Rencontre avec le nouveau prince américain de l’électro-pop, Lauv !

Si le nom de Lauv ne vous évoque rien, c’est que vous n’avez pas été assez attentifs. Son single phare « I Like Me Better » est forcément déjà dans vos playlists. Celui qui a fait ses armes en tant que co-auteur et co-producteur pour de grands noms de la pop comme Charli XCX, a finalement choisi de mettre ses talents au service de son propre projet. Et grand bien lui en a pris puisqu’à seulement 24 ans, son succès est fulgurant… Plus d’un milliard de streams sur les différents titres de la playlist « I met you when I was 18 », une fanbase active et fidèle, des premières parties pour Ed Sheeran, une tournée solo mondiale dont les tickets s’arrachent… Tout sourit à Ari Staprans Leff – a.k.a. Lauv -, n’altérant en rien sa gentillesse et sa spontaneité. Preuve en est lors de cet échange, à quelques minutes de son show très attendu à Paris… et sold out !

© David Fitt for On The Move

On The Move : Bonjour Lauv ! On a lu beaucoup de choses sur tes débuts, mais on aurait aimé savoir… Quel est ton souvenir le plus lointain lié à la musique ?

Lauv : Un de mes premiers souvenirs serait sans doute moi, en train de jouer du piano quand j’avais 5 ou 6 ans. La scène classique : les parents qui te poussent à prendre des leçons et le professeur qui te crie dessus pour que tu joues correctement (rires) C’est par le piano que j’ai commencé à aborder la musique, avant d’écrire.

On The Move : Et cette envie d’écrire, elle est apparue comment ?

Lauv : J’ai commencé vers mes 13 ans. Mes deux grandes sœurs jouaient du violon et du violoncelle. Après le piano, j’ai moi-même commencé l’alto et la guitare. La guitare, ça a été une révélation, c’était incroyable ! Donc j’ai stoppé tout le reste et je passais mon temps dans ma chambre à apprendre des chansons de Green Day et tous ces autres titres auxquels je pouvais avoir accès via Internet. C’est de là que j’ai commencé à écrire et j’en suis tombé amoureux !

On The Move : Tu as commencé professionnellement en écrivant et composant pour les autres (Cheat Codes et Demi Lovato, Charli XCX, Billy Gilman…). Mais en 2014, quand tu écris « The Other », tu décides de la garder pour toi. Qu’est-ce-qui était si différent avec ce titre et qui t’a fait prendre cette décision ?

Lauv : Oui, bonne question ! Celle-ci était juste la première chanson écrite depuis très longtemps à propos de ma vie. Ce n’était pas moi en train d’essayer d’écrire pour quelqu’un d’autre. Quand tu comprends que tu peux écrire pour d’autres producteurs et artistes, et que tu es jeune, tu finis par penser : « Ok, quelle chanson Katy Perry voudrait chanter ? » mais c’est un peu stupide. Et d’ailleurs, ça ne fonctionne pas, il faut toujours écrire par et pour soi-même, c’est la musique la plus authentique. Mais « The Other » était la première à m’être si personnelle que je voulais juste pouvoir l’interpréter et la sortir moi-même.

On The Move : Toute ta musique aborde des thèmes très intimes, même si les mélodies catchy peuvent nous le faire oublier un instant. Tu as souvent dit : « J’ai commencé à écrire des chansons qui parlent de rupture avant même de savoir ce qu’une relation était ». Donc, tu ne ressens pas le besoin de vivre les choses nécessairement pour les écrire ?

Lauv : Je pense que dans les chansons que j’écrivais, à cette époque, il y avait quelque chose d’intrépide et quand j’y repense, je ne savais vraiment pas grand chose. Mon père se moquait de moi d’ailleurs, il me disait : « Mais, qu’est-ce-que tu racontes là ? » car je ne l’avais pas vécu. Pour une raison ou une autre, j’ai juste toujours aimé la musique mélancolique donc quand j’ai commencé à écrire, c’était un instinct naturel pour moi que d’aller vers ça. Mais c’est drôle quand on y pense !

