Entretien avec la révélation irlandaise Dermot Kennedy !

À 25 ans, Dermot Kennedy impressionne déjà par sa capacité d’évolution et la maturité de son son. Il y a quelques années, on aurait pu aisément penser qu’il s’inscrirait tranquillement dans la lignée des incontournables enchanteurs folk que sont devenus Ed Sheeran ou encore Gavin James. Mais cela aurait été sans compter sur sa trempe et sa capacité à brouiller les lignes…

En 2017 avec l’EP « Doves & Ravens » suivi du single « Moments Passed »,  l’artiste irlandais revient avec une ferveur renouvelée dans la voix et une richesse inédite dans les mélodies. Il y a du hip-hop, de la folk, de l’électro, du rock chez Dermot Kennedy mais surtout, une force de frappe constante dans son tour de chant. De ses premières performances dans la rue et les open mics jusqu’à la consécration d’un Olympia de Dublin dans quelques semaines, Dermot Kennedy revient pour On The Move sur son parcours… dont on gage qu’il sera très long !

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© Paola Leonardis pour On The Move

On The Move : Salut Dermot ! Merci d’avoir répondu à notre invitation. Pour que nos lecteurs te connaissent un peu mieux, tu peux nous parler de l’un de tes premiers souvenirs musicaux ?

Dermot Kennedy : L’un de mes premiers souvenirs de musique, si ce n’est le premier d’ailleurs, a été de voir mon cousin jouer une chanson de Thin Lizzy à une fête de famille, accompagné d’une vieille guitare. Elle avait beau avoir bien vécu, j’ai eu envie de m’en procurer une directement. Quelques jours plus tard, je commençais la guitare donc ça a vraiment été un moment très important pour moi.

On The Move : Au début de ta carrière, tu as beaucoup joué dans la rue ou dans des open mics. Plutôt formateur comme expériences, non ?

Dermot Kennedy : Oui, c’est marrant parce-que les open mics ou le fait de busker, c’est en fait très similaire. Tu dois convaincre la salle comme tu dois convaincre les passants. Et je pense que c’est très formateur vocalement, car ça te pousse à chanter plus fort, avoir plus d’aplomb. Ça se ressent maintenant dans mes sets. Et tout cela vient sans doute de cette expérience dans la rue, où tu dois gagner l’attention du public. Ça te pousse dans tes retranchements, tu ne peux plus être sensible ou effrayé à l’idée de t’ouvrir aux autres. Ça m’a vraiment aidé en ce sens !

On The Move : Quand tu étais à l’université, tu as fait partie d’un groupe avec un de tes camarades. Ayant connu la dynamique d’une formation et maintenant, une carrière solo, quels sont les avantages et inconvénients des deux positions ? 

Dermot Kennedy : En vérité, l’ami avec lequel j’ai monté ce groupe pendant mes études est toujours avec moi, il est mon batteur ! L’avantage en groupe, c’est évidemment d’être toujours avec ses amis,  d’expérimenter, de créer ensemble. C’est très beau. Mais j’apprécie la liberté que l’on acquiert en solo. Juste avant Noël, j’étais pendant 3 semaines à Los Angeles, tout seul… Bien sûr il y a une certaine solitude mais tu peux faire ce que tu veux, suivre toutes tes envies, c’est ce que j’aime. Par contre, je ne nierai jamais le fait que travailler en groupe m’a permis  de devenir un bien meilleur musicien, parce-que j’ai eu la chance de collaborer avec des gens nettement plus talentueux que moi, c’est sûr.

On The Move : On te sait très influencé par le son organique de Glen Hansard ou la densité de Kanye West. Il y a des choses qui t’inspirent, en dehors de la musique ?

Dermot Kennedy : Quand j’étais à Los Angeles ou à Londres, j’allais beaucoup au cinéma. Pour quelqu’un comme moi qui essaie de faire de la musique avec une certaine imagerie, un côté visuel, c’est très important. À part ça, j’essaie de trouver inspiration dans les personnes qui m’entourent au quotidien et ça prend de plus en plus de place car je suis de moins en moins à la maison. On entend souvent dire que les artistes développent une certaine obsession pour les gares, les aéroports et ce genre de choses car c’est ce qui ponctue leur quotidien. Donc je porte beaucoup d’attention à ce qui m’entoure. Et puis, quand j’ai le temps, je vais au cinéma et je pioche beaucoup là-dedans.

On The Move : Tu parlais à l’instant du fait d’être de plus en plus souvent loin de chez toi, l’Irlande. Qu’est-ce-que il y a d’Irlandais dans la musique de Dermot Kennedy ?

Dermot Kennedy : Je pense que ma musique est influencée par la culture irlandaise via les artistes que j’écoute, Glen Hansard notamment. Dans les premières années où j’ai composé, j’étais vraiment fan de son travail. Je pense qu’il incarne l’auteur-interprète irlandais par excellence. Je ne saurais pas dire si être irlandais à telle ou telle incidence sur mon son mais les artistes irlandais m’ont définitivement forgé.

