« Of Shadows », un album intime et généreux pour le sicilien Fabrizio Cammarata !

Il n’est d’expérience plus satisfaisante que celle de quitter une salle de spectacle doublement comblé : d’abord, par un concert à la hauteur de ses espérances, ensuite, par une découverte heureuse en première partie. C’est exactement ce qui nous est arrivé en Octobre dernier lors de la prestation de Justin Nozuka aux Etoiles ! Non seulement, nous n’avons pas boudé notre plaisir (un peu nostalgique) de retrouver le canadien sur scène, mais en plus, son live a été introduit par un grand gaillard énigmatique qui nous a conquis en quelques secondes.

Fabrizio Cammarata, c’est l’eau et le feu, la douceur et l’incandescence, deux facettes qui lui viennent sans doute de sa Sicile natale. Auteur et interprète nomade, il tire inspiration de ses racines autant que de ses voyages. Avec The Second Grace, le groupe qu’il forme avec Fabio Rizzo, John Riggio et Fabio Finocchio, il propose d’ailleurs une folk imprégnée de musiques du monde, des chants traditionnels d’Amérique aux sonorités caribéennes. Que ce soit avec ses compagnons de groupe sur les albums « The Second Grace » (2007)  et « Rooms » (2011)  ou sur « Skint & Golden » avec le guitariste Paolo Fuschi (2014), Fabrizio Cammarata partage souvent l’affiche avec ses musiciens, sa voix puissante et reconnaissable comme le fil rouge d’une aventure éclectique et partagée.

Avec la sortie de l’EP « In Your Hands » cette année, Fabrizio Cammarata signe le véritable départ d’un bout de route en solo. Quelques semaines après l’avoir découvert sur la scène des Etoiles donc, nous étions invités dans les prestigieux studios Ferber (Paris, 20e) pour écouter en live son nouvel album « Of Shadows » dans les bacs depuis quelques jours. Un moment suspendu où régnait un silence comme on en avait rarement entendu. Que réserve le dernier album de Fabrizio Cammarata « Of Shadows »? On The Move vous dit tout, track après track !

Photo de couverture © Narriman M.

Fabrizio Cammarata aux Studios Ferber, Paris (20e) © Estelle O. / ilove_ur_music

Dès l’ouverture de l’album, le titre « Long Shadows » pose le décor. Une guitare, une voix, à peine relevées de percussions éthérées… Les onze titres de « Of Shadows » sont autant de douces et épurées introspections dans l’âme de Fabrizio Cammarata.

Je cherche à faire se rencontrer l’ombre et la lumière. »

« Come And Leave A Rose » se charge d’une puissance plus rock, et pourtant,  l’instrumentale est à peine plus dense que le morceau précédent. Quelques accords électriques et une voix particulièrement assurée, parfois écorchée, suffisent à aboutir à un titre des plus ardents. Les émotions de Fabrizio Cammarata chantent pour lui.

Plus mélodique, le titre « In The Cold » sonne comme une douce incantation sur laquelle est déployé un joli panel d’instruments, dont on ne manque pas une miette tant l’équilibre est juste entre eux : une production à saluer.  

« You’ve been on my mind  / You’ve been there all the time  / So now fade away » : « You’ve been on my mind » joue d’abord sur le même registre mélancolique et minimal que le titre précédent. Mais ne décrochez pas avant la moitié de la chanson, car c’est à ce moment que la composition décolle véritablement, au rythme d’un riff énervé « « No matter where I look, I’ll always find you there  / Deep in the shadows of my mind «  puis de chœurs soutenus, laissant éclater : « But if you look into your shadows, what will you find ? » L’amour se joue bien à deux et Fabrizio Cammarata refuse d’endosser la pleine responsabilité de cette relation déchue.

« Lorca’s Roses » est sans doute le morceau le plus désarmant de cette tracklist. Véritable poème mis en musique, dix vers et quelques rimes embrassées y décrivent une relation aussi sensuelle que brûlante.

Les corps continuent de se côtoyer de près… et de se jouer de mauvais tours sur  « Naked For You » : « I’ve posed naked for you / but you sold me out as porn ». La diction de Fabrizio Cammarata en première partie de titre donne à celui-ci de faux airs de reggae, avant que le refrain ne tourne à l’alt-rock. Un étrange mélange, hypnotique!

Fabrizio Cammarata aux Studios Ferber, Paris (20e) © Estelle O. / ilove_ur_music

Retour à la folk dans sa plus simple et douce expression sur « What Did I Say ». Le schéma se repète mais est toujours aussi efficace. D’une grande simplicité au départ, le morceau se pare tour à tour d’un piano léger et de chœurs hantés, de quoi apporter du relief à l’ensemble.

« I Don’t Belong Here » résonne comme l’ultime cri du cœur, poignant face à l’être aimé « And when I think of home, It’s you I find » tandis que « Hold Me Now, Still Night » est un aveu de lâcher prise :  « Hold me / No more nights, no more nights, no more nights like these ». Habité, Fabrizio Cammarata scande une unique phrase sur deux minutes d’une instrumentale expérimentale, aux déformations étonnantes.

« Say Goodbye » revient à une formule plus conventionnelle, texte romantique et guitares robustes à l’appui, avant de s’évanouir progressivement pour laisser place à « Mi Vida ». On est encore marqués de l’empreinte indélébile laissée par l’interprétation de Fabrizio de « La Llorona », chanson traditionnelle mexicaine à propos d’une légendaire femme-fantôme. Alors, à l’annonce d’un titre espagnol, on est forcément enthousiasmés. Pour ce morceau, le détour linguistique est finalement minime, et le morceau charmant mais beaucoup moins percutant et fiévreux que la fameuse reprise. On aurait peut-être clôturer l’opus avec un titre aux sonorités plus pêchues mais « Mi Vida » est tout de même une jolie conclusion au récit tumultueux de l’album « Of Shadows » : « it’s OK even just to believe / And suddenly I’m not alone (…) Yet all of my friends, they say that / Love has come once and perhaps / It will again /Hear me darling, I know you can ».

Fabrizio Cammarata aux Studios Ferber, Paris (20e) © Narriman M.

De ballades séduisantes en complaintes surprenantes, le sicilien Fabrizio Cammarata ouvre la porte de ses tumultes intérieurs et nous emporte délicatement, jusqu’à lire dans ses récits des bribes de notre propre histoire.

Dans l’album « Of Shadows », l’introspection devient partage, rencontre. La voix chaleureuse de Fabrizio Cammarata, et ses mots aussi simples qu’ils sont beaux, nous enveloppe d’une bulle réconfortante. Ses instrumentales feutrées montent souvent crescendo, pour finir vibrantes d’intensité. Et si cette formule est souvent répétée, la diversité musicale est tout de même au rendez-vous grâce aux nombreuses influences de Fabrizio Cammarata saupoudrées ça et là, qu’elles soient rock, futuristes ou touchent aux musiques du monde.

Produit aux côtés de Dani Castelar (REM, Editors, Paolo Nutini), l’album « Of Shadows »est une sorte de voyage initiatique, des ténèbres à l’espoir, de la douleur d’un amour complexe à la lumière du renouveau. Et Fabrizio Cammarata la mérite indubitablement, cette lumière !

« Of Shadows » est disponible en téléchargement.

 

Fabrizio Cammarata interpréte « Long Shadows » aux Studios Ferber, Paris (20e) © Estelle O.