On The Move : Y-a-t-il des conditions dans lesquels tu préfères composer ?

Lauv : C’est toujours différent. Je dois boire du café pour avoir confiance en moi, déjà. Ça paraît farfelu mais c’est vrai (rires) J’apprécie que chaque expérience soit différente car si j’ai l’impression de refaire quelque chose qui a déjà été fait, je perd un peu de ma concentration et de mon inspiration. Bien souvent, et surtout quand je suis en tournée, j’écris des bouts de paroles dans mes notes Iphone, ou sous forme de mémo vocaux. Et j’essaie d’y revenir plus tard pour commencer une chanson. Mais chaque titre est différent !

On The Move : Y-a-t-il une chanson d’un autre artiste que tu aimerais avoir écrit ?

Lauv : Il y en a tellement ! Peut-être une chanson des Talking Heads, je ne sais pas si tu les connais ? Mon père était super fan quand je grandissais… Ou alors, une de mes chansons préférées, « Youth » de Daughter, tu connais ?

On The Move : Absolument, cette chanson est magnifique.

Lauv : Elle est tellement belle ! Tellement triste et tellement belle !

On The Move : En Juin dernier, tu as compilé tous tes singles dans la playlist « I met you when I was 18 ». Pourquoi as-tu souhaité les sortir de cette façon ?

Lauv : Je voulais rendre ça compliqué pour les gens (rires) Non, je rigole. La raison pour laquelle je ne voulais pas en faire un album est que les chansons sont sorties les unes après les autres progressivement depuis 2015. D’abord il y a eu les singles, puis j’ai sorti un petit EP mais je n’avais aucune idée du fait qu’elles allaient former un tout si cohérent. Une fois que j’ai compris que toutes ses chansons parlaient de la même relation – et elle a été longue-, j’ai voulu donner aux gens la chance d’y revenir et de les entendre dans le bon ordre, s’ils le souhaitaient. C’est comme cela qu’est né « I Met You When I Was 18 ». Et je voulais continuer d’ajouter des titres à mesure que je les finissais. C’est un projet en mouvement.

On The Move : Penses-tu sortir un album dans le futur ?

Lauv : Définitivement, oui ! J’aime le format des albums, les projets forts comme ceux de Coldplay pour « Ghost Stories » ou « Mylo Xyloto » ou encore « Continuum » de John Mayer… Je veux arriver à un album dense, à un résultat physique !

On The Move : Que peut-on en attendre en termes musicaux ?

Lauv : C’est très important pour moi de ne pas faire deux fois la même chose ! Je suis une personne romantique mais les textes que j’ai écris ces derniers temps ne traitent pas exclusivement d’amour, mais de thématiques plus larges qui sont propres à la vie. Je voudrais dévoiler une plus grande part de ma personnalité. Et pourquoi pas quelques chansons drôles ? (rires)

On The Move : Il y aussi cet aspect visuel, cette couleur qui caractérise ton projet et que tu déclines partout : le bleu. Pourquoi ?

Lauv : Le bleu et ses différentes nuances sont pour moi, plus que n’importe quelle autre couleur, très émotionnelles et très profondes, surtout liées à l’amour, à la tristesse. Ça a toujours fait sens pour moi. Avant que je ne sorte « I Like Me Better », j’ai eu l’idée de cette rose bleue et je l’ai googlé. J’ai réalisé qu’en littérature, la rose bleue représente l’amour non réciproque. J’ai pensé que c’était parfait. Et j’ai aussi été inspiré par le travail d’Yves Klein et son bleu emblématique, très profond. J’ai fait quelques peintures aussi autour de ça. C’est comme ça que le bleu est arrivé dans mon projet.

