À Paris, un show court mais intense pour la sensation Bishop Briggs !

Est-il encore légitime de labelliser un artiste ? Tout particulièrement dans la jeune génération, les frontières entre les genres se font toujours plus poreuses, et les sons qui en découlent toujours plus complexes à décrire… Bishop Briggs – de son vrai nom, Sarah Grace McLaughlin- est assurément de ces musiciens, brillant jongleurs. Dans son son qu’elle qualifie elle-même de « trap-soul » se trouve aussi l’énergie rock, la chaleur gospel, la sensualité R’n’B et quelques inévitables accents électroniques. Forte du succès fulgurant de ses premiers singles « Wild Horses » et « River » il y a deux ans, Bishop Briggs a dévoilé un premier EP en Avril 2017, puis un an après, son premier album « Church Of Scars », conquérant une audience internationale !

Dans le cadre de sa première tournée européenne, Bishop Briggs était de passage à Paris, au Badaboum. Lors d’un set aussi court que dense, elle s’est montrée sous deux visages : celle de la performeuse – engagée, percutante, infatigable – et celle de la femme – généreuse, reconnaissante et rayonnante.

Le public parisien ne se sera jamais montré aussi patient que pour attendre Bishop Briggs… C’est en effet avec une bonne heure et demi de retard que l’artiste britannique – élevée en Asie et maintenant basée à Los Angeles – a fini par fouler la scène du Badaboum.

Mais pas le temps de le lui reprocher, les cris du public se font ardents dès que retentissent les premières notes de « The Way I Do ».« Lay my heart down / Laid it down for you » : la phrase éclate dans la salle d’une voix claire et puissante, quelque part entre celles d’Adele et de Florence Welch. Le décor est posé. Les capacités vocales de Bishop Briggs ne cesseront de nous étonner durant tout le set, imposant parfois le silence ou invitant au contraire à la suivre en choeur.

Si Bishop Briggs occupe la salle par la voix, elle le fait aussi par le corps. Véritable boule d’énergie, elle saute ou court d’un bout à l’autre de la scène sans jamais que son interprétation ne faillisse. Preuve en est dès le second titre, l’énervé « Hallowed Ground ». Sa fougue touche le public au coeur, et il le lui rend bien.

Flamboyante introduction faite, Bishop Briggs prend finalement la parole. Elle explique avoir demander de l’aide pour traduire en Français un message qu’elle voulait adresser à son public, ce soir-là : « Sorry, this will be very insulting to the 5 years I took of French, to your whole nation ». Une spontaneité et un humour dont elle continue de faire preuve, dans la langue de Molière donc : « Putain, trop contente d’être avec vous ce soir, on a voyagé 20 heures pour être là alors on va faire la fête ». Et à Paris d’acquiescer !

À l’espièglerie laisse place la sombre et languissante interprétation de « Dark Side » : « Oh, I drain your life ’til there’s nothing left but your blood shot eyes / Oh, I take my time ’til I show you how I feel inside ». Un morceau inédit intitulé « Let Me Out » prend la suite. L’occasion pour Bishop Briggs de livrer une interprétation particulièrement bouillante, notamment au moment du pont où ses notes se transforment en quasi-cris du coeur.

L’artiste poursuit avec « White Flag », un de ses titres les plus emblématiques. L’intensité monte encore d’un cran quand explose le refrain : « Won’t wave my white flag, no / This time I won’t let go / I’d rather die / Than give up the fight, give up the fight ». Bien que dissociés de tout contexte dans la chanson, ces propos engagés prennent un sens tout particulier lorsque l’artiste s’adresse de nouveau à son public un peu plus tard dans la soirée : « You, Paris are worthy of love, your opinions are valuable » Le public approuve chaleureusement. « Unless you are homophobic, transphobic, racist or sexist. » Voici les combats de Bishop Briggs bien identifiés et les applaudissements redoublent ! Le t-shirt de l’artiste, flanqué du mot « Misfits », prend alors toute sa signification.

 

Avec la même sincérité, Bishop Briggs s’exprime sur la génèse de « Water ».  Écrite au début de sa relation avec Landon Jacobs – leader du groupe indie-rock Sir Sly -, la chanson évoque la difficulté qu’a eu la chanteuse à se laisser aller « peu habituée à être avec quelqu’un de si gentil », nous confie-t-elle. Un doute dont a résulté un titre saisissant – en version studio comme live !

Sur « Holding On », c’est un message de persévérance et d’espoir que Bishop Briggs réaffirme avec une intensité égale. La répétition du gimmick « holding on » nous fait entrer le refrain en tête. Il y aurait de quoi être à bout de souffle en l’interprétant mais Bishop Briggs ne montre aucun signe de faiblesse durant la chanson. Une fois que la musique cesse, ses halètements rappellent toutefois qu’elle ne triche pas… C’est bien du live et elle a tout donné !

À l’origine de son succès en 2016, le morceau « Wild Horses » remporte forcément les faveurs du public. Paris chante avec elle « Wild horses, run faster, run faster ». Les profonds accents électroniques du morceau le rapproche clairement de la trap, dont Bishop Briggs se réclamait beaucoup à ses débuts. Avec « Dream », place à la chaleur R&B et à un morceau des plus fédérateurs. Un de nos préférés !

Arrive déjà le moment du rappel ! Toujours transparente, Bishop Briggs balaie d’un revers de main la tradition qui veut que l’artiste s’éclipse quelques minutes avant de revenir. On sait tous comment cela se passe, n’est-ce-pas ? Alors, pourquoi ne pas continuer d’emblée ?

L’artiste enchaîne donc avec son dernier single, et également sa « first ever love song » : « Baby ». Composée aux côtés du producteur John Hill, la chanson aurait pu ne jamais être dévoilée tant Bishop Briggs la pensait personnelle. Finalement, elle a bien décidé de la livrer au monde, et par la même occasion, dévoiler une part plus légère, plus honnête d’elle-même. Moins métaphorique et sombre que ces morceaux précédents, « Baby » évoque sans fard sa relation actuelle et c’est rafraîchissant !

Enfin, et sans grande surprise, c’est « River » qui clotûre le set. Pour l’interprète, ce titre explosif évoque « la tension et la libération. L’intimité et l’accomplissement. Il s’agit de regarder quelqu’un dans les yeux, le confronter et ne pas capituler ». Et cet empowerment transcende le public parisien ! Lorsque Bishop Briggs suspend dans l’air le refrain : « Don’t you say, don’t you say it / Don’t say, don’t you say it / One breath, it’ll just break it / So shut your mouth and… ».  Paris répond comme un seul homme : « Run me like a river ». Un final flamboyant et Bishop Briggs s’éclipse déjà, sous une ferveur étonnante pour une si petite salle et une artiste qui reste encore trop peu connu dans l’Hexagone !

Alors, fallait-il faire le déplacement ce soir-là au Badaboum ? Absolument. L’attente valait-elle la peine pour ce set un peu trop court ? Largement. En 45 minutes, nous avons fait connaissance avec Bishop Briggs et Sarah, l’artiste et la personne. La première étant aussi impétueuse que la seconde est douce. Mais peu importe le visage présenté, la sincérité reste la même. Et puisque l’on reste tout de même sur notre faim, on va être très attentifs au retour de Bishop Briggs en France… Une annonce et on resigne !

L’album de Bishop Briggs « Church Of Scars » est toujours disponible en téléchargement.