Avant la sortie de leur 1er album, découvrez Lo Moon, trio américain à la pop alternative envoûtante !

Si l’on devait vous conter l’histoire de Lo Moon, on ne vous parlerait pas en premier de musique mais de temps… Celui qu’a pris Matt Lowell pour esquisser une identité solide au trio maintenant formé avec Sam Stewart et Crisanta Baker. Ce temps égal, consacré au re-travail de leur somptueux premier single « Loveless ». Le temps que nous, auditeurs, ne prenons plus mais que la formation s’accorde coûte que coûte, pour laisser la chance à chacun de leurs morceaux d’être découverts et de vivre plusieurs vies. Et le temps que les trois membres de Lo Moon ont pris pour nous répondre, dévoilant les contours de leur premier album à paraître et de l’univers qu’ils souhaitent forger autour de ce dernier. Une interview à lire, paisiblement donc, bercé par le son éthéré de cette prometteuse formation américaine.

© Anaïs Schneider

On The Move : Crisanta, Matt, Sam, merci d’avoir répondu à notre invitation ! Pour que nos lecteurs apprennent à vous connaître, vous pouvez nous en dire un peu plus sur vos débuts dans la musique ? 

Matt Lowell : Bien sûr. J’ai commencé à travailler sur « Loveless », le premier titre que nous avons sorti, il y a environ 5 ans et demi à New York. J’ai emporté cette chanson avec moi lorsque j’ai déménagé à L.A. pour monter le groupe. C’est là que j’ai rencontré Crisanta, très rapidement d’ailleurs, par l’intermédiaire d’un ami commun. Je lui ai fait écouté « Loveless » et quelques autres titres et ça lui a vraiment plu. Je ne lui ai même pas demandé quels instruments elle jouait, je lui ai juste proposé d’intégrer le groupe et elle m’a dit : « Oui, absolument! » Donc on a commencé à se produire en live. A l’époque, on tournait sous le nom de « Stranger » mais on s’est vite dit que ni le nom ni ce rythme ne nous correspondait, donc on a pris une autre année pour écrire et composer davantage, pour façonner le son que l’on souhaitait. Sam nous a rejoint à cette période là. Et c’est à peu près à ce moment que l’on a finalement terminé « Loveless ». Donc, ce fut un assez long voyage ! (rires)

On The Move : Changer de nom était donc important pour vous ? D’où vient le nom de « Lo Moon » ?

Matt Lowell : Oui, c’était très important car à trois, nous avions le sentiment de commencer quelque chose de complètement nouveau, qui nécessitait un nouveau nom. « Lo Moon » vient en fait du prénom de mon neveu, qui s’appelle « Lowell Moon ».

On The Move : A l’inverse de nombre d’artistes, vous avez pris beaucoup de temps pour faire vos premiers pas sur le devant de la scène. « Loveless » vous a suivi pendant plus de 5 ans et vous avez aussi laissé passer du temps avant de sortir vos titres suivants. Est-ce-que cela tenait d’une quelconque stratégie ou est-ce-que c’était plutôt le court naturel des choses ?

Matt Lowell : Ça a juste été naturel. On a pas vraiment envisagé au préalable combien de temps on allait laisser filer entre les différentes sorties. Je pense que pour nous, il s’agissait surtout de laisser la musique trouver sa place, son public, et 9 mois sont finalement passés entre les deux premiers morceaux. Comme pour « Loveless » en tout premier, on ne veut pas s’imposer de rentrer dans les normes, même si la zeitgeist en musique maintenant, c’est d’aller vite.

Sam Stewart : Tout le monde a l’air de sortir des morceaux les uns derrières les autres. Si le premier n’attire pas l’attention escomptée en un mois, ils passent à autre chose. Ce n’est pas très juste car on travaille tellement sur une chanson. Matt a travaillé pendant des années sur « Loveless », ça aurait été vraiment dommage de la sortir puis de dévoiler autre chose directement derrière.

Matt Lowell : On ne peut pas décider du moment où les gens vont finir par trouver les morceaux, s’en emparer. Je n’aime pas beaucoup l’idée de gaver les gens avec toujours plus de titres. Quand je pense à mes artistes favoris, je me rends compte que j’ai toujours pris le temps d’apprécier leur musique, les découvrir. Et c’est ce que l’on efforce de suivre en tant que groupe.

On The Move : La création de « Loveless » a été très spéciale donc mais, depuis près de 3 ans ensemble, avez-vous développé un processus particulier ?

Matt Lowell : On comprend surtout mieux nos rôles respectifs, ce dans quoi chacun est bon ou moins bon. On vient de passer un an et demi à travailler sur l’album, et la plupart du temps, on a vraiment vécu les uns sur les autres (rires) Donc, je pense que pour aller d’un point A à un point B, on sait que c’est beaucoup plus rapide. On ne met plus 5 ans pour finir une chanson (rires)

Crisanta Baker : On joue tous des instruments différents. En live, je joue de la basse, et sur le disque, c’est parfois Sam. Je suis aussi au clavier mais Matt en a joué sur l’album. Donc plus qu’un processus, on répond surtout aux besoins et aux situations spécifiques de chacune des chansons !

