Rencontre avec le jeune producteur et DJ français qui monte !

Si vous êtes lecteurs/lectrices assidu(e)s d’On The Move, vous connaissez déjà Aslove… Il y a un an, nous vous présentions le jeune producteur et DJ originaire de Lons-Le-Saunier, à l’occasion de la sortie de sa très efficace reprise de « Put Your Records On » de Corinne Bailey Rae. Sous la patte d’Aslove, le titre passait de la douceur printanière à l’incandescence estivale, et les millions d’auditeurs du morceau en attestent. Depuis, Guillaume Banet, de son vrai nom, continue son bout de chemin, essaimant au passage ses premiers titres originaux tels que le catchy « So High » ou « Good Ideas », sorti il y a quelques semaines. Le jour de la Fête de la Musique, nous avions rendez-vous avec Aslove. Entre retour sur ses débuts et confessions sur ses projets d’avenir, l’amoureux de rock -qui tient d’ailleurs son nom de scène d’un album de Jimi Hendrix- a tenu à nous rappeler combien l’émotion et le relief sont importants dans sa vision de l’électro. Une rencontre rafraîchissante !

****

© Nazym Hermouche pour On The Move

On The Move : Salut Aslove ! Le public français commence à être familier avec tes reprises et morceaux mais connaît moins ton parcours. Peux-tu nous expliquer comment tu en es arrivé à la musique ?

Aslove : Bien sûr ! A la base, j’ai commencé par faire de la batterie et jouer des instruments divers parce-que j’en avais chez moi. Puis j’ai créé des groupes, fait de la scène. Mais un jour, j’ai découvert la musique électronique via un groupe qui commençait à se faire connaître à ce moment là : Justice. Ils m’ont révélé l’univers des producteurs et DJ mais des DJ qui font du live, qui ne s’en tiennent pas qu’aux DJ sets. Ça m’a beaucoup parlé car ça collait à ce que je faisais avant tout en m’ouvrant à la musique électronique et à de nouvelles sonorités. Justice, ils ont aussi ce côté rock, jusque dans leur style, avec leurs perfectos en cuir. Du coup, c’était le lien parfait entre ma vie d’avant et celle que j’avais envie d’avoir. Quand j’ai commencé à les écouter et produire des sons sur mon ordi, j’ai vite voulu mixer en live. Je ne savais pas vraiment mixer sur platine, j’avais acheté un petit controller sur internet avec un logiciel pour essayer. J’ai fini par rencontrer des patrons de boîte de nuit de ma région, qui m’ont proposé de mixer une soirée pour faire un test. J’ai tenté, ça n’a pas forcément marché. Mais, week-end après week-end, j’y suis retourné, j’étais un peu mineur mais ça ne les dérangeait pas (rires) J’apprenais à mixer avec le DJ résident et puis, petit à petit, je prenais de plus en plus les platines jusqu’au jour où j’ai mixé toute la soirée. Je suis finalement devenu DJ résident là-bas jusqu’à mes 18 ans. Après mon bac, je voulais faire quelque chose dans la musique. Je suis parti dans une école de DJ à Lyon qui s’appelle l’UCPA – Ecole des DJ, qui est reconnue par l’Etat donc ça plaisait aussi à mes parents, c’était cool (rires) J’ai fait cette école pendant deux ans en alternance avec des boîtes de nuit et je suis resté de mes 18 ans à mes 21 ans DJ résident. Jusqu’à ce que je rencontre Universal Music et que je signe chez eux.

On The Move : Tu diffusais déjà tes sons sur Internet bien avant d’être signé, n’est-ce-pas ?

Aslove : Oui, j’ai toujours produit de la musique à côté. J’ai commencé à faire des covers de titres connus en 2015. Des covers, pas des remixes ! Je me disais par exemple, « J’aime bien « Miss You » des Rolling Stones, mais je ne vais rien reprendre de l’original, je vais tout refaire à ma façon ». Je m’amusais à aller chercher des copains qui savaient chanter pour poser les voix et je recréais tout, de A à Z. Dès la première, en janvier 2015, quelques vues se sont accumulées. Jusqu’au jour où un blog a reposté l’un de mes sons. Lui avait beaucoup de followers, donc ça m’a vite apporté une belle visibilité. C’est devenu un petit peu viral et j’ai posté des covers comme ça tous les mois. Ma communauté a fini par grandir de façon exponentielle. Et le point d’orgue a été ma reprise de « Put Your Records On », originellement de Corinne Bailey Rae, qu’à la base j’avais posté en gratuit sur SoundCloud mais qui est devenu mon premier single.