On The Move : Penses-tu que tu feras évoluer cela avec le temps ? Que tu pourrais avoir d’autres périodes colorées, à l’instar de Picasso ? (rires)

Lauv : Oui, bien sûr (rires) Je pense que le bleu et les sentiments qui lui sont attachés seront toujours là. Et j’aime l’idée d’incorporer la couleur à mon travail. Mais je n’aime pas rester coincé dans la même bulle donc oui, ça évoluera, tout comme mon son et d’autres choses évolueront.

On The Move : Le bleu, on le retrouve aussi dans la boîte « My Blue Thoughts » que tu laisses à disposition des fans pendant tes concerts pour qu’ils y déposent des messages anonymes. C’est un moyen très original de te montrer proche d’eux et cela inspire même ta musique [C’est à partir d’un de ces messages que la chanson « Superhero » est née ndlr.]. D’où t’es venu cette idée ?

Lauv : Je me souviens seulement qu’avant ma première tournée mondiale, je voulais vraiment faire quelque chose de spécial pour les fans. D’abord, je me suis demandé si ça ne pouvait pas faire partie de la scénographie : les gens écriraient des notes, n’importe quoi en rapport avec leurs vies, anonymement et nous les diffuserions sur scène. Puis je me suis dit que cela serait brouillon, et que l’on ne serait pas en mesure de les lire correctement. Donc, l’idée a plutôt pris la forme d’une boîte. J’étais vraiment nerveux de lancer ça car je ne savais pas comment les gens allaient s’en servir. Mais le public a finalement été très ouvert, drôle et mignon. Les gens ont partagé beaucoup de pensées intimes. J’espère qu’extérioriser ces choses leur vient en aide, d’une manière ou d’une autre. J’ai vraiment envie de développer cette idée. J’adorerais transformer le concept en une sorte de video booth dans lequel tu pourrais rentrer et on ne verrait que ta silhouette pour garder l’anonymat, presque comme un confessional. Tu pourrais y confier tout ce que tu veux. Je ne sais pas si ce serait faisable mais j’adorerais !

On The Move : Pour en revenir à la musique, tu as eu la chance de collaborer avec de nombreux artistes… Avec qui as-tu particulièrement aimé travailler ?

Lauv : J’ai été assez chanceux de toujours travailler avec des artistes que j’apprécie et avec lesquels le courant est bien passé !

On The Move : Retiens-tu une leçon spécifique de l’une de ces expériences ?

Lauv :  Je pense qu’en terme de rapport à d’autres artistes, mon expérience la plus forte a été de partir en tournée avec Ed Sheeran. Évoluer à ses côtés a été particulièrement inspirant, car, tu sais, l’industrie musicale est très compétitive et les gens y sont souvent faux. C’est juste la réalité, les gens se protègent. Tu ne sais pas qui sont tes vrais amis et les artistes ne se soutiennent pas toujours entre eux. Mais ce que j’ai vu de Ed était l’exact opposé, à tous les niveaux. Je faisais sa première partie dans des arenas et ça a été extraordinaire pour des raisons très simples… Par exemple, beaucoup d’artistes n’ont même pas le droit à de véritables soundchecks dans ces cas là. Mais nous, oui, nous en avons eu, ils ont veillé à conserver tous nos réglages, ils nous ont laissé prendre notre temps et faire les choses comme nous l’entendions. Ed dit qu’il souhaite que son équipe fasse cela car lui-même a eu des expériences fâcheuses, en première partie d’autres artistes. Il a vu la différence entre être bien et moins bien traité. Il veut faire ça pour les autres, et il est comme ça avec tout le monde. C’est vraiment le sentiment que j’ai eu. Il est juste quelqu’un qui inspire l’admiration et le respect. Parfois, c’est aisé de se laisser emporter par le stress, tu veux rencontrer le succès donc tu prends la grosse tête… Mais Ed est juste une bonne personne. Et il nous rappelle que c’est possible de l’être ! (rires)

On The Move : Est-ce difficile de se produire devant une audience qui n’est pas la tienne, que tu as à convaincre ?