On The Move : Si vous deviez décrire le son et l’univers de Lo Moon à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore, que diriez-vous ? 

Matt Lowell : Il y a beaucoup d’adjectifs que je pourrais utiliser. Il y a quelque chose d’éthéré, une mélancolie, une charge émotionnelle dans notre musique. Mais je pense qu’à la fin, notre idée, c’est vraiment de bâtir un univers avec et autour de notre musique, de façon à ce que quand les gens nous écoutent, ils savent que c’est Lo Moon. Tous nos groupes préférés gravitent dans leurs propres petits mondes, le public s’y intéresse pour leurs particularités. Donc c’est hyper séduisant comme idée. Je pense que c’est vraiment spécial d’essayer de creuser son petit trou et que les gens puissent dire « Oui, c’est Lo Moon! » comme pour Radiohead ou d’autres.

Sam Stewart : Mais ça, je pense que ça demande de la patience. On ne peut pas sortir un titre et s’attendre à ce que tout le monde nous reconnaissent et dansent (rires) Cela prend du temps.

On The Move : Donc définitivement, le temps est la clé !

Matt Lowell : Oui ! Le facteur le plus important ! (laughs)

On The Move : Vous allez sortir votre premier album au début de l’année prochaine. Vous pouvez nous en dire plus sur sa conception ? Est-ce-que vous avez dû faire une sélection drastique de chansons ? Avez-vous collaborer avec d’autres artistes, producteurs ? 

Matt Lowell : Oui, on a composé pas mal de chansons au fil des années, on pensait qu’elles pourraient toutes être des chansons pour Lo Moon mais finalement, on en a abandonné certaines. Le processus de production s’est fait avec Chris Walla [Death Cab For Cutie, The Postal Service, Tegan and Sara ndlr.] et Franck Tetaz [Gotye, Kinbra ndlr.]. Ils nous ont aidé à façonner pas mal de choses mais l’essentiel vient quand même de notre expérience de groupe. J’ai une maison de jardin, reculée, à Los Angeles qui est en quelque sorte notre refuge, et on a passé énormément de temps à travailler les morceaux là bas. Certaines ont eu pas loin de 15 versions avant de trouver leur propre petit monde. En terme de process, c’est juste beaucoup d’addition, de soustraction, d’expérimentation en fait.

On The Move : Pouvez-vous nous parler de votre chanson préférée sur l’album à paraître ? 
Sam Stewart :  Mon titre préféré sur l’album s’appelle « My Money ». C’est une chanson que Matt a écrite. Sur la démo, ce n’était que lui et son piano et j’ai toujours pensé que cette chanson était génial. On s’est réunis tous les trois dans la maison de Matt et l’avons retravaillé pendant des heures. Moi à la boîte à rythme, Crisanta à la clarinette, Matt au clavier,  après j’ai tenté le synthé. On a enregistré tout ça sur Iphone et on a fait durer ce boeuf pendant des heures. C’était tellement cool ! On en a ensuite fait une démo plus soignée qui a beaucoup plu aux producteurs. Le musicien qui joue de la batterie pour nous en live a aussi apporté sa touche sur ce morceau. Il a vraiment fait un travail génial ! L’ensemble est juste très libre et organique. Ça sonne d’enfer !
Matt Lowell : Cette chanson, c’est vraiment nous, on est assez fiers du résultat.  Et c’est aussi très bizarrement celle qui est la plus compliquée à jouer en live. C’était tellement facile à faire à l’origine mais maintenant, c’est devenu un enfer (rires) A la fin, il y a cette partie de bugle, jouée par le musicien qui a aussi collaboré sur « Thorns ». Il était un peu shooté et jouait tellement faux ! Mais en même temps, il faisait des trucs vraiment cools. C’était difficile de le faire se concentrer sur sa tâche (rires). A la fin, il a fini par partir dans un truc assez sauvage.  C’était très drôle ! Tout ce qui a rapport avec cette chanson est drôle, en fait !
© Anaïs Schneider

On The Move : Vous parliez de Los Angeles comme de votre refuge, mais vous avez aussi beaucoup voyagé ces derniers temps, non?

Crisanta Baker : Oui, je ne sais pas si on s’intègre si bien à l’atmosphère de LA.

Matt Lowell : On n’est pas tous attachés à LA de la même façon mais quand on est sur la route, on est vraiment plus heureux qu’à Los Angeles. Voyager nous a amené beaucoup de nouvelles influences, et de nouvelle façons de travailler. Los Angeles nous paraît un peu dépassé par moment. Surtout quand tu es en Europe, ou à New York, où il y a définitivement une culture, une énergie qui t’entoure. Il y a aussi une énergie particulière à LA mais c’est juste complètement différent ! Los Angeles est bon du point de vue de l’industrie, pour former un groupe. Tu es en Amérique, dans une métropole énorme où il se passe définitivement beaucoup de choses.C’est un bon endroit pour trouver facilement un studio, répéter. A New-York, tu ne fais pas ça aussi facilement, surtout pour un groupe comme le nôtre. Donc LA nous a aidé. Mais je ne pense pas qu’on y restera pour toujours (rires)

On The Move : Le clip de « Loveless » propose un vrai récit, dont on aurait pu attendre une suite ou un préambule dans une autre vidéo. Pour autant, les clips suivants pour « This Is It » et « Thorns » sont très différents. Quel rapport vous établissez entre musique et visuels ? Est-ce-qu’il y a une identité particulière que vous voulez bâtir ?