On The Move : On trouve dans tes remixes du Katy Perry, Jacob Banks, Carla Bruni, Portugal.The Man… Des artistes et des titres plus ou moins éloignés de l’électro. Sais-tu expliquer ce qui retient ton attention et te donne envie de retravailler un titre ?

Aslove : C’est toujours du feeling. Mais ce qui est important, pour moi, quand j’écoute une musique, c’est toujours la question de savoir ce que je vais en faire. Me dire « Est-ce-que je pourrais faire » pas « mieux » que l’original -c’est un peu prétentieux de dire ça- mais faire une version qui pourrait aussi être l’originale ! Je fonctionne toujours comme ça. Des fois, j’ai envie de faire un remix pour l’intégrer à mon DJ set parce-que je sais qu’il serait très efficace. Mais par exemple, celui de Carla Bruni, je ne me suis pas dit que je voulais faire une version club, je me suis juste dit que j’avais envie de changer tous les instruments, réharmoniser le tout. Changer tous les accords originaux et y mettre quelque chose d’inédit pour peut-être amener une autre émotion. Souvent, une mélodie, si tu changes ce qu’il y a derrière, ça peut l’emmener complètement ailleurs. A l’écoute, elle est joyeuse ? Et bien, tu peux faire en sorte d’en faire quelque chose de plus sombre ou l’inverse, en changeant les accords tout en restant dans la même gamme. C’est ce que je préfère faire, créer ce trouble, poser cette question : « Quelle est l’originale ? »

On The Move : On parle beaucoup de tes reprises et remixes mais tu as aussi quelques morceaux originaux. Tu as d’ailleurs récemment revélé le single « Good Ideas ». Peux-tu en dire plus sur le processus de création de ce titre ?

Aslove : « Good Ideas » est né il y a plus de six mois. C’est un titre qui m’a été beaucoup inspiré par tous les morceaux qui sont sortis ces derniers mois : ceux de Calvin Harris, Katy Perry, Bruno Mars… Toute cette vibe un peu funky. Et surtout Bruno Mars, je suis très fan de lui. Je me suis posée la question « Est-ce-que j’ai envie de faire quelque chose d’original ou est-ce-que je vais faire un « deuxième » « Put Your Records On » ?  » Au final, j’ai tellement apprécié les vibes que ces DJs sortaient que j’ai absolument voulu faire ma version de tout ça. C’est parti de là et c’est plus un kiff personnel qu’autre chose. Je me suis même demandé si ça allait être mon prochain single car à la base, c’était plus pour m’amuser en essayant de reprendre des vieux synthés vintage, des boîtes à rythme des années 80, puis jouer avec. Ce n’était vraiment pas un schéma marketing. C’est finalement devenu mon single parce-que j’ai rencontré les bonnes personnes. Le bon chanteur, le bon rappeur. On a réussi à faire un truc sympa.

© Nazym Hermouche pour On The Move

On The Move : Que ce soit dans ton précédent single « So High » avec Norma Jean Martine ou dans « Good Ideas » avec Tim Chou et Leroy Menace, les voix ont véritablement toute leur place dans tes titres. Comment se passe ces collaborations ?

Aslove : Même si je suis DJ, je suis fan de pop music. Dans la pop, la voix est extrêmement importante. Je suis très fan de pop américaine -même si ça peut paraître un peu cliché- justement Katy Perry ou Bruno Mars. Quand on analyse un peu comment ils travaillent, il y a très peu d’éléments dans leurs morceaux mais tous sont parfaits. Et sur la voix, il y a un travail énorme. Il y en a souvent une multitude dans leurs morceaux, et c’est ce que j’adore. Du coup, pour « Good Ideas », je suis parti de ça. Je suis allé chercher un chanteur pop actuel. C’est vraiment quelqu’un que j’ai cherché, que je ne connaissais pas avant. Je suis tombé sur Tim Chou en écoutant l’album de Felix Jaehn. Il a fait un featuring avec lui. Je suis allé sur son profil, j’ai écouté ces morceaux et je me suis dit que c’était la bonne personne parce-qu’il correspondait vraiment à cette typologie de voix pop américaine recherchée. En ce qui concerne les voix, je commence généralement à écrire quelque chose, pas en terme de textes, mais en terme de mélodies et puis, on échange nos idées. Mais c’est lui qui a écrit le texte car il maîtrisait mieux la langue. Dans « Good Ideas », j’avais aussi envie d’avoir une partie de rap et j’ai rencontré Leroy Menace par pur hasard, via mon éditeur. A la base, il fait du rap un peu plus énervé, plus dark. Il ne fait pas des choses joyeuses, à la Migos. Ça a été une nouvelle expérience pour lui, mais il s’est parfaitement adapté à ce que je cherchais et on a construit ça très naturellement. Alors que pour « So High » le single précédent, j’avais tout écris, composé toute la mélodie de mon côté avec les gens avec qui je travaille et on avait tout envoyé à la chanteuse, même le texte. Donc ça a été deux aventures complètement différentes.