© Paola Leonardis pour On The Move

On The Move : Pourrais-tu décrire le son de ton EP « Doves and Ravens » à quelqu’un qui ne l’aurait peut-être pas encore écouté ?

Dermot Kennedy : C’est délicat mais je dirais peut-être que c’est un EP fait par quelqu’un qui a découvert la musique à travers le travail des auteurs et qui a ensuite écouté énormément de hip-hop… et qui jongle, expérimente un peu avec tout ça, sans aller trop loin (rires)

On The Move : Ton son est assez hybride, c’est vrai.

Dermot Kennedy : Oui, pour le moment, on va dire (rires)

On The Move : Ton EP estassez surprenant et solaire en termes de son mais très nostalgique…

Dermot Kennedy : Je pense que c’est effectivement le mot parfait. Je pense que la nostalgie est présente dans tous mes morceaux. Cela peut-être en rapport à l’enfance, à d’anciennes amitiés ou d’anciennes relations amoureuses… Il y a beaucoup de sentiments différents mais qui tous sont reliés par cette nostalgie. Et je pense que la plupart des gens peuvent s’identifier à ça.

On The Move : Tu disais juste avant que tu jonglais avec plusieurs influences, celle des songwriters pop mais aussi du hip-hop. La notion de genre est de plus en plus floue chez de nombreux artistes aujourd’hui. Quelle est ton opinion là-dessus ? 

Dermot Kennedy : Quand un artiste est bon, c’est à mon sens car il porte des principes et des valeurs qu’il partage avec son public. C’est pour cela que je suis très fan de Kanye West et de Bon Iver, car je les trouve très similaires sur certains points. Je comprends qu’une certaine musique peut appartenir à un certain genre mais… Par exemple, juste avant Noël, j’étais en studio avec Mike Dean, qui est l’un des producteurs de Kanye West. Ça paraît fou car je suis un jeune artiste avec mes textes et ma guitare, mais ça a tout de même marché car nous voyons la musique de la même façon et partageons les mêmes process. On aime les mêmes choses. Je pense que ces valeurs là sont plus importantes que de classer la musique dans des genres… et tout le monde les partagent.

On The Move : Tu as dévoilé en décembre ton premier clip pour la chanson « Moments Passed » et pas n’importe comment puisqu’il a été réalisé par Nabil Elderkin (Kendrick Lamar, Frank Ocean, Kanye West). Construire un univers visuel pour ta musique est donc important pour toi ?

Dermot Kennedy : Pour le moment, je me concentre sur la musique car elle est à la base de tout. Mais, nous avons eu l’opportunité de tourner cette vidéo et c’était vraiment très spécial. Et j’aimerais vraiment aller plus loin, notamment sur scène. Il y a énormément d’artistes dont les sets sont très simples, sans scénographie ou éléments particuliers autour d’eux, et je le conçois, mais lorsque tu chantes à quelqu’un, que tu essaies de lui provoquer des émotions, je crois que ces outils complémentaires peuvent aider à rendre la performance plus prenante. Donc c’est très important pour moi, et excitant. Je veux juste que tout ce que je construis visuellement soit vraiment, vraiment bon. Et par là, je ne prétends pas vouloir faire un film ou autre, je crois juste que pour toucher les gens, pour leur faire passer un message, et aussi pour me remémorer ce qui m’a inspiré la chanson, ces effets visuels peuvent rendre les choses plus faciles. On est dans une société très visuelle, après tout.

© Paola Leonardis pour On The Move

On The Move : Quelle est la qualité à laquelle tu accordes le plus d’importance chez un artiste ?

Dermot Kennedy : Je ne voudrais pas paraître cliché mais je dirais quand même la passion ou l’intégrité. Comme on disait tout à l’heure, il y a tellement de genres qui se mélange maintenant, que l’on ne fait plus rentrer les artistes dans des cases si facilement. Chacun expérimente beaucoup de choses donc aujourd’hui, il faut être soi-même plus que jamais ! Donc probablement l’intégrité, oui.

On The Move : Qu’est-ce-que l’on peut te souhaiter pour l’année à venir ?

Dermot Kennedy : C’est marrant car, la première fois que j’ai rencontré mon manager, il m’a plus ou moins demandé cela, ou plutôt quel rêve je voudrais réaliser. j’ai répondu « Jouer à l’Olympia de Dublin » et maintenant, c’est dans quelques semaines ! On le fait ! Et franchement, je n’avais pas réfléchi au-delà de ça (rires) Je n’avais même pas pensé au moment où ça pourrait se passer dans ma carrière mais nous y sommes déjà. J’ai besoin d’autres objectifs maintenant (rires)

On The Move : Et qu’est-ce-que l’on doit attendre d’un show de Dermot Kennedy ?

Dermot Kennedy : Ce sera un peu plus intense que ce que vous auriez pu penser d’un gamin qui jouait dans la rue, il y a deux ans. Et il n’y a pas juste de l’acoustique, bien que ce soit toujours là en filigrane. C’est plus puissant que ça ! J’espère que vous apprécierez !

« Doves & Ravens » est toujours disponible en téléchargement