L’artiste irlandais livre une performance puissante et organique à Paris

Si il y a une chose que l’on serait bien incapable de faire, c’est ranger le son de Dermot Kennedy dans une case !  L’irlandais de 25 ans a d’abord été révélé au monde par quelques ballades acoustiques élégantes mais consensuelles, à l’instar de « Shelter » ou « After Rain ». Cependant, avec l’EP « Doves & Ravens » dévoilé en avril 2017,  il opère un véritable tournant. A travers quatre titres (et au sein de chacun de ceux-ci), l’artiste mêle le ton du slam, la rythmique de la folk, la stratification de l’électro et la ferveur du rock. Peu importe les registres, un dénominateur commun distingue les plus grands : le cœur mis à l’ouvrage ! Avec le jogging que Dermot Kennedy arborait mardi soir pour se produire sur la scène parisienne du Point Ephémère, il aurait pu se fondre dans n’importe quel foule. Mais, laissez-le ouvrir la bouche et il capte le public comme un seul homme.

Retour sur la performance convaincante du jeune troubadour irlandais à Paris.

« An Evening I Will Not Forget »… Le titre du morceau d’ouverture est de très bonne augure. Après avoir attendu l’arrivée de Dermot Kennedy pendant de longues minutes, jusqu’à l’impatience tangible du public, le musicien foule enfin la scène du Point Éphémère. Sa tenue décontractée témoigne du caractère de sa performance : sans concession. La musique est au cœur de la rencontre entre Dermot et son public, rien d’autres. Le premier morceau fait toutefois office de douce introduction. « An Evening I Will Not Forget » est une ode à la nostalgie, une plongée dans les souvenirs d’une relation heureuse mais passée…  Ses couleurs, ses joies, ses revers puis finalement, la conclusion que l’on a pas encore tourné la page :  « I still love you though, I still love you always. » 

Après cette introduction, délicate et épurée dans la veine de ses premières productions, Dermot Kennedy enchaîne directement avec « Boston », issu de son dernier EP. Si la mélancolie est toujours assumée, elle s’exprime ici par une plume moins littérale, plus nuancée, plus mature sans doute. Et les premiers fantômes électroniques retentissent en arrière plan…

« A closeness » porte en substance ce que l’on préfère chez Dermot Kennedy : la maîtrise de sa voix. Ses attaques tranchantes, sa diction claire et ses couplets entre la proclamation et le chant font sa signature. Une singularité d’interprétation qui prend le cœur et les tripes.

Après avoir interprété les premiers morceaux sans transition, Dermot Kennedy adresse quelques mots chaleureux au public français, qu’il avait déjà rencontré à la Boule Noire en septembre dernier. Et nombreux sont ceux déjà conquis, qu’ils soient fans proclamés ou expats venus écouter en live le dernier fils prodige. Beaucoup ne manquent d’ailleurs pas l’occasion de chanter à l’unisson avec l’artiste. Deux inédits ponctuent le set, mus par la même atmosphère ardente.

« For Island Fires And Family » nous ramène vers des territoires plus dépouillés, et sonne comme les performances authentiques et organiques d’Ed Sheeran à ses débuts. Toujours à mi-chemin entre le jour et la nuit, les souvenirs heureux et les regrets amers, l’enfant et l’adulte,  Dermot Kennedy fait une confession en clair-obscur.

Le sample si reconnaissable de « Moments Passed » succède à ce moment plein de pudeur. L’ambiance se fait directement électrique.

Quand j’ai entendu ce sample pour la première fois, je l’ai trouvé fou. Mon producteur me l’a envoyé alors que nous faisions un peu face à un mur sur ce titre. A ce moment là, je pensais que  ‘Moments Passed’ était un morceau acceptable, mais il ne m’enthousiasmait pas vraiment. J’ai fini par poser une mélodie sur le sample et ça a tout changé.”

La puissance du titre vous frappe effectivement en une seconde. L’instrumentale emplit la salle. La guitare, le clavier, la batterie virevoltent. Et Dermot Kennedy interpelle un amour invisible d’un « Cause I loved ya / Does that mean nothing to you now? » mélant colère et complainte.  L’effet est garantie !

La frénésie du clavier qui court en fond de « All My Friends » contraste avec ses refrains, superposition d’une mélodie minimale et d’une prière, d’un au revoir :  « To all my friends / You’ll find your way / Some summer night I hope I see you again / All my friends / I’d love to stay / Some summer night I hope I see you again ». Pendant le pont, Dermot Kennedy use de la puissance qu’on lui connaît, et l’on est pendu aux lèvres de l’artiste dont chaque mot est si distinctement envoyé dans les airs.

« Glory » est définitivement notre composition préférée de l’EP. Le tour de chant passionné de Dermot Kennedy et ses accords de guitare sont relevés par un beat hip-hop et des accents hantés. Le morceau atteint son climax sur la percutante ligne : « She’s everything the devil can’t be / When she’s singing to me « Glory » »

Irrémédiablement franc, Dermot Kennedy annonce déjà son dernier morceau. Effectivement, il ne reviendra pas après « After Rain », durant laquelle il invite le public à l’accompagner au chant. Paris répond dans un doux écho : un joli moment de partage avant que ne s’éclipse l’artiste. On reste évidemment un peu sur notre fin, déjà avides de son retour avec un setlist plus fourni. Mais on se repasse le set en tête et on se dit que l’expression « Doves & Ravens » résume finalement bien Dermot Kennedy lui-même :  la sincérité de la colombe et l’intransigence du corbeau.

Retrouvez prochainement Dermot Kennedy en interview sur On The Move !

L’EP « Doves & Ravens » et le single « Moments Passed » sont toujours disponibles en téléchargement.