Matt Lowell :  C’est intéressant car quand tu es dans un groupe, tu ne contrôles pas toujours tout et parfois, tu finis par prendre du recul et dire « Ok, je ne suis pas satisfait de ça. » Il faut faire des erreurs sur le chemin. Nous ne regrettons rien mais je pense que, de tous, c’est quand même « Loveless » qui cristallise le plus ce que nous voulons exprimer.

Sam Stewart : C’est un ami à nous qui l’a réalisé.

Matt Lowell : Warren a été l’une des premières personnes à entendre la chanson. Je voulais vraiment tourner un clip pour “Loveless” et il s’est avéré qu’il était un très bon ami mais aussi un incroyable réalisateur. Donc je pense que c’était une combinaison parfaite. C’est difficile de faire confiance pour un clip, et avec lui, ça a juste très bien fonctionné !

Crisanta Baker : Il connaissait nos personnalités. Je pense que la chanson pose vraiment le décor pour le reste de  l’album et la video est parfaite pour amorcer l’univers visuel que l’on veut mettre en place.

On The Move: Donc cet aspect collaboratif, avec des gens qui vous sont chers, c’est ce qui guidera vos sorties dans les prochains mois ?

Matt Lowell : Oui, on vient juste de tourner une autre vidéo, pour le prochain single. On est très excités ! C’était une situation similaire, avec quelqu’un en qui on avait confiance. On a pas encore vu le résultat mais je pense qu’on va l’adorer. On s’est beaucoup amusé et c’était vraiment un travail d’équipe comme pour « Loveless ».

Sam Stewart : Ca partait presque d’une blague entre Matt et l’un de nos producteurs !

Matt Lowell : Oui, en fait, j’ai beaucoup joué au hockey en grandissant donc j’ai fait du patin toute ma vie. Et le producteur n’arrêtait pas de me dire « Vous devriez faire une vidéo sur la glace! ». On en a parlé à la réalisatrice, elle a adoré l’idée. La plupart du temps, je suis donc sur la glace, en train de patiner et interpréter la chanson. Ca a été un peu bizarre au début mais c’était marrant et je pense que ça porte aussi bien l’identité du groupe, ce qui est important pour nous. Le résultat doit être authentique ! Pour nos artworks, on a trouvé cette artiste, Lizzie, grâce à Warren, le réalisateur de « Loveless ». On l’a cru quand il nous a dit : « Je pense que vous devriez travailler avec l’une de mes amies ». Sa proposition s’est avérée incroyable pour le single « Thorns » et on a décidé qu’elle ferait tous nos artworks après ça. On en est très heureux !

 

On The Move : Vous avez pris le temps nécessaire pour bâtir le projet Lo Moon, qui a aussi été enveloppé d’une sorte de mystère au départ. Pour autant, maintenant, vous êtes très présents sur les réseaux sociaux, qui à l’inverse prône la rapidité et la visibilité à tous les égards. Pourquoi est-ce donc si important pour vous ?

Matt Lowell : Si les gens veulent associer notre musique à quelque chose de mystérieux, c’est très bien. La musique que je préfère, c’est celle qui n’est pas évidente à décrypter. Par contre, je pense que c’est très important pour les artistes, aujourd’hui, d’être connectés avec le monde et surtout, avec leur public. Les laisser nous découvrir, voir comment ça se passe de l’intérieur. On est extrêmement chanceux de faire de la musique notre métier et de vivre tout ça. Quand j’étais plus jeune, j’étais tout à fait le genre de fan à vouloir tout savoir sur son groupe préféré. J’étais celui qui attendait en bas de l’hôtel pour voir le groupe sortir (rires) Donc je pense qu’il y a un peu de ça qui reste en moi… On a le pouvoir de se connecter au monde entier, c’est incroyable. On ne veut pas repousser ça juste pour se donner l’air ténébreux.

Crisanta Baker : On veut être inclusifs !

Matt Lowell : C’est ça, inclusifs! La musique s’adresse à tous. Si tu veux en faire dans ton garage, très bien mais quand tu offres ta musique aux oreilles du monde entier, je pense que tu as une sorte de devoir de partager et être présent. Après tout, tu l’as choisi. Sans le public, nous ne sommes rien. Et il y a des artistes qui oublient ça. Ces personnes, ce sont celles qui viennent te voir en concert, qui croient en toi, qui vont parler de toi à d’autres. Surtout quand tu es un groupe qui n’a sorti que trois chansons (rires) On ne cesse de se dire que c’est incroyable que les gens viennent  à nos shows, qu’ils portent de l’attention à notre musique, à qui nous sommes, à nos ambitions. Donc, je pense que cette connexion est primordiale !

Les titres « Loveless », « This Is It » et « Thorns » sont toujours en téléchargement.