Rencontre avec Mark Prendergast et Jason Boland à l’occasion de la sortie du 3ème album studio de Kodaline !

En toute décontraction, Kodaline est de ces groupes qui vous canalisent une foule et la fait chanter comme un seul homme… Vous non plus, vous n’avez pas résisté au torrent d’émotions déversé par « All I Want » ou « High Hopes » en 2013. Le quatuor irlandais composé de Steve Garrigan, Mark Prendergast, Vinny May et Jason Boland s’est rapidement taillé une place solide à l’international, avec des hymnes fédérateurs entre folk et pop. Après « In a Perfect World » (2013) et le plus rock « Coming Up for Air » (2015), ils reviennent avec l’album « Politics Of Living ». Pas de tournant majeur dans les thématiques ou la méthode mais une évolution musicale et graphique indéniable ! Nous nous sommes assis avec Mark Prendergast – guitariste – et Jason Boland – bassiste – pour parler de ce troisième acte dans l’histoire de Kodaline.

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On The Move : Mark, Jason, bonjour ! Merci de nous recevoir. Le nouvel album de Kodaline « Politics Of Living » vient de sortir. Que peut-on y trouver ?

Mark Prendergast : Merci à vous ! Et bien c’est un peu un nouveau départ, de la même manière que notre second album nous semblait être un renouveau par rapport au premier. Dans « Politics Of Living », il y a toujours des chansons qui paraissent familières, se rapprochent de nos racines et de notre son originel mais il y a aussi de nombreux morceaux pour lesquels nous sommes allés dans des directions que nous n’avions jamais prises auparavant.

Jason Boland : Je pense que c’est un mélange de beaucoup de choses, de beaucoup d’émotions. Il n’y a pas de thème prédominant, il n’y a pas de style particulier. C’est assez schizophrénique mais c’est comme ça que c’est arrivé. On y a passé un long moment.

On The Move : Le processus de création de cet album a en effet été plus long que pour les précédents. Il s’est passé trois ans depuis « Coming Up For Air ». Ya-t-il eu quelque chose de différent dans votre process ?

Jason Boland : La différence majeure sont les ambitions que nous nous sommes données cette fois-ci. Quand tu fais ton premier disque, tu ne sais pas quelles sont tes exigences et pour le second, nous étions un peu plus sûrs de nous mais nous y sommes allés très rapidement, têtes baissés. Pour cet album, nous avons eu un peu de temps libre et lorsque nous nous sommes sérieusement remis au travail, nous voulions juste faire la meilleure musique possible. C’est ce qui a rendu tout le processus plus long. Ce n’est pas tant que nous avons mis plus de temps à composer les chansons – elles sont arrivées aussi rapidement que pour les autres albums – mais nous avons davantage perfectionné la production et exploré plus de titres, plus de sonorités.

On The Move : Ce nouvel album avance effectivement vers un son différent, aux accents résolument plus électroniques. Qu’est-ce-qui vous a poussé vers cela ? Un challenge personnel ? Une évolution naturelle ?

Mark Prendergast : Je pense que certaines collaborations ont pu influencer ce son. Mais je crois que ce sont nos vies qui sont toujours l’inspiration numéro un. La découverte constante de nouveaux artistes, nouveaux titres, nos tournées et aussi nos histoires personnelles… Tout cela modèle notre son. On est inspirés partout, tous les jours… Encore aujourd’hui, en me baladant dans Paris, je suis sûr que quelque chose va me rester et pourrait se manifester dans notre musique à l’avenir. Nous ne sommes pas du genre à nous asseoir et essayer de sonner comme qui que ce soit. Tout arrive très naturellement. Même si dans cet album, ça peut ne pas se ressentir comme tel car nous avons collaboré avec énormément d’artistes différents. Mais ils ont tous des points communs !

On The Move : Y-a-t-il un titre de cet album dont vous êtes particulièrement fiers ?

Mark Prendergast : Question piège ! Ça dépend vraiment de l’humeur dans laquelle on est, je dirais que ça change tout le temps. Mais peut-être qu’« Angel » pourrait sortir du lot, c’est une chanson très spéciale qui nous tient vraiment à cœur.

On The Move : Malgré cette évolution et ces nouvelles sonorités, vous revenez toujours aux sources de votre musique à travers vos sessions acoustiques. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Jason Boland : C’est là où commencent les chansons, tout simplement. C’est vraiment là où elles vivent, où elles respirent… Si elles ne fonctionnent pas en acoustique, peu importe la production que l’on déploiera derrière, elles ne fonctionneront pas du tout. Donc pour nous, c’est toujours très naturel et très amusant d’enregistrer ces versions épurées parce-que c’est ce que notre son est vraiment, c’est son cœur.

On The Move : Vous avez d’ailleurs enregistré dans des endroits assez extraordinaires, comme dernièrement à Sintra au Portugal. Puis vous prenez aussi quelques « risques »,  en enregistrant en one shot dans la rue. Avez-vous quelques souvenirs étranges ou drôles à nous raconter ? 

