Her présente son projet éponyme aujourd’hui. Cet album, c’est Victor Solf qui l’a porté jusqu’à sa sortie. Le duo originaire de Rennes et multi-influencé musicalement a perdu une moitié l’été dernier. Mais ils seront allés au bout de quatorze titres, à la fois pleins d’énergie et désarmants.

 

L’aventure musicale de Victor Solf et Simon Carpentier a commencé par The Popopopos. Un groupe de jeunesse électro pop, avec lequel deux EP ont été enregistrés. En unissant leur force et leur amitié pour un nouveau duo, Her a par la suite su mettre à profit une complémentarité inédite sur deux premières tapes en 2016 et en 2017. Le succès de l’entraînante soul électronique de « Five Minutes » les propulse sur la scène internationale. Derrière un nom de scène choisi pour représenter la cause féministe, à laquelle les deux complices ont donné beaucoup d’importance dans leur projet musical, c’est la beauté et la douceur qui sont sans cesse célébrées. Et la pochette de l’album « Her » ne fait que confirmer cela.

Quand on vit avec la maladie (…) on a envie de parler de la beauté d’être en vie, de faire de la musique, de faire l’amour. L’âme de Her est là, se porter dans la lumière de la vie.

« We choose », premier extrait de l’album, se retrouve en tête du nouveau projet. La voix claire de Victor arrive comme un chant mélancolique, au pied de la nostalgie. « We choose, the way we’ll be remembered » (Nous choisissons la façon dont on se souvient de nous). Les cuivres donnent un ton solennel et puissant à ce message qui, chanté, deviendra sûrement un des plus beaux hommages à Simon. Une ode minimaliste instrumentalement forte, mais qui reste pleine d’espoir : « I think, I think, we can do, anything » (Je pense qu’on peut tout faire) / « Our wings are broken, but we keep on gliding » (Nos ailes sont cassées, mais nous continuons de voler).

 

 

Univers éclectique, intelligent et touchant

C’est sur des morceaux comme « Wanna be you » que les non familiers de Her peuvent se rendre compte de la complémentarité du duo. Leurs voix s’intriquent sur une instru très soul et électro pop, mélange soigneusement travaillé et totalement à l’image de leur parcours musical, sur laquelle vient se poser une déclaration où chacun semble reconnaître son envie d’être l’autre. Autrement dit, connexion totale du fond et de la forme sur ce titre. Une patte musicale personnelle de laquelle on peut aussi se délecter sur « Shuggie » ou « Neighborhood ».

Aujourd’hui encore je m’efforce de continuer à réfléchir pour deux. Je me demande régulièrement, « qu’est-ce qu’il aurait fait à ma place ? » 

Un album qui permet de voyager entre différents univers. Un album à l’entre-deux. Entre les enregistrements studio des deux Rennais, et les titres de la seule main de Victor. « Icarus » est un autre chant d’espoir, rythmé par un refrain où la voix fait réapparaître son frère d’arme « on the other side ». Un son qui respire la vie, qu’on se voit déjà écouter à 100/h sur une route sans fin et sous un soleil frappant. « You’re still a part of me/Just on the other side ».

Sur « Swim », en featuring avec Zéfire, l’énergie débordante des voix et la puissance des instruments donnent jour à un titre-preuve de la palette de possibilités vocales du duo. Une palette mise à profit sur une instru finement élaborée, qui laisse intelligemment sortir ici et là des sons saturés réfléchis. A côté de ça, pour les amateurs de soul sans filtre des années 1960, il faut écouter « Trying ».  Et pour les amateurs de hip hop ? Victor a planché sur « On & On ». Un mélange de styles imaginé et désiré par le duo, bien que Simon n’ait pas pu y participer jusqu’à son achèvement. C’est aux côtés du talentueux rappeur belge Roméo Elvis, fidèle à son flow quasi funky, et de l’allemand Henning May, membre du groupe AnnenMayKantereit, que Her pose sa voix sur un morceau fédérateur. Une collaboration qui pose poétiquement les questions de sens de ce XXIe siècle noyé sous la vitesse des sentiments et des réseaux sociaux. Autre message d’espoir pour ne pas oublier que « la vie est pleine de saveurs ».

La technique des garçons ne nous laisse pas sans explications. La formation classique puis soul jazzy que les deux amis ont reçu s’est mise à jour dans un projet de première maturité. « Her » est une composition-cocktail, qui tire parti d’heures et d’heures d’écoute et d’études de musique éclectique, de travail commun et personnel, mais surtout d’un apport mutuel fort. C’est le point culminant d’une expérience musicale singulière et touchante. Un album à moitié posthume, mais tellement plein de vie.