Retour sur la première date parisienne du duo néerlandais HAEVN :

un live éthéré et enivrant !

Si ce n’était pas pour la musique, les chemins de Marijn van der Meer et Jorrit Kleijnen ne se seraient probablement jamais croisés… Nous vous racontions, il y a quelques jours, la rencontre singulière de ces deux musiciens néerlandais, et toute l’histoire du projet qui en a découlé : HAEVN. Enigmatique contraction de « Heaven » (le paradis) et « Haven » (le refuge, l’abri, le port), le nom du groupe porte en lui en toute la richesse et le paradoxe de sa musique. Teinté de la légèreté de l’ailleurs, de l’au-delà et en même temps, de toute la chaleur du chez-soi, le son de HAEVN est un champ de textures enivrantes.

Et puisque l’on parle de rencontres, la nôtre avec HAEVN fût un moment véritablement privilégié. En attendant de vous livrer les paroles de Marijn et Jorrit dans une interview exclusive, nous revenons à l’essentiel : la musique live. Le 7 juin dernier, les deux acolytes se produisaient pour la toute première fois hors de leurs frontières, à Paris. Et sous les ondes de HAEVN, le Nouveau Casino avait des airs de havre de paix ce soir-là.

Jorrit Kleijnen, HAEVN © Paola Leonardis pour On The Move

La salle n’est pas exactement pleine lorsque les membres de HAEVN foulent les planches du Nouveau Casino. D’ailleurs, pour un groupe qui n’est jamais venu se produire à Paris, les fans aux premiers rangs semblent drôlement bien renseignés, arborant de sobres t-shirt noirs estampillés HAEVN. En effet, une partie du public néerlandais, fidèle et motivé, s’est déplacé jusqu’à Paris pour profiter de cette date particulièrement intimiste. On ne va certainement pas les blâmer !

Le duo, Marijn à la voix et Jorrit au clavier, est accompagné d’un batteur et d’un guitariste. Le set s’ouvre, comme leur premier album « Eyes Closed » sorti en mai dernier, sur le minimaliste et doux « The Sea ». La mélodie se fait subtilement plus ardente à mesure que le groupe déroule cette somptueuse ballade douce-amère. Et la voix serrée et enveloppante de Marijn emplit la salle en quelques phrases… Bienvenue dans la bulle HAEVN !

Marijn van der Meer, HAEVN © Paola Leonardis pour On The Move

En échangeant plus tôt ce jour-là avec HAEVN, nous avons compris à quel point le temps était une donnée importante pour les deux artistes. Le temps d’écrire, de composer, d’arranger, le temps qu’une chanson, qu’un album soit véritablement prêt à être livré au monde. C’est avec la même délicatesse que HAEVN développe son set, poursuivant avec « Back In The Water » et son ambiance immersive. Une fois ces élégantes présentations faites, les membres de HAEVN prennent la parole, expliquant qu’ils sont ici pour leur premier show à l’étranger. Ils remercient une première fois le public pour sa présence. Une gratitude qu’ils n’auront de cesse de montrer tout au long de la soirée. Et qui transparaît aussi dans leurs sourires !

Avec « City Lights », une vague de nostalgie s’empare de la salle mais ne dure pas, les notes langoureuses et les accents électriques du morceau s’évanouissant pour laisser place au fiévreux « Love Is A Game ». Marijn attrape lui aussi son instrument à cordes pour renforcer l’ensemble instrumental. Le titre est plus défiant, plus sensuel que tous ceux qui l’ont précédé. Les corps se laissent aller à quelques sérieuses ondulations et le set de HAEVN bascule dans une puissance nouvelle.

Le public réagit chaleureusement à ce titre, et le regard bienveillant de Jorrit se pose sur Marijn, dont le charisme est indéniable. Le charme HAEVN est clairement en train d’opérer.

Si de Marijn transparaît une élégance hypnotique et une délicate retenue, Jorrit transmet lui instantanément une grande douceur et générosité. En français, il s’adresse au public : « Bonsoir messieurs dames, nous sommes très heureux d’être ici ce soir ! » avant de poursuivre en anglais, « Through the power of internet, some people found our music and decided to be here tonight. » Etonnement et reconnaissance se mêlent dans ces mots.

Jorrit poursuit en expliquant, avec espièglerie, qu’aux Pays-Bas, les radios sont effrayées que HAEVN ne soit pas assez connu donc leur demandent d’effectuer des reprises. C’est comme cela qu’ils ont intégré « I’m On Fire » de Bruce Springsteen à leur répertoire, qu’ils interprètent ensuite pour leur public néerlando-français.

Retour à la tracklist de « Eyes Closed » avec l’enchanteur « Where The Heart Is ». Une ôde à la rêverie et à l’espoir mise en chanson : allez où est votre coeur et tout ira bien. Dans la même veine, « Hold On » loue la patience et la ténacité, sur une mélodie particulièrement entraînante. Notre coup de coeur en version studio et live !

Après ce temps fort, place à la confidence. Les musiciens s’éclipsent, Jorrit y compris, pour laisser place à un moment particulièrement intime pour Marijn. Il revient en quelques mots sur une période difficile de sa vie, où malade, la musique l’a particulièrement aidé à aller de l’avant : « I always hoped to sing this song in front of an audience ».

« Just Stay » est un petit bijou acoustique, empli de vulnérabilité et d’élégance. Une élégance dont a manqué le barman du Nouveau Casino, brassant ses glaçons pendant le silence religieux qu’imposait la chanson. Cela ne perturbe en rien la contenance et l’intensité de Marijn. Son « I’ll take a chance and live » reste suspendu dans l’air.

HAEVN © Paola Leonardis pour On The Move

L’équipe au complet retrouve la scène pour jouer « Fortitude », une envolée épique qui fait dérouler devant vos yeux une multitude d’images. Et ce côté cinématographique, les producteurs de la série « Riverdale » l’ont bien decelé, utilisant « Fortitude » dans la bande son du programme en saison 2.

We don’t want to tell you how to feel, we just want to move you to places that help you create your own memories »

Avec « We Are », c’est l’imaginaire nocturne d’une ville étourdissante que HAEVN déploie. Un sentiment de vertige que le catchy « Mind Games » vient recentrer. Si nos esprits pouvaient se perdre vers de lointains horizons sur le titre précédent, celui-ci nous ramène bien à Paris, au temps présent, pour quelques pas de danse endiablés. Deux autres titres électrisants prennent la relève : « Sinner Love » et son remarquable solo de guitare ainsi que « Let Love Tear Me Down », ses choeurs fédérateurs et ses stroboscopes étourdissants.

« Finding Out More » complète le set sur des accents electro affirmés avant que le groupe ne s’éclipse quelques secondes, pour mieux revenir.

Avant même que l’un des musiciens ne reprenne la parole pour le rappel, une voix éclate dans la foule : « I came from England for « Bright Lights » » ! Voeu exaucé, ce sera donc « Bright Lights ». Un titre qui évoque le fait d’apercevoir l’issue d’une période éprouvante, la lumière au bout du tunnel…  Si il y a bien une issue que l’on aurait aimé ne pas entrevoir, c’est celle de ce concert. Les musiciens remercient une énième fois leur public, s’excusant même de « tourner en boucle ». L’émotion est palpable. HAEVN tire finalement sa révérance avec grâce sur un inédit, confiant qu’ « il s’agit, on peut dire, du premier titre de notre second album ». On imagine que le voyage sera long avant un potentiel successeur à « Eyes Closed » mais on le fera volontiers avec HAEVN, ce voyage !

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