Le producteur californien Charlie Yin, a.k.a. Giraffage, se livre !

Pour passer de l’isolation fertile de sa chambre aux dancefloors internationaux, il n’a fallu que la passion et la persévérance de Charlie Yin. Depuis 2011, le producteur californien délivre, sous le nom de Giraffage, de véritables petits bijoux d’une électro mélodique et éthérée. Après plusieurs EPs et mixtapes, il dévoile son premier album « Too Real » en Octobre dernier sous le label Counter Records, qui compte parmi ses rangs Fakear, Odeska ou encore What So Not dont l’actualité est brûlante. Les multiples nuances du son de Giraffage racontent surtout l’amour de Charlie Yin pour la diversité et l’expérimentation. Car parmi ses nombreux visages, Giraffage n’en est qu’un. Rencontre avec un humble producteur de génie.

© Nazym H pour On The Move / nazymh.com

On The Move : Salut Charlie ! Merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Tu peux nous dire comment tu as commencé dans la musique, avant de te faire un nom en tant que Giraffage ?

Giraffage : Salut On The Move ! Merci de me recevoir. En fait, j’ai toujours été intéressé par la musique. J’ai fait partie de plusieurs groupes en grandissant. La musique a toujours été ma passion numéro 1 mais j’ai tout de même poursuivi mes études, même si j’étais clairement plus intéressé par la musique que l’école. Après mon diplôme, j’ai pu m’y consacrer à 100%. Je suis très heureux de faire de la musique plutôt qu’autre chose. A l’origine, j’allais poursuivre dans le marketing mais je suis très content d’être ici à la place (rires) Et honnêtement, le succès a surtout été une combinaison de travail et d’un bon timing.

On The Move : À la première écoute de ton album « Too Real », ton son paraît hyper positif. Pourtant, il est plus contrasté que ça : tu as composé cet opus à une période difficile de ta vie. Est-ce-que la musique était pour toi un outil cathartique ? 

Giraffage : Je pense oui. J’étais dans une phase plutôt rude de ma vie quand j’ai composé ces chansons. Mais j’ai essayé d’y insuffler de la vie et de l’espoir pour aller mieux, plutôt que d’opter pour le « Oh, je suis si déprimé » (rires)

On The Move : Dans quelle situation es-tu le plus créatif ? Seul ?

Giraffage : Définitivement seul. C’est de cette manière que j’ai toujours fait de la musique, dans l’environnement confortable de ma chambre. J’ai emménagé récemment à Austin, au Texas et j’ai construit un nouveau studio là-bas. Je préfère vraiment être chez moi que dans un énorme studio. J’ai déjà eu ces expériences, dans des studios importants avec tous ces équipements complètement fous, ces grosses enceintes… mais je suis plus à l’aise dans ma chambre. Je pense que j’apprécie le sentiment d’isolement car il pousse ma créativité dans des directions que je n’aurais pas prises autrement.

On The Move : En parlant de directions à prendre, tu as dis dans une autre interview que Giraffage n’était qu’une partie de toi. Alors, qui d’autre est Charlie Yin?

Giraffage : J’ai toujours testé de nombreuses choses en musique, expérimenté différents sons… et je pense que Giraffage correspond à un son très spécifique parmi tous ceux là. Il y a tant de propositions que je n’ai même pas encore explorées. J’ai vraiment très envie de me pencher davantage sur la techno, ou travailler autour des basses et des guitares… et peut-être même que je formerai de nouveau un groupe !

On The Move : Tu as des origines taïwanaises. A quel point as-tu été baigné dans cette culture en grandissant ? Penses-tu que cet héritage a influencé ta musique ? 

Giraffage : Je suis né en Amérique, mes deux parents sont taïwanais et j’ai également étudié à Taïwan quand j’étais à l’université. J’y suis resté 6 mois à ce moment-là mais je m’y étais déjà rendu quand j’étais enfant. Je pense que ces origines influencent mon son, en un sens. Simplement car c’est une part importante de mon identité, de l’environnement dans lequel j’ai grandi. Et c’est là que je puise le plus pour composer.

