Un quatrième opus aux sonorités explosives et aux thématiques incisives pour MGMT !

MGMT, anciennement « The Management », ce sont les titres « Time to Pretend », « Kids », ou encore « Electric Feel », qui ont marqué nos années 2000. Pendant un an, les deux potes de fac Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser, aujourd’hui trentenaires, ont travaillé à distance sur leurs ordinateurs respectifs et se sont finalement retrouvés dans un studio new-yorkais pour mettre en forme un quatrième album scotchant. Le duo multi-instrumentiste s’est entouré de ses amis producteurs Dave Fridmann et Patrick Wimberly, mais aussi d’autres fous de musique tels qu’Ariel Pink, Connan Mockasin, ou encore le Français Sébastien Tellier, qui vient d’offrir un album à la belle Dita Von Teese.

Classé par le magazine américain Rolling Stone dans le « Top 10 des groupes à surveiller» à ses débuts, le groupe revient magistralement, cinq ans après leur dernier album éponyme, avec « Little Dark Age » !

Le duo extravagant associé à un rock alternatif et psychédélique s’est produit lundi dernier à la Cigale, à Paris. A la surprise de leur public, VanWyngarden et Goldwasser ont présenté des titres imprégnés de sonorités pop et synthétiques. Impossible de ne pas penser à nos Français Gaspard Augé et Xavier de Rosnay (membres de Justice) et à leur dernier album « Woman », aux consonances plus funky et rock que leurs plus gros succès d’antan. Avec « Little Dark Age », partons sur un électro-pop, électro-rock à la fois singulier et tellement propre à MGMT.

J’étais terrifié à l’idée que l’on n’arrive plus à écrire ensemble. Mais, sitôt en studio, nos liens magiques sont réapparus. 

C’est en décembre 2015 que le groupe tweetait un retour prévu pour 2016. Mais il a fallu attendre octobre 2017 pour la sortie du premier single, lui-même intitulé « Little Dark Age ». A la première écoute, on se croirait en train de se repasser les grands classiques de The Cure. Vous savez, dans les moments où on a besoin d’extérioriser et de se recentrer sur soi, alors que le monde nous semble absurde et dénué de sens. Agrémentés de sonorités électroniques, qui se fondent dans celles de la guitare électrique, c’est exactement cela que le duo propose avec ce titre. Les images complètement décalées du clip ne le démentent pas. MGMT dénonce les apparences feintes, les non-dits et les confusions de la société contemporaine. Entêtant et exécutoire, c’est avec plaisir qu’on redécouvre la touche gothique du groupe.

Avec « When You Die », MGMT veut ravaler les apparences encore une fois. D’ailleurs, on retrouve le lieu commun de la magie et des cartes, symbole de cette société pleine de faux reflets. Le titre, lui aussi clippé, présente une histoire d’amour qui tourne mal :

« I’m not that nice (Je ne suis pas si gentil) / I’m mean and I’m evil (Je suis méchant et diabolique) / Don’t call me nice (Ne me dis pas que je suis gentil) / I’m gonna eat your heart out » (Je vais dévorer ton cœur)

 C’est la colère exubérante des paroles qui réalise l’objectif du duo : choquer et réveiller les consciences en poussant son public dans ses retranchements. Comment ? Au moyen de paroles crues et d’images extraordinairement psychédéliques et bien réalisées.

Si « She Works Out Too Much » et ses sons funky synthétiques agréables peuvent en apparence s’écouter à la légère, là aussi il faut aller voir derrière. Elle est en effet une vraie mine d’or en termes de réflexions sur notre modèle de société. La voix féminine, tel un coach sportif, invite l’homme avec qui elle partage sa vie à se bouger, à faire du sport et à sortir de sa zone de confort. Mais ce spectacle devient un « shitshow » superficiel selon lui, sans intérêt. La fin du morceau présente un discours décousu, une réelle perte de sens. Elle est clairement un choix stylistique, reflet de leur critique sociale qui se pose alors en filigrane de l’album. MGMT interroge encore une fois le mode de vie contemporain et le fonctionnement faussé des relations entre individus. Ce titre et son clip en puissance nous font penser au percutant « Stamina » de Vitalic. Le morceau finit ici avec un « Okay, we’re done », qui annonce la volonté de MGMT de se démarquer. On ne peut que louer leur effort pour nous faire ouvrir les yeux.

« Days That Got Away » propose quant à lui une instru surprenante, seulement rythmée par quelques « Days that got away » récurrents, des sons électroniques et des instruments tels que la flûte. Ambiance afterwork sous drogue hallucinogène… Derrière ce titre qui sous-entend des réminiscences nostalgiques se cache en fait un moment de pur plaisir auditif. Les multi-instrumentistes se sont clairement faits plaisir sur ce son qui invite au laisser-aller et au détachement.

Dans « When You’re Are Small », c’est le choix de l’acoustique qui est à noter, et qui prouve une volonté de diversité sur l’album. Le titre est une ballade plus douce mais détonante, aux sons oniriques et qui rythment une respiration lente et posée. Mais de nouveau, derrière ces préoccupations superficielles de taille, MGMT passe un message important :

« When you’re small (Quand tu es petit) / You don’t have very far to fall  (Tu tombes plus vite) (…) When you’re high (Quant tu es grand) / It’s easier to fight » (Tu te bats plus facilement)

La chanson semble en fait s’adresser à tous les relégués, à toutes les personnes en situation de fragilité économique ou physique, laissées de côté. Elle donne matière à penser en ces temps où les gouvernements peinent à reconnaître les nécessités de certains, qu’on laisse dans la misère.

Lors d’une interview récente, MGMT fait référence aux tournées planifiées partout dans le monde, lors de leur ascension sur la scène musicale internationale. Le chanteur du duo s’était alors épris d’amour pour des influences musicales nouvelles, des genres inédits pour MGMT. Il cite la « red disco » et la new wave des années 1980, qui inspirent beaucoup d’artistes de l’ancien bloc soviétique. On ne se demande pas plus longtemps d’où viennent les sons de synthés de « Little Dark Age », ni l’influence rétro sur des sons tels que « One Thing Left To Try ».

« Little Dark Age » est un album explosif susceptible de plaire à beaucoup, pour peu qu’on ose se laisser porter par ces deux artistes fous. Le duo psychédélique tape dans le mille avec des sons rock, pop, électros perchés et donne du grain à moudre concernant le futur de notre société, ce « petit âge obscur ». L’opus est habité par des thèmes de dénonciation, à découvrir aussi sur des titres comme « TSLAMP », qui traite de l’aliénation actuelle : celle du numérique. En somme, une œuvre de maturité pour MGMT, qui sera en concert le 6 juillet prochain à Hérouville-Saint-Clair, sur le site du Festival de Beauregard.

« Little Dark Age » est disponible en téléchargement.