Lauv : Honnêtement, j’étais très nerveux pour le premier show car je jouais devant 20 000 personnes. Mais finalement, parce-que c’est moins intime, c’est presque moins effrayant. Tout est beaucoup plus loin, plus flou… J’ai en fait plus le trac pour mes propres shows. Quand je suis en première partie, je suis ce que je suis, les gens me découvrent et vont m’apprécier ou non. Mais, lorsque je joue devant ma propre audience, j’ai cette peur… Ces personnes ont décidé qu’elles m’appréciaient et qu’elles viendraient à mon show et je n’ai pas envie de les décevoir en live. J’ai toujours mis beaucoup de pression sur mes épaules lors de mes concerts, je veux qu’ils soient géniaux… si je peux dire ça comme ça.

On The Move : Que peut-on attendre de ton concert au Yoyo ?

Lauv : Voyons voir… Il y aura quelques surprises probablement. Il y a toujours des choses hasardeuses qui arrivent… Mon photographe sur la tournée m’a un jour amené à manger sur scène et maintenant, chaque soir, à un moment, il m’en donne (rires) La dernière fois, c’était un cheeseburger, donc j’ai dû chanter en le mangeant. On pourrait donc voir ça ce soir (rires) Globalement, j’aime qu’il y ait des rebondissements. Il y a quelques moments très épurés où c’est juste moi et un clavier ou moi et une guitare. J’aime revenir aux basiques. Mais je suis aussi très fier des morceaux avec plus de production, et l’ambiance que l’on a réussi à créer en terme esthétique, sur scène. C’est toujours un show très énergique.

On The Move : Si tu pouvais parler au Lauv d’il y a quelques années, qui essayait de booker des dates pour son groupe dans de petites salles à travers les Etats-Unis, qu’est-ce-que tu lui dirais ?

Lauv : Je pense que je ne ferais rien différemment parce-que tout cela m’a mené ici. Par contre, à l’époque, je ne pensais pas assez à la musique. Je réfléchissais surtout à la manière dont je pourrais me faire connaître du public. Mais ce que j’ai appris surtout depuis la sortie de « The Other », c’est que, si tu veux devenir artiste, faire de la musique en y mettant 100% de soi sans attendre que qui que ce soit ne t’écoute, c’est ce qu’il faut faire… C’est suffisant. Sois capable de dévoiler ta musique au monde, sans forcément qu’elle soit parfaite, car tu ne dois rien à personne. C’est vraiment ça : concentre-toi sur la musique et fais-la aussi bonne que possible.

On The Move : C’est un bon crédo ! Maintenant que tu as fait ce chemin, que les gens t’écoutent à raison de millions de streams et viennent te voir en concert à travers le monde… Quel est ton prochain objectif ?

Lauv : Faire ma propre tournée des stades un jour, ce serait fou ! Car l’émotion que tu ressens quand tous ces gens chantent d’une seule voix, c’est incroyable. L’album évidemment, est l’un de mes gros objectifs. La musique est ce qu’il y a de plus important pour moi maintenant, mais je sais que j’aimerais aussi créer par d’autres biais. Peut-être un jour, publier de la poésie, un roman ou quelque chose comme ça.

On The Move : Pour finir, nous sommes ici à Paris, qui est une ville que tu mets en valeur dans ton titre « Paris In The Rain ». Qu’aimes-tu particulièrement ici que tu n’as pas retrouvé ailleurs ?

Lauv : Et bien, il n’y a pas de ville plus agréable à mon sens pour se balader et se perdre. C’est ce que j’apprécie particulièrement. À chaque fois que je viens ici, je veux juste me promener le plus possible. Chaque coin de la ville est si différent, tu te perds dans les différentes ambiances et émotions. Quoi d’autres ? Je ne bois pas tellement de vin… Par contre, je me suis mis au fromage un peu. (rires)

Ce que Lauv écoute en ce moment : Phoebe Bridgers, Apparat et Talking Heads.

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Relisez notre report live de Lauv au YOYO ! La playlist « I Met You When I Was 18 » est toujours en téléchargement.

Interview menée en collaboration avec Déborah Gaillard.