© Nazym H pour On The Move / nazymh.com

On The Move : Il y a beaucoup de choses dans ta musique. Tu mêles à ton identité électro des éléments R’n’B, rock ou dream-pop. On pense aussi aux bandes sons des jeux vidéos des années 80/90 en t’écoutant. Est-ce-que tu t’en es servi délibérément ?

Giraffage : Totalement oui. J’ai baigné dans ces jeux vidéos toute mon enfance ! J’ai écouté leurs bandes son. Il y a ces gimmicks, ce côté super répétitif, qui m’est resté en tête. Et c’est certain que ça a fait son chemin jusqu’à ma musique !

On The Move : Comment travailles-tu pour trouver l’équilibre entre sons organiques et numériques ? 

Giraffage : J’adore jongler entre les sons organiques et numériques. J’utilise beaucoup de combinaisons de sons naturels. Par exemple, je me suis enregistré en train de claquer ma langue et c’est devenu l’essence de mon morceau  «Green Tea». Il y en a d’autres comme ça, taper sur mon bureau par exemple. Pour le côté numérique, j’utilise beaucoup de logiciels d’effets et de synthétiseurs. J’adore le mariage de tous ces éléments.

On The Move : Et dans tout cela, comment considères-tu la voix ? 

Giraffage : Je traite les voix comme un énième instrument en fait. Je ne donne pas une importance capitale au texte ni au sens des parties vocales que je sample. C’est plus une histoire de mélodie et de la manière dont ça se marie à l’ensemble. Ça explique pourquoi je recoupe beaucoup les voix et les utilise plutôt comme un élément complémentaire dans la composition.

On The Move : Quel lien établis-tu entre musique et visuels ? 

Giraffage : C’est très important pour moi. J’essaie d’avoir la main sur à peu près tous les visuels qui accompagnent ma musique. Je pense qu’il y a quelque chose de spécial dans le fait de lier une chanson et une proposition visuelle. A mon sens, les choses deviennent encore plus intéressantes grâce à ça. J’ai grandi en regardant beaucoup de clips. En rentrant à la maison après l’école, je voulais juste regarder les clips à la télé pendant des heures. Donc j’aime vraiment l’alliance de la musique et du visuel, j’y pense naturellement !

On The Move : Est-ce-que tu emmènes cet univers visuel avec toi sur scène également ? 

Giraffage : La plupart du temps, oui. Je tourne avec un DJ et par exemple, lorsque nous étions aux Etats-Unis pour promouvoir l’album, on collaborait ensemble sur des visuels pour les titres. Ça ne racontait pas nécessairement une histoire mais j’aime vraiment lorsqu’un visuel colle à la musique. Ça contextualise ce que tu vois et ce que tu entends. Il y aussi cet artiste, Keith Rankin, qui a fait tous les artworks pour «Too Real» et dont j’aime énormément le travail. Il est à la tête d’un label appelé « Orange Milk Records » et il produit les visuels de tous ses artistes. Il a un style vraiment unique qui m’inspire beaucoup ! Ses visuels reflètent exactement ce que j’essaie de capturer à travers ma musique. C’est vraiment cool !

On The Move : Est-ce-que la scène EDM française t’inspire ?

Giraffage : Bien sûr ! Il y a tellement d’artistes français cool. Entre autres, «Cross» de Justice a été une énorme influence pour moi.

On The Move : Quelle est ta collaboration de rêve ?

Giraffage : J’écoute énormément New Order… donc New Order, ou peut-être Drake (rires)

On The Move : Que peut-on attendre de toi pour le futur ?

Giraffage : Je veux explorer différents genres, soit en tant que Giraffage ou peut-être à travers des projets parallèles. Je ne me suis pas encore décidé là-dessus. Mais je veux juste continuer d’expérimenter et explorer de nouveaux sons tout en restant honnête… et faire de la musique que j’ai moi-même envie d’écouter !

On The Move : Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui souhaiterait se lancer dans la production comme tu l’as fait ? 

Giraffage : Ne compromets jamais ton intégrité artistique ! Reste toi-même et fais la musique qui te plaît, en premier lieu.

L’album de Giraffage « Too Real » est toujours disponible en téléchargement.