Énervé, impertinent et toujours efficace, Slim Shady est de retour avec « Kamikaze » !

Ce 31 août, Eminem a crée la surprise en dévoilant son 10e album « Kamikaze ». Moins d’un an après la sortie de « Revival », Eminem a décidé de s’en prendre à tous ceux qui ont critiqué son album. En effet, malgré la présence de Beyoncé, Pink ou encore Ed Sheeran, l’album précédent n’a pas reçu l’accueil escompté. Alors pour « Kamikaze », Eminem a décidé de retourner aux bases. Finies les sonorités pop et rock, le rappeur revient au rap énervé et impertinent de ses débuts. Name dropping, ego-trip et mauvaise foi… Eminem n’est pas là pour se faire des amis. Il dit tout ce qui lui passe par la tête, quitte à se la jouer « Kamikaze » !

Tout d’abord, l’album a été majoritairement produit par Dr. Dre et lui-même. L’usage des samples a été limité et Eminem nous rappelle qu’il est un excellent beatmaker. Il s’est également entouré de producteurs prestigieux, comme Mike Will Made it (Kendrick Lamar, Beyoncé), Boi1-Da (Drake, Lana del Rey) et Ronny J (XXXTentacion). De plus, Eminem a réduit le nombre de collaborations. On retrouve alors, Bon Iver, Joyner Lucas, Royce da 5’9” ou encore Jessie Reyez.

Kamikaze
DR

Sur Twitter, Eminem a annoncé l’album avec l’image de la pochette et le texte « Essayez de ne pas trop réfléchir avec celui-là…Profitez ». L’image est un véritable hommage à l’album fondateur « Licensed to III » des Beastie Boys. Pionniers du rap New-Yorkais et grande influence d’Eminem, ils étaient les premiers rappeurs blancs à avoir du succès. Avec cette pochette, Eminem donne donc le ton. Voici l’esprit du rap : sincère, espiègle mais engagé, voilà pourquoi vous n’avez rien compris.

Kamikaze
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Composé de 13 titres, l’album s’ouvre sur « The Ringer » et le son d’un avion qui se crashe. Sur une instru minimaliste au son saturé, Eminem déverse sa colère sur les critiques, ses contemporains, Donald Trump mais aussi ses fans. En somme tout le monde en prend pour son grade. Il estime que les critiques et les fans préfèrent un rap auto-tuné et une écriture très simple. « Maybe the vocals should have been auto-tuned / And you would have bought it / But sayin’ I no longer got it / Cause you missed the line and never caught it / Cause it went over your head, because you’re too stupid to get it ». Dans un second temps, il aborde aussi sa difficulté de répondre aux attentes des fans et qu’il ne souhaite pas refaire la même chose qu’à ses débuts. Véritable manifeste, le son donne le ton de l’ensemble de l’album.

Presque sans pause, Eminem enchaîne avec « Greatest ». Dans un flot ininterrompu, Eminem critique les rappeurs qui saturent la scène hip-hop avec des sorties trop récurrentes. « So you sold 10 million albums, eh? / Only problem is, you put out 10 million albums, eh? ». Véritable ego trip, il estime être le meilleur au monde. Mais derrière cette mise en scène, l’artiste fait preuve d’un vrai talent d’écriture. Il n’attend pas les fins de phrases, il crée des rimes complexes entre les mots et fait rimer des phrases entières. La construction crée une rythmique différente de la musique. Eminem nous prouve une fois encore qu’il reste l’un des plus grands rappeurs encore en vie, et ce depuis près de 20 ans.

La scène rap actuelle est la thématique principale de cet album. En effet, Eminem y consacre trois autres morceaux. Premièrement, il l’estime moins critique et technique sur « Lucky You ». C’est la première collaboration de l’album. Tandis que Joyner Lucas parle de son succès grandissant sans aucune récompense.

Puis, sur les sons, « Not Alike » et le très controversé « Fall », le rappeur s’en prend à Tyler The Creator et critique le Mumble Rap. Porté par Lil Uzi Vert ou encore Lil Yachty, le mumble rap consiste à « marmonner » très rapidement. Eminem critique la qualité de l’écriture du rap actuel.

Eminem propose deux interludes de 30s qui se répondent. Dans le premier « Paul – Skit », Paul Rosenberg, patron du label Def Jam Records, émet des doutes quant à la pertinence de ce projet. « Tu vas vraiment tourner en ridicule tous les gens dont tu n’as pas aimé les critiques de tes derniers morceaux ? Je ne sais pas si c’est vraiment une bonne idée. Qu’est-ce qui vient après? Kamikaze 2, l’album où tu réponds à tous les gens qui n’ont pas aimé l’album précédent. » Dans le second, « Ems Calls Paul – Skit », Eminem met en scène cette folie. Il raconte à Paul qu’il n’a pas apprécié un commentaire, qu’il a trouvé l’adresse de la personne et qu’il est en train de s’y rendre pour s’expliquer. Ces deux interludes viennent temporiser les premiers morceaux. Avec ces interludes, Eminem nous montre le second degré de cet album.

Néanmoins, tous les morceaux ne sont pas que des réponses énervées. Marshall Mathers, de son vrai nom, est aussi mélancolique et souhaite avancer. Ainsi, sur « Normal », il veut une relation ordinaire et moins tumultueuse qu’avec son ex-femme. Puis sur « Nice Guy » et « Good Guy » avec Jessie Reyez, il essaye d’être quelqu’un de bien. La voix de Jessie Reyez vient casser le flow rageur d’Eminem, récurrent depuis le premier morceau.

Mais la vraie surprise de cet album est « Stepping Stone ». Mélancolique et amer, Eminem tire un trait sur son ancien groupe D12. Pour la mélodie et la rythmique, les producteurs reprennent des sonorités très 00’s. Parfaite combinaison entre l’énervement des débuts et les nuances des derniers morceaux.

« Kamikaze » est la réponse directe à l’échec de « Revival ». Eminem aurait pu commencer par ce morceau mais celui-ci est le neuvième morceau de l’album. Par ce placement, le morceau est moins percutant que « The Ringer ». Ayant distillé sa colère dans l’ensemble des morceaux précédents, « Kamikaze » sonne comme une redite.

Enfin, l’artiste finit l’album en dévoilant « Venom », son titre pour le film du même nom. Ennemi de Spider-man, le personnage est infesté par un symbiote alien. Celui-ci se nourrit de la rage et de la jalousie pour prendre le contrôle de son hôte. Si le titre semble dé-corrélé du reste de l’album, Venom n’en est-il pas la parfaite métaphore ? Infecté par les critiques, Eminem se crée un personnage décidé à s’en prendre au monde entier. Venom est ici le parfait alter-ego enragé de l’artiste, à l’instar de Slim Shady.

Finalement, tout comme Drake, cet album surprise est une belle réussite qui dépasse la réponse caricaturale aux critiques. Tous les titres ne se valent pas mais Eminem se révèle incisif et efficace sur la majorité des morceaux. Avec moins d’invités et de samples pop que sur le précédent, l’artiste va droit au but. Entre rage, excès et caricature assumée, le roi du fast-flow est définitivement de retour !

« Kamikaze » est disponible en téléchargement sur Apple Music.