On The Move : Pour « So High », tu as dévoilé un ensemble de remixes de la part de HUGEL, LeMarquis et RetroVision. Qu’est ce que ça fait de voir le jeu s’inverser et entendre son propre titre revu par d’autres ?

Aslove : C’est drôle mais génial car ça explore des styles dans lesquels je serai incapable d’aller. Notamment pour le remix de RetroVision, qui est vraiment très future house, future bass. C’est super, j’ai adoré ! La question est toujours de savoir si les remixes vont nous plaire quand on les reçoit. Mais pour le coup, tout m’a plu donc c’était très intéressant.

On The Move : Quels sont les ingrédients d’un bon set selon toi ?

Aslove : Pour moi, l’ingrédient le plus important est le relief. Même moi, en tant que DJ, je suis incapable de rester toute une soirée devant un DJ qui mixe. A part en club car l’ambiance est hyper spécifique, mais sur scène en tout cas, si le DJ passe de la house de 23h à 6h du matin sans s’arrêter, toujours au même rythme, que ça ne bouge pas, alors je ne m’amuse pas. Du coup, le relief, c’est ce à quoi je fais attention dans mes sets. J’aime bien alterner des morceaux avec des tempos très lents puis des tempos rapides. Essayer de changer de styles, et placer des morceaux qui n’ont un peu rien à voir entre eux. Je trouve ça cool d’amener des choses éclectiques, un espèce d’open format où tu peux avoir en même temps de la house et puis d’un coup, un morceau de Michael Jackson en plein milieu, qui passe bien parce-qu’il est bien amené. C’est ce qui m’attire le plus dans un set, amener de la surprise pour les gens !

On The Move : Que peut-on attendre d’Aslove pour le futur ?

Aslove : De nouveaux morceaux ! J’espère pouvoir en sortir plus. Le fait d’être dans un major oblige aussi à jouer le jeu de la promotion, et j’espère qu’on va réussir à avoir plus de résultats pour sortir plus de titres, plus souvent. Et vraiment avoir cette logique de donner de plus en plus de matière aux gens. A l’époque en 2015, je sortais un morceau par mois, là aujourd’hui j’en sors trois par an donc c’est un peu différent. Mais, j’espère pouvoir arriver à sortir plus de morceaux et à expérimenter aussi, dévoiler d’autres choses qui n’ont peut-être rien à voir avec le format radio, des choses plus underground. Pas forcément des choses club, dansé, mais des morceaux à écouter.

On The Move : On se rencontre lors de la Fête de la Musique, LE jour de l’année pour faire des découvertes musicales au détour d’une rue ! Quel artiste souhaiterais-tu faire découvrir à nos lecteurs ?

Aslove : C’est une bonne question ! J’écoute beaucoup de choses et c’est parfois difficile de n’en retirer qu’un. Mais j’ai découvert récemment une chanteuse qui s’appelle King Princess [et dont On The Move vous parlait à peine quelques jours avant cette rencontre ndlr.]. Elle a signé sur le label de Mark Ronson, mon producteur préféré. Il a monté son propre label et c’est l’une des premières artistes qu’il a signé dessus. Je suis tombée sur elle dans une playlist Spotify lorsqu’elle avait à peine 30 000 écoutes. Aujourd’hui, elle en a des millions. Elle est vraiment cool et intéressante !

Retrouvez Aslove sur Facebook, Twitter, Instagram et sur son site web. « Good Ideas » est en téléchargement.