Rencontre avec le trio irlandais The Script 

Si vous vous intéressez un tant soit peu à l’actualité pop-rock internationale, vous avez alors forcément entendu parlé de The Script à un moment ou à un autre. Le groupe qui marquera ses dix ans d’existence l’année prochaine possède au compteur un nombre incalculable de hits, « Hall Of Fame », « The Man Who Can’t Be Moved », « Breakeven » « Superheroes » pour ne citer qu’eux. A l’occasion de leur passage à Paris suite à la sortie de leur nouvel album « Freedom Child » qui a suivi leur deux ans de break, On The Move a rencontré Danny, Mark et Glen pour une interview exclusive.

 

On The Move : Salut Danny, Mark et Glen! On est heureux de vous revoir après quelques années d’absence. Votre nouvel album se nomme « Freedom Child » et vous avez pris une direction musicale totalement différente de ce dont nous avions l’habitude avec le groupe. Etiez-vous anxieux de ce que les fans allaient penser de ce changement ?

Mark Sheehan : Salut On The Move ! On est très heureux d’être enfin de retour ! On était pas vraiment anxieux parce que le but de The Script a toujours été de parler de ce qu’il se passe dans nos vies, un peu comme un journal intime. Donc ces mots, les paroles, les histoires et le contenu de l’album sont toujours les mêmes,  ça ne change pas. La seule chose que tu peux changer est le véhicule qui porte ces histoires c’est à dire le son et la production. Je pense qu’au final c’est comme la mode, tu ne vas pas porter les mêmes vêtements toute ta vie (rire). On voulait changer un peu. Tu sais, on a toujours été intéressé par la production et le mixage et le monde évolue donc tu te dois d’évoluer avec lui. Je pense que beaucoup de groupes ne se font pas forcément entendre parce qu’ils n’évoluent pas et ça peut porter préjudice. Il n’y pas beaucoup de place pour se faire entendre désormais. C’est très difficile de faire connaitre ta musique quand tu as des Justin Bieber, Drake ou Beyonce à côté. On a juste voulu transformer notre son, nos mélodies et nos paroles en quelque chose de plus « acceptable » je pense, c’est pour ça que nous avons évolué et je pense que nos fans apprécient le fait qu’on évolue.

 

On The Move : C’est pour cette raison que vous vous êtes essayés à l’électro ?

Mark Sheehan : Oui aussi. Pendant longtemps les gens pensaient que l’EDM (Electro Dance Music, ndlr) était juste une phase et que ça allait vite disparaitre, mais c’est en fait très puissant et ça marche super bien. J’allais dire que c’est grâce au streaming parce que ça touche des endroits qui ont une plus large audience. C’est une musique plus facile qui n’a pas besoin d’être profonde, c’est une musique avec laquelle tu peux t’amuser et t’échapper. Ca ne va pas s’arrêter de si tôt et en tant que groupe on aime bien s’amuser avec plusieurs genres. Donc oui on a plusieurs chansons qui vont vers de l’électro et en tant que groupe on se demande comment on pourrait utiliser nos instruments pour les faire sonner plus électro, mais ce ne sont pas vraiment des chansons dance.

 

On The Move : On retrouve cette touche d’EDM un peu partout dans la musique actuelle alors qu’il y a quelques années tout était fait avec de vraies guitares et de vraies batteries. Aujourd’hui tout est une question de plugins et cela a changé la façon de créer de la musique.  Est-ce vous pensez que ça change votre façon à vous de produire de la musique ?

Danny O’Donoghue : Je pense que c’est différent quand tu es producteur. Pour un groupe comme nous, ça ne va pas changer la façon de jouer mais le producteur arrivera et dira « il faut rajouter un morceau de piano ici et là » mais si tu y penses déjà depuis le début, alors tu vas créer ta musique de la façon dont tu le veux. Au final c’est juste des outils pour t’aider à finaliser ta chanson après que tu aies l’idée, le concept et la mélodie. C’est incroyable comment ce style de musique peut s’adapter à tous les genres.

Mark Sheehan : Je me souviens qu’il y a plusieurs années, pour rendre les guitares populaires, Gibson et Peavey qui étaient les leaders du marché en ce temps-là,  ont baissé le prix des guitars donc ça ne coutait presque rien d’en avoir une. Les guitares étaient donc devenues très accessibles et le son d’une guitare Peavey en particulier est devenu très populaire. Aujourd’hui ça coute moins cher de faire de la musique dans ta chambre, de télécharger des plugins et de faire de la musique électro. C’est moins cher de faire ça que d’enregistrer un groupe en live, donc ça devient de plus en plus populaire. C’est plus accessible et c’est pour ça que ça plait. C’est pour cela que les producteurs et les artistes qui travaillent de cette façon dictent ce qui se passe dans l’industrie et les groupes comme nous doivent s’adapter et se dire « comment est-ce qu’on utilise ça pour faire notre propre musique? » (rire)

 

On The Move : A l’instar de Coldplay collaborant avec The Chainsmokers, est-ce que vous aimeriez travailler avec des producteurs/DJ ?

