que tu as à dire alors il faut leur amener dans un format vraiment fort, pour les toucher, leur procurer l’émotion.

« Malibu Nights », le second album de LANY

On The Move : Paul, tu as aussi collaboré avec Sasha Sloan (sur « Thick and Thin », « I don’t wanna love u anymore », « Run », « Thru These Tears ») et Emily Warren (sur « If you see her ») pour les textes. Que t’ont-elles apporté que tu ne pouvais pas trouver en toi ?

Paul Klein : Sur le premier album, je me retrouvais très souvent dans une pièce seul, et il m’arrivait d’être bloqué, de me poser beaucoup de questions. Avoir quelqu’un à ses côtés pour te dire « non, cette ligne est chouette », c’est très agréable. Quelqu’un qui t’aide à avancer, diriger tes pensées et tes paroles… C’était très cool. Et je me suis aussi rendu compte qu’en tant qu’homme, j’avais plus de facilités à digérer et parler des choses qui me blessent avec une femme. C’est plus réconfortant pour moi. Le regard que les femmes portent sur les choses, la façon dont elles voient le monde… Ça m’aide. Mes meilleurs sessions d’écriture se sont déroulées avec des femmes.

On The Move : Cet album t’a clairement aidé à surmonter une période difficile. Si tu devais écrire une chanson aujourd’hui, quel thème aurais-tu envie d’aborder ?

Paul Klein : Je ne sais pas, sur le fait de passer une très bonne journée, de profiter du moment ! Parler des amis, du beau temps (rires) Ça pourrait être fun d’en faire quelque chose ! Je suis dans un état d’esprit beaucoup plus léger maintenant. « Malibu Nights » était comme une saison, et chaque saison a sa temporalité, son espace, son ambiance.

On The Move : Quels sont vos collaborations rêvées ?

Les Priest : On évoque toujours des groupes comme Coldplay, ou des artistes comme Frank Ocean. Ce serait un tel honneur !

Paul Klein : Aussi, si Justin Vernon [de Bon Iver ndlr]voulait travailler avec nous sur le prochain album, on ne dirait pas non… On vise les légendes (rires)

On The Move : Vous êtes aussi très impliqués dans l’identité visuelle de votre projet. Pourquoi est-ce important pour vous d’avoir la main sur cet aspect ?

Paul Klein : LANY est la chose la plus importante pour nous en ce moment et on a tous un grand attrait pour les arts visuels, la couleur, la composition etc. On travaille avec le label, c’est sûr, mais c’est surtout nous trois, ainsi que notre manager, qui faisons et pensons quasiment tout. C’est le cas depuis le tout début. Le label nous aide beaucoup en terme de stratégie ou de recherche de fonds, ce genre de choses, mais personne ne nous dictera jamais à quoi nous devons ressembler, ou ce que doit être notre art. Nous voulons vraiment avoir ce contrôle créatif.

Les Priest : Et ce n’est pas juste une histoire de ne pas vouloir laisser quelqu’un d’autre le faire, c’est aussi parce-qu’on y prend du plaisir ! On aime produire les visuels, on aime faire de la musique… Autant construire quelque chose de cohérent. On peut le faire donc pourquoi s’en passer ? Ça peut être stressant pour certains artistes d’avoir à penser à ces choses là mais nous, on adore !

On The Move : Y-a-t-il donc des artistes qui vous inspirent, hors du champ musical ?

Paul Klein : J’adore cet artiste nommé CB Hoyo. Je lui ai d’ailleurs demandé de créer certaines choses autour de « Malibu Nights », avec son écriture si particulière. Sa pratique consiste à reproduire de très célèbres œuvres, sur lesquelles il écrit ensuite des messages à portée sociale, politique etc. C’est très brut, j’adore ! Pour moi, il est un formidable parolier, car il propose des phrases très cools sur ces peintures. Je l’apprécie vraiment !

On The Move : On évoque l’identité visuelle, dans laquelle entrent en ligne de compte vos clips. Celui pour « Thru These Tears » est particulièrement frappant car Paul, tu y feins ta propre mort. Ça a du être éprouvant sur le tournage, non ?

Paul Klein : Je voulais juste que ça ait l’air réel donc c’était effectivement un défi !

Les Priest : C’est très étrange de feindre ce genre de choses. Même nous qui étions du côté de ceux qui attendent…

Paul Klein : Ça paraissait très symbolique de la chanson, sentir qu’une part de toi meurt mais que tu finis par t’en sortir… C’était bien de le faire comme ça.