Jason Boland : Nous avons enregistré une session à Madrid dernièrement pour « Head Held High », mais elle n’est pas encore en ligne.  Ce jour-là, je pense que c’était la première fois que les Madrilènes voyait une pluie si violente. Ce n’était plus de la pluie mais des grêlons énormes, de la taille d’un poing… et ça a commencé à la seconde où nous avons terminé ! On enregistrait cette version très douce et tranquille puis d’un coup, ça a commencé à s’écraser au sol et sur les voitures, les gens couraient pour s’abriter… C’était impressionnant ! Mais à part ça, c’est toujours un moment très agréable. On en a fait toute une série autour du monde ces dernières années. On enregistre toujours ça entre amis et c’est très amusant de voir ce que l’on peut produire en quelques heures !

On The Move : Est-ce difficile pour vous de performer de cette façon ?

Mark Prendergast : C’est plutôt fluide ! On a filmé dans pas mal d’endroits et certaines versions ne sont finalement pas sorties. On essaie surtout de ne pas recréer deux fois la même chose. Sur place, c’est assez particulier, dès que tu commences à jouer, c’est comme si tu mettais sur pause le monde autour de toi et que tu faisais juste ton truc. C’est un sentiment plaisant d’être dans cette bulle, seulement concentré sur la performance. Tout s’arrête et les gens sont vraiment interpellés parce-que tu croises rarement des musiciens déambulant avec des guitares dans la rue. J’aime bien surprendre les gens sur leur chemin… On se sent cool (rires)

On The Move : Revenons à l’album. Du côté des textes, vous avez dit : « Ce nouvel album parle de réminiscences, de la famille, des amis, d’être enfant. Ce sont des histoires qui parlent de nous et du fait de grandir. » Ce sont des choses très personnelles mais en même temps très universelles. Est-ce le sens de la musique pour vous ? 

Mark Prendergast : Toute la musique ne doit pas être universelle… On est des grands fans de hip-hop et certains morceaux que l’on apprécie ont des thèmes beaucoup plus légers ! C’est ok de parler de voitures parfois (rires) Dans tous les cas, nous essayons de ne pas trop intellectualiser la musique que nous faisons. Elle semble universelle mais elle est surtout le reflet de nos histoires personnelles. On n’essaie pas particulièrement d’écrire des choses qui vont parler au plus grand nombre… On écrit d’abord des chansons qui nous ressemblent et parfois, pas toujours, elles finissent pas résonner beaucoup plus globalement. Elle devient universelle par accident…

Jason Boland : Un heureux accident !

On The Move : Avez-vous déjà eu envie d’exprimer en musique des choses plus engagées, politiquement ou socialement ? 

Jason Boland : Ça a toujours été la tendance de l’art, d’aller dans le sens de l’engagement. Mais tout art ne l’est pas nécessairement et pour nous, c’est plus une évasion, une échappatoire qu’autre chose.

Mark Prendergast : Il est vrai que nous n’avons jamais eu une conversation politique. Personnellement, j’essaie même d’éviter ça car ça peut vite atteindre mon moral. Donc je n’ai pas envie d’attirer encore plus l’attention là-dessus par le biais de la musique. Comme le dit Jason, c’est justement une échappatoire. Cela dit, il y a des groupes – U2,  les premiers- qui le font formidablement bien. Mais pour nous, lorsque les fans viennent à nos shows, on a juste envie qu’ils laissent tout ça à la porte et qu’ils communient en musique.

On The Move : Et ça, vous le faîtes très bien !

Jason Boland : Merci ! Ça nous rend toujours très heureux de voir des salles entières aussi réceptives !

On The Move : Vous avez collaboré avec Johnny McDaid, de Snow Patrol [qui a écrit pour Ed Sheeran, James Blunt, Pink, Alicia Keys et Weezer ndlr]. Que vous-a-t-il apporté que vous ne trouviez pas dans vos propres interactions de groupe ? 

Jason Boland : Pour chaque collaboration, c’est comme si un cinquième membre se greffait au groupe. On fait ça à quatre depuis si longtemps donc quand tu amènes quelqu’un d’autre dans l’équation et que ça marche, c’est une nouvelle perspective qui s’ouvre, une nouvelle opinion. Et Johnny est un auteur très très talentueux !

On The Move : Avec qui rêvez-vous de collaborer ?

Mark Prendergast : Tellement de gens ! La liste est sans fin, et elle semble s’allonger encore à mesure que nous découvrons de nouveaux artistes. En ce moment, j’apprécie beaucoup Sigrid, entre autres. Cela dit, il y a aussi des artistes que j’aime tellement, que j’aurais peut-être peur de collaborer avec eux. Mais je pense que j’apprécierais beaucoup travailler avec des gens d’horizons diamétralement différents du nôtre, comme Justice… On a joué dans le même festival en Roumanie il y a quelques semaines. Le show, la manière dont je me suis senti en y assistant, c’était juste incroyable ! Ce serait génial d’être en studio avec eux et comprendre comment ils en arrivent à ces morceaux et à ces spectacles. Quand tu les vois sur scène, tu te prends une claque… et c’est tellement divertissant !