Mark Sheehan : Oui, je veux dire on est partant pour collaborer avec différents types d’artistes et d’évoluer. On est vraiment des fans de musique donc pourquoi pas.

 

On The Move : Votre single « Rain » a été plusieurs fois remixé par différents DJ et un des remix a même inclus Nicky Jam. C’est assez surprenant de voir des titres de The Script se faire remixer. Est-ce que ça fait parti de ce processus d’évolution et quelle a été la stratégie derrière ces sorties ?

Danny O’Donoghue : Il n’y a pas vraiment d’idée derrière ça, c’est seulement le fait d’être réactif. Spotify a beaucoup de playlists et on adore faire de la musique, on veut que les gens puissent l’écouter. Seulement, avec Spotify si tu fais du hip-hop par exemple tu vas rester dans ce genre et tu ne vas pas pouvoir cibler les autres audiences. On pense que si tu sors une très bonne chanson, alors elle peut marcher dans plusieurs formats. Fais une version rock, fais une version électro et même reggeaton s’il le faut. Si ça passe en radio pendant longtemps je pense que c’est bien d’avoir d’autres versions pour ne pas ennuyer les gens. On est pas le premier groupe à faire ça et je te garantie qu’on ne sera pas le dernier (rire).

© Paola Leonardis / On The Move

On The Move : Le Hip-Hop est récemment devenu le genre musical le plus populaire. Est-ce qu’on peut s’attendre à vous entendre rapper dans le futur, comme vous avez pu le faire dans le passé sur plusieurs morceaux ?

Mark Sheehan : Quand nous avons commencé à écrire notre premier album il y a 9 ou 10 ans, nous avions toujours adoré le Hip-Hop depuis le début. Le Hip-Hop a infiltré l’Irlande de façon incroyable, tout comme ici en France où la culture rap est très vaste, plus vaste que n’importe où en Europe. Si tu regardes des artistes comme Post Malone, qui est actuellement le quatrième artiste le plus streamé en ce moment dans le monde, tu vois qu’il ne rap pas forcément mais que c’est considéré comme de la musique Hip-Hop. Le Hip-Hop en vient désormais à osciller entre le rap et le chant, c’est assez bizarre. Ils viennent sur notre territoire autant que nous allons sur le leur. La philosophie du Hip-Hop a toujours été d’emprunter des influences à différents styles. C’est vraiment excitant à écouter et ce type d’artistes font de la musique dans leur chambre et ont des hits à travers le monde.

 

On The Move : Dans votre précédent album « No Sound Without Silence » vous disiez que votre titre « Superheroes » a été tourné dans un petit village de Johannesburg parce que vous vouliez envoyer un fort message d’anti-racisme. Aujourd’hui vous avez ce titre « Divided States Of America » qui parle des problèmes sociaux aux Etats-Unis depuis l’élection de Trump. Est-ce important pour vous de parler de ces différents problèmes politiques ?

Danny O’Donoghue : Oui c’est vraiment important. Parler de problèmes de société et de la condition humaine est quelque chose qui nous tient vraiment à coeur. Je pense qu’être du bon côté de l’histoire et parler de ce avec quoi tu es d’accord ou non est crucial. C’est de cette façon dont nous avons écrit nos chansons. Nous sommes dans une période politiquement assez critique et c’est pourquoi ces chansons sont vues comme politiques. Quand nous avions sorti « We Cry » dans notre premier album, l’heure n’était pas à la politique et la chanson a seulement été vue comme sociale. Désormais tout est politique donc les chansons sont également vues comme politiques. Je pense que c’est important pour tout le monde de pouvoir parler de tout, et surtout quand tu es un artiste tu te dois de parler de tous les sujets. Les sujets que les gens ne veulent pas particulièrement sont : les embarrassantes conversations dans une pièce, ce que les autres ressentent vraiment à l’intérieur, et ton opinion sur ce qu’il se passe autour de toi. On sait tous comment sont les pages Facebook des gens « Oh, regardez comment mon monde est génial! Je suis sur Instagram, je suis photographe, je suis ci, je suis ça… », mais un artiste est celui qui te montre tout de l’intérieur. Je pense que si tu ne fais pas ça, tu perds la vraie signification d’un artiste : quelqu’un qui partage ses émotions sous forme de musique, sous forme d’Art ou autres. Tu sais on n’est pas vraiment politique, on aime juste commenter ce qu’on voit autour de nous et c’est ça l’Art.

Mark Sheehan : C’est