De la pop rock à la country en passant par la folk : rencontre avec Bastian Baker

Depuis son premier album, « Tomorrow May Not Be Better » et notre dernière interview avec lui en 2013, Bastian Baker a parcouru un long chemin et a élargi ses horizons musicaux. En effet, l’auteur-compositeur-interprète suisse a beaucoup voyagé entre la pop, la pop rock, la folk et se distingue à présent par des sonorités country. Après deux autres opus (« Too Old To Die Young » et « Facing Canyons »), il est actuellement en tournée internationale aux côtés de Shania Twain et profite d’un passage par la capitale pour nous parler de son nouvel album éponyme.

On The Move : Comment vas-tu, ça fait du bien d’être de retour à Paris ?

Bastian Baker : Oui, j’ai pris de nouvelles résolutions et je suis content de pouvoir revenir en France, ça fait un moment que je n’étais pas revenu donc je suis content !

On The Move : Ça fait longtemps, que s’est-il passé pour toi depuis 2011 et la sortie de ton premier album « Tomorrow May Not Be Better »?

Bastian Baker : Ça fait un bail oui, c’était il y a longtemps ! Je ne vais pas faire la rétrospective des huit dernières années mais j’ai voyagé à travers le monde, j’ai fait d’autres albums, je suis resté bien occupé. J’ai la chance de pouvoir vivre de ma passion et donc de vivre des expériences assez dingues aux quatre coins du monde grâce à ça.

On The Move : Est-ce qu’on peut dire que ça a eu un impact sur toi, sur la façon dont tu fais de la musique, tes tournées… ?

Bastian Baker : Oui totalement. ça a été un long processus de rencontres et de collaborations. Dernièrement, le plus important, c’est avec Shania Twain. C’est une rencontre que j’ai faite il y a six ans au Montreux Jazz Festival. Donc oui, il y a vraiment eu cette continuité dans ma carrière, où chaque rencontre, chaque voyage, m’a emmené quelque part de nouveau jusqu’à finir ici avec toi aujourd’hui.

On The Move : Justement, on a revu l’interview qu’on avait faite à l’époque et tu avais dit « si j’invente une mélodie, je ne vais pas mettre les paroles dessus six mois après car entre-temps j’ai évolué ». Selon toi, ça te correspond toujours ?

Bastian Baker : Oui, disons que ce qui a vraiment changé sur le nouvel album, c’est que j’ai collaboré avec d’autres auteurs-compositeurs. J’ai très souvent terminé les chansons le jour-même. Il n’y a pas eu cette situation où je n’étais pas discipliné et je ne terminais pas la chanson. J’ai écrit quasiment soixante chansons en un an et demi. C’est l’apport qui a été vraiment bénéfique : bosser avec d’autres gens, faire des sessions prévues. Même si ça peut paraître un peu plus protocolaire, c’est quand même cool !

On The Move : Comment est-ce que tu as vécu cette transition ? Tu es passé d’un artiste qui commençait à se chercher à un artiste qui écrit soixante chansons dans l’année, c’est plutôt pas mal.

Bastian Baker : J’aime bien, c’est la meilleure excuse pour rencontrer des étrangers parce que finalement, c’est comme ça que ça s’est passé, j’en ai rencontré un, deux, trois auteurs-compositeurs qui m’ont eux présenté à un, deux, trois autres… une certaine variété de personnes avec qui j’ai écrit l’album. Je pense qu’au total, ça doit représenter une quinzaine d’auteurs-compositeurs. Ils m’ont aidé à participer à l’album et c’est vrai que ça m’a fait du bien, ça m’a ouvert de nouveaux horizons : des titres comme « Stay », électro-pop. Ce n’est pas forcément quelque chose que je faisais naturellement avant mais je me plais dans ce style là aussi. Je pense que la transition s’est plutôt bien passé !

On The Move : Ton nouvel album s’appelle « Bastian Baker ». Pourquoi as-tu fait ce choix ?

Bastian Baker : Oui, sobrement. L’album éponyme, c’est souvent quelque chose qui vient pour le premier album et, en l’occurrence, ça va être mon premier album dans pas mal de territoires comme les Etats-Unis, l’Australie etc. Et aussi parce que j’ai eu l’impression de clore un chapitre avec les trois premiers albums. En fait, j’ai l’impression d’être au début d’un nouveau chapitre avec cet album. Il y avait ce côté un peu « renaissance du phoenix », renouveau, nouveau départ…

On The Move : Donc si on compare tes quatre albums, on se rend compte que chacun d’eux est différent. Tu es passé de la pop à la pop rock, à la folk pour arriver à un style un peu plus country. Comment ça s’est décidé ?

Bastian Baker : Ouais ! C’est le voyage de Bastian Baker (rires). Je crois que je n’ai jamais aimé être confiné dans une seule case. C’est vrai que c’est quelque chose qui me plaît de naviguer entre les styles. Sur chaque album, il y avait des chansons très différentes les unes des autres. C’est encore le cas sur celui-ci. Si tu compares « Blame It On Me », qui est très country, et « Yokko », qui est plus un truc à la The Weeknd, il y a pas mal de mondes différents. Mais c’est vrai qu’aux Etats-Unis, j’ai l’étiquette « country ». Il y a quand même différentes influences. J’ai beaucoup écrit à Nashville, qui est un peu le berceau de la country. Plus que les lieux ce sont vraiment les gens avec qui je bosse qui inspirent ma musique.

On The Move : Donc Nashville ne t’a pas influencé ? Tu as écrit beaucoup de chansons là-bas ?

Bastian Baker : Oui, j’ai beaucoup écrit là-bas mais pas tout l’album. J’ai bossé entre New-York, Los Angeles, Nashville, Toronto et Montréal. J’ai aussi un peu peaufiner tout ça en Belgique, à Bruxelles. J’ai bossé avec des mecs comme Jacquire King, le producteur des Kings Of Leon, des Of Monsters Of Men, de James Bay que j’adore, avec Jordan Lehning. Si on parle de country, c’est avec lui que j’ai fait « Blame It On Me » et aussi « Stagefright ». C’est une chanson plus rock, très Shawn Mendes. Il a bossé avec Kacey Musgraves. Donc les lieux oui mais en fait, je suis surtout inspiré par les gens qui les habitent. Ce n’est pas parce que j’étais à Nashville en train de regarder par la fenêtre que j’ai eu une idée de chanson.

On The Move : Les chansons te viennent selon l’environnement où tu es ? Ou bien tu avais par exemple envie d’écrire une chanson un peu plus country et tu t’es dit « je vais aller à Nashville pour l’écrire »?

Bastian Baker : Non typiquement pour « Blame It On Me » on était chez un pote. J’étais à la guitare et deux copines sont venues, deux auteures-compositrices super talentueuses. À seulement 21 ans elles sont impressionnantes. On a donc écrit cette chanson pleine de jolies métaphores qui parle des tensions que tu peux rencontré dans une relation. Je pense qu’encore une fois, oui on était à Nashville, oui on a enregistré cette chanson à Nashville avec des musiciens de Nashville et un producteur de Nashville : effectivement, tous ces éléments font qu’il y avait quand même une grosse tendance pour que ça parte vers de la country.

On The Move : En 2011, tu parlais déjà d’avoir un style un peu plus country, tu voulais déjà t’attaquer au marché américain. Est-ce que tu penses que c’est ce qui t’a entraîné à aller à Nashville ?

Bastian Baker : Oui, c’est clair que ça augmente les chances par rapport à Perpignan ! (rires) Après c’est surtout la tournée avec Shania Twain qui m’a ouvert de jolies portes aux Etats-Unis. En ce moment dans la presse américaine, c’est assez génial, c’est assez unanime : RollingStone, Billboard, c’est vraiment cool ! Oui, je pense que c’est vraiment le moment où tous les efforts qui ont pu être concentrés sur les 6/7 dernières années, toute l’histoire qu’on a créée pour arriver aux Etats-unis avec du contenu, tout ça prend du sens maintenant.

On The Move : Du coup tu as fait une tournée avec Shania Twain ?

Bastian Baker : Oui, on est encore en tournée actuellement. 80 dates au total, autour du globe où on ne joue que dans des arena de 15/17000 personnes. Je fais la première partie et après je la rejoins sur scène. J’ai vraiment une grosse exposition à la fois médiatique et au niveau du public. Il nous reste juste l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pendant tout le mois de décembre donc je retourne au soleil, à l’été, c’est bien ça fait plaisir. Donc oui, une tournée comme ça avec une légende pareille ça aide à ouvrir des portes. Mais c’est vrai que dès le premier album comme tu le dis, ma volonté était vraiment de toucher pas forcément juste l’Amérique du Nord mais d’avoir un projet global. C’est quelque chose qui m’excite.

On The Move : Donc travailler avec Shania Twain a forcément eu une influence sur toi ?

Bastian Baker : En fait j’apprends beaucoup d’elle, que ce soit en tournée, que ce soit au niveau personnel ou sur la scène. On a pas encore écrit de chanson ensemble mais peut-être qu’on le fera dans le futur. J’ai assez envie d’écrire avec elle un jour mais elle était plutôt dans une optique d’écriture très solo ces dernières années. Elle a toujours collaboré avec beaucoup de monde et voulait quelque chose où c’était vraiment elle qui gérait l’histoire. Je vais laisser un peu de temps passer et puis ensuite, peut-être qu’on écrira quelque chose ensemble.

On The Move : On peut donc attendre une collaboration, on l’espère ! Et après cette tournée avec Shania Twain, tu as déjà prévu de faire ta propre tournée ?

Bastian Baker : Peut-être, on verra. Future will tell ! Moi aussi j’espère, ce serait vraiment cool. On a lancé une tournée qui s’appelle le « Pregame » pour faire comme une sorte d’échauffement avant la tournée des festivals et avant une tournée plus conséquente en automne 2019. On passe par Paris d’ailleurs ! On sera le 18 mars à La Maroquinerie, très important de le mentionner. On joue aussi en Suisse, en Hollande, en Allemagne, en Belgique. Après, je vais être constamment en promotion ces prochains mois. Je vais retourner aux Etats-Unis dans quelques jours avant de reprendre en Australie. Et puis au début de l’année prochaine aussi on a quelques plans. Je vais continuer à écrire parce que je commence à avoir un réseau de gens avec qui j’aime bien écrire. Je vais aussi garder cette carte à jouer.

On The Move : Tu préfères écrire avec des auteurs-compositeurs ou il y a des artistes avec qui tu aimerais collaborer ?

Bastian Baker : Maintenant je préfère écrire avec d’autres plutôt que seul. Je trouve ça beaucoup plus social et beaucoup plus sympa. Sinon il n’y a pas forcément un artiste qui me fait fantasmer, avec qui écrire. Je pense que l’expérience d’écrire avec Ed Sheeran, ce serait quelque chose parce que je ne comprends pas comment il fait ! Je ne comprends pas comment il fait pour avoir autant de chansons qui sont tant d’hymnes, que tant de gens connaissent par cœur. Je suis impressionné par cette habilité, cette faculté à faire ça. J’aimerais bien qu’il me donne deux ou trois cours. Je suis sûr que ça m’aiderait.

On The Move : La dernière fois qu’on t’a vu sur scène, c’était pour la sortie de « Too Old To Die Young » et il y a eu des changements dans le groupe qui t’accompagne ?

Bastian Baker : Oui il y a eu un changement. On a ajouté des gens aussi qui n’étaient pas là avant. Il y a Zack et Léon qui font la partie cuivre et puis il y a Priscilla, la choriste multi-instrumentiste. Et puis malheureusement, c’est la déception, on a perdu Simon le pianiste, qui part sur son propre projet. Il ne sera malheureusement pas sur la prochaine tournée avec nous c’est dommage mais il faut toujours laisser la liberté. Tous les musiciens qui travaillent avec moi savent très bien qu’ils peuvent voler de leurs propres ailes. Je suis toujours pour le bonheur des autres. Je suis à la recherche d’un nouveau pianiste d’ailleurs, avis aux pianistes multi-instrumentistes, envoyez-moi vos CV. Le reste du groupe reste fixe : Nathan Bonjour à la batterie, Joris Amann à la guitare, Christophe Zindel à la basse, Priscilla Formaz qui nous fait les chœurs…

On The Move : On aime savoir ce que les artistes qu’on interview écoutent. Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Bastian Baker : Moi j’écoute peu de choses mais beaucoup en fait. J’écoute pas mal de musique portugaise ces temps-ci. On a joué au Brésil avec Shania Twain devant 100 000 personnes. Je suis tombé amoureux de cette langue. J’écoute Vanessa da Mata, Vitor Kley. J’écoute un groupe de punk rock hollandais que j’adore qui s’appelle The Deaf, c’est malade sur scène ! Je me suis fait une petite session souvenir avec The All-American Rejects parce que je me demandais ce qu’ils étaient devenus. Je suis un grand fan de The Weeknd, j’ai beaucoup écouté l’album. Je suis toujours très Robert Francis, c’est devenu un pote maintenant donc c’est rigolo. Angus and Julia Stone aussi, Dierks Bentley pour la country, The Script parce que pour moi, ils ont certaines des meilleures paroles qui existent. J’adore The Script ! Pas mal de diversité.

« Bastian Baker » est disponible en téléchargement sur iTunes.