© Steve Stacey

On The Move : Pour cet album, vous proposez aussi une toute nouvelle identité graphique, très cohérente, très colorée, presque pop art. D’où vient cette idée ? Quel est l’artiste qui se cache derrière ? 

Mark Prendergast : C’est bien vu, très bonne question !

Jason Boland : En fait, quand on en arrive à l’artwork, notre label nous propose toujours plusieurs artistes. Et pour « Politics Of Living », on a reçu dès le début cette proposition de Steve Stacey [qui a déjà travaillé pour Nothing But Thieves, George Ezra, Beck ndlr.]qui était très percutante et déjà très proche du résultat final. Il y avait cet homme en train de chuter etc. Quelque chose dans cette imagerie très simple nous a tout de suite frappés. Et c’est encore plus fort une fois décliné sur les différents singles !

On The Move : Le clip de « Head Held High » est aussi très percutant, avec ce côté cinématographique et le format carré…

Mark Prendergast : On nous parle souvent de nos clips et nous regrettons de ne pas être plus impliqués dans leur fabrication ! Dans celui de « Head Held High » il y a de si bonnes idées ! J’avais peur de voir comment allait être illustrée cette chanson qui est très pop, mais finalement la vidéo apporte quelque chose d’un peu plus sombre que j’aime beaucoup ! C’est une superbe vidéo.

Jason Boland : James Fitzgerald, le réalisateur, avait aussi fait « Shed A Tear » avant ça, et il était excité à l’idée de produire quelque chose de très narratif pour « Head Held High ». Il avait une idée similaire en tête depuis longtemps mais il n’y avait jamais eu le bon morceau pour le faire mais avec  « Head Held High », son enthousiasme était tel qu’on lui a juste dit « S’il te plaît, fais-le ! » (rires)

On The Move : Au début du mois de Septembre, vous avez organisé des sessions d’écoute de votre album dans quatre villes d’Europe (Zurich, Madrid, Munich et Paris). Une occasion privilégiée d’aller à la rencontre des fans. Y-a-t-il des réactions de leur part qui vous ont surpris ? 

Mark Prendergast : Ça a été génial. On a commencé en étant un peu nerveux mais l’album a été très bien reçu. Évidemment, on n’est pas sûrs que quelqu’un aurait osé nous dire en face qu’il n’avait pas aimé (rires) mais on a vraiment eu de belles réactions en Suisse par exemple, à Madrid aussi, où tout le monde tapait des mains et était vraiment dedans. Il s’est passé tellement de temps depuis notre dernier album et pour nous, c’était la meilleure manière de le présenter au monde. Rencontrer nos fans, passer du temps avec eux, écouter ce qu’ils en pensent… Pour être honnête, ça peut aussi être un exercice assez perturbant. Tu vois tout, chaque regard, chaque expression… Et c’est normal que les gens veuillent guetter tes réactions aussi, mais c’est assez inconfortable (rires) Vous savez comment c’est quand on doit réécouter sa voix enregistrée, non ?

On The Move : Un enfer !

Mark Prendergast : Oui (rires) Tu te dis « What the f*ck ? Ce n’est pas moi, qui est cet imposteur ? » C’est tellement étrange. Donc parfois, on quitte la salle pendant les chansons puis on revient ensuite. Mais vraiment, cette semaine de listening parties a été géniale !

On The Move : Que peut-on attendre de votre prochaine tournée ?

Jason Boland :  Ça va être très fun de se plonger dedans car on peut jongler avec tellement de morceaux, maintenant. Ces dernières années, nos sets étaient toujours assez similaires mais là, beaucoup plus d’options s’offrent à nous et chaque soirée pourrait être un peu différente !

Mark Prendergast : Oui, c’est génial pour nous de pouvoir jouer ces nouveaux morceaux. On en a teasé certains ces dernières années en festival et le set est toujours renforcé avec un peu de nouveauté !

Jason Boland : On a hâte !

On The Move : Dernière question, qui écoutez-vous particulièrement en ce moment ?

Jason Boland : Il y a ce groupe irlandais, All Tvvins… Ils viennent de dévoiler le morceau « Hell Of A Party » et c’est incroyable. Ils ont travaillé avec James Vincent McMorrow, un autre artiste que j’adore. On a emmené le groupe en tournée avec nous il y a un moment, ce sont des mecs adorables, et ils ont des arrangements géniaux.

Mark Prendergast : Personnellement, je suis à fond dans la musique d’Anderson. Paak. Brockhampton aussi ! Vous les connaissez ? Ils explosent en ce moment. Je les aime beaucoup et leurs lives ont l’air déments. Il faut les écouter !

« Politics Of Living » est disponible en téléchargement. Kodaline sera au Trianon de Paris le 21 octobre prochain.

Retrouvez Kodaline en photoshoot exclusif dans notre tout prochain On The Move Magazine !