Le leader d’Imagine Dragons s’engage pour les droits de la communauté LGBTQ+ dans un film inédit

De plus en plus nombreux sont les musiciens à ne plus oeuvrer au seul service du divertissement mais à prendre position à travers leur art… Lorsque certains, comme les britanniques de Bastille, expriment subtilement un avis éminement politique au travers de tout un album (« Wild World »), d’autres s’engagent frontalement et fermement. On pense par exemple à Macklemore, qui formulait en 2016 son positionnement contre la prescription massive d’opioïdes causant des milliers d’addictions -et de morts- aux Etats-Unis, ou encore à Demi Lovato qui, il y a quelques semaines au Zénith de Paris, levait à nouveau le tabou sur le sujet de la santé mentale.

Pour tous, un point commun : la volonté d’user de leur voix, qui porte sur la scène publique, pour défendre une cause qui leur tient à coeur et qui est cruciale dans les débats de société actuels.

L’un de ces artistes engagés a fait de plus en plus de bruit ces derniers mois jusqu’à concrétiser son combat pour la cause LGBTQ+ dans un film événement. Dan Reynolds, leader du groupe pop-rock américain Imagine Dragons, vient de dévoiler le documentaire « Believer », diffusé aux Etats-Unis par la chaîne HBO.

L’équipe d’On The Move a eu la chance d’assister à la seule projection française de « Believer » organisée dans un cinéma parisien et vous explique pourquoi il faut voir le documentaire mené par Dan Reynolds !

Loin d’une démarche scientifique ou sociologique, « Believer » est plutôt le récit d’une aventure, un roman initiatique. Son point de départ coïncide avec une interrogation personnelle : celle de Dan Reynolds face à certains des principes de l’Eglise mormone. Né dans le Nevada, septième d’une famille de neuf enfants, il a en effet été élevé dans la tradition et les valeurs de cette religion. Sa foi, il l’a notamment affirmée à l’adolescence, en tant que missionnaire pendant deux ans dans le Nebraska. De maisons en maisons, il se faisait porte-parole des principes pronés par son Eglise aux côtés d’autres jeunes de sa communauté.

Mais à 30 ans, avec trois albums à succès à son actif et un statut de rock-star acquis entre temps, le leader d’Imagine Dragons prend maintenant ouvertement position contre l’un des dogmes de l’Eglise mormone : considérer l’homosexualité comme un péché et interdire même de baptiser les enfants des couples de même sexe.

« Believer » déroule alors le chemin de Dan Reynolds pour réconcilier l’Eglise, qui l’a forgé et dont il continue de se revendiquer membre, et la communauté LGBTQ+.

Le documentaire démarre début 2017, alors que le musicien est encore en pleine composition d’un album qui deviendra « Evolve », le troisième opus d’Imagine Dragons. Alors que le hit « Thunder » trouve ses derniers ajustements sous nos yeux, Reynolds exprime le moment où ses premiers doutes ont émergé. Le jour de son mariage avec sa compagne de longue date Aja Volkman, les deux meilleures amies de cette dernière n’ont pas pu assister à la cérémonie en raison de leur homosexualité. Un mini-choc qui a entaché ce qui aurait dû être le plus beau jour de leurs vies. A partir de là, l’artiste s’est montré de plus en plus concerné par la question des droits LGBTQ+, et tout particulièrement dans l’état de l’Utah, siège de l’Eglise mormone.

Cette région des Etats-Unis est en effet touchée par un taux drastique de suicide chez les jeunes, que les enquêtes ont fini par lier à la pression exercée par l’Eglise mormone du point de vue de la sexualité. Des chiffres alarmants devant lesquels Dan Reynold n’a pas pu resté impassible.

Je ne veux pas dénoncer l’Eglise Mormone. Je veux, en tant que mormon, me lever et parler de choses qui sont en train de blesser et tuer des gens. »

« Believer » est donc un quasi-chemin de croix pendant lequel Dan Reynolds part à la rencontre de différents témoins. Il croise la route de jeunes victime de ces discriminations et d’un couple dont le fils gay s’est tragiquement donné la mort. Il échange également avec John Dehlin, psychologue inspirant qui a lui-même été excommunié de l’Eglise pour ses positions pro-LGBTQ+. Le but ultime : l’organisation d’un festival nommé « LoveLoud » à Orem dans l’Utah, qui offrirait un espace de discussion entre les communautés mormone et LGBTQ+. Ce projet, Reynolds le mène en collaboration étroite avec Tyler Glenn, leader du groupe Neon Trees. Lui-même mormon, il a fait son coming-out public en 2014, ce qui lui a valu une véritable rupture idéologique avec l’Eglise.

A cet égard, certaine mauvaise langue pourrait se demander quelle est la légitimité particulière de Dan Reynolds, homme blanc, hétérosexuel, marié et père de 3 enfants à mener ce combat. Mais cet argument ne peut pas être retenu contre lui, dans la mesure où il n’y a rien de démagogue dans sa démarche. Reynolds le dit lui-même, il apprend au fur et à mesure de ce chemin… et nous apprenons avec lui, à travers l’écran. Il ne pointe en aucun cas un doigt accusateur sur la communauté mormone mais cherche plutôt, à travers « LoveLoud », à instaurer un lieu d’échange, dans lequel les avis peuvent continuer de diverger du moment que règnent l’amour et le respect.

Alors oui, il y a aussi une part de spectacle dans « Believer ». Certaines intrusions dans la vie personnelle de Dan Reynolds semblent de trop. On aurait préférer que ces temps soient plutôt laissés à davantage de témoins, d’horizons différents. Il y a aussi un sens du suspense ménagé de manière un peu hollywoodienne, lorsque Reynolds se rend compte, à quelques semaines du festival, que les billets ne se vendent pas comme escompté et que l’approbation de l’Eglise à ce sujet devient la condition sine qua non pour mener le projet à bien. Le festival LoveLoud a-t-il finalement été un succès? On vous garde tout de même un petit peu de suspense mais vous invite surtout à regarder ce touchant et pertinent documentaire pour la raison suivante.

Car il est une chose irréfutable. Dan Reynolds a le courage -même si parfois maladroit- que d’autres n’ont pas, de se lever pour une cause qui ne le concerne pas personnellement et qui pourrait même lui valoir d’être radié de la communauté dans laquelle il a grandi. Jugeant que la passivité est sans doute ce qu’il y a de plus dangereux face à l’injustice, Dan Reynolds mène à son échelle, le combat pour un monde meilleur avec toute l’authenticité et l’humilité qui le caractérise. Et ça ne nous fait apprécier l’homme et l’artiste que davantage !

Enfin, puisque cette lutte n’a pas de frontières, on vous invite au moins à vous renseigner, au mieux à vous engager auprès de la Fédération LGBT, le Refuge, SOS Homophobie, Inter-LGBT, Contact et tant d’autres… et surtout, à aimer, fort.

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*spoiler alert* Une seconde édition de LoveLoud est d’ores et déjà prévue le 28 juillet prochain à Salk Lake City avec à l’affiche, Imagine Dragons, Tyler Glenn, Zedd, Mike Shinoda ou encore Grace Vanderwall.