On The Move : Vous entretenez un lien particulier avec vos fans, et pas seulement à travers les réseaux sociaux mais aussi dans la vie réelle. Vous avez par exemple organisé un pop up store à Los Angeles pour la sortie de l’album. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Paul Klein : Nos fans sont tout ce que nous avons. Ils sont la raison pour laquelle nous sommes capables de vivre de notre musique. Et ils nous donnent une raison de faire de la musique. On ne passe pas particulièrement à la radio, donc on a pas le luxe de se dire « ok, ce morceau sera sur les ondes et les gens l’écouteront ». On a du travailler pour convaincre chaque fan, un par un. On a beaucoup d’estime pour eux et ils seront toujours notre priorité.

Les Priest : Lors du pop up store, c’était beaucoup de face à face. Chaque personne te raconte un peu son histoire, ce que tu représentes pour elle. Par exemple, on a rencontré cette fille – dont j’ai oublié le nom malheureusement – mais qui nous a dit avoir assisté au deuxième ou troisième concert de LANY. On a joué ces petits shows avant même de structurer vraiment notre projet et il se trouve qu’elle était là. Et depuis, elle nous a vu jouer 15 ou 16 fois. J’ai trouvé ça vraiment cool. Et on ne l’aurait probablement pas su si on avait pas organisé ce pop-up !

On The Move : Mais parfois, vous vous livrez sans concessions. Je pense à cette vidéo de toi Paul, en train de te raser les cheveux. C’est un moment très intime, une part de vulnérabilité que tu montres sans filtre… Est-ce-que parfois, il n’y a pas une limite à imposer à tout cela ?

Paul Klein : C’est sûr, parfois, tu montres réellement à tout le monde à quel point tu es blessé ou à quel point quelque chose t’affecte. Mais je pense qu’en tant qu’artiste, tu dois décider à quel point tu veux être transparent, et quelle ambigüité tu t’autorises au nom de cette transparence. Mais à la fin, les gens apprécient juste beaucoup l’honnêteté et ils ne pourront pas te reprocher d’être honnête, donc je préfère être moi-même que d’essayer de me cacher.

On The Move : Vous tournez quasi non-stop depuis les deux dernières années. On imagine que cela doit être génial et exténuant en même temps. Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs de tournée ?

Les Priest : Les deux sont des choses assez génériques. Le meilleur pour moi est d’être en mesure d’expérimenter des tas de villes différentes avec toute l’équipe. Et le pire serait le manque de sommeil, les jet-lags, le fait d’être constamment en mouvement. Comme tu le dis, c’est dur et génial à la fois.

Paul Klein : Le meilleur, c’est effectivement l’expérience de toutes ces villes : les soirées que l’on passe ensemble, les cafés, les sessions de shopping… Découvrir les modes et les cultures à travers le monde, c’est extraordinaire. Le revers par contre, c’est lorsque des choses vont mal à la maison et que tu ne peux pas les régler par téléphone. Tu te sens très déconnecté et tu sais que sur place, ça te prendrait 10 minutes de tout régler mais à l’autre bout du monde, ça devient 10 jours.

On The Move : Vous trouvez le temps de créer pendant les tournées ou est-ce-que vous dissociez les deux ?

Les Priest : On essaie de le faire de temps en temps mais ce n’est pas facile car on peut vite être très fatigués et on préfère se concentrer sur le fait de livrer de bonnes performances live puis ensuite, se relaxer.

Paul Klein : On est jamais dans un environnement complètement stable, qui invite à la concentration. Nos loges peuvent être de la taille de cette table. Il n’y a pas la place de respirer, penser ou quoi que ce soit. On a écrit une seule chanson de toute notre carrière, sur les routes. Les a aussi mixé un de nos EP dans un van en tournée. Mais on préfère être à la maison et avoir le temps et l’espace de le faire.

On The Move : Qu’est-ce-qu’on peut attendre d’un show de LANY ?

Paul Klein : Notre tournée européenne qui vient de se terminer est ce que l’on appelle « underplayed » car on joue dans de petits clubs où on a pas vraiment la place de développer toute notre production. Mais c’est aussi parce-qu’on revient l’année prochaine ! On voulait vraiment jouer l’album une première fois pour les fans ici mais en 2019, on aura la scène, les lumières et tout ce qui va avec. Cela dit, il me semble que l’on est un bon groupe en live, et on trouve une connexion très intime avec les fans qu’ils soient 300 ou 3000 dans la salle. On veut toujours faire en sorte de créer de la proximité entre eux et nous.

On The Move : Qui écoutez-vous en ce moment ?

Les Priest : Je suis très mauvais à cette question car j’écoute plutôt des morceaux anciens. Et en ce moment, c’est beaucoup de Pet Shop Boys.

Paul Klein : J’aimerais parler de mon ami SG Lewis. Je l’écoute depuis longtemps et nous avons fini par devenir amis. J’ai écrit un des morceaux du nouvel album avec lui « Let Me Know ». Je l’aime beaucoup, il est un très bon producteur ! Il a un son très cool et une vraie vision artistique.

LANY sera en concert à l’Alhambra (Paris) le 3 Mars 2019. « Malibu Nights » est disponible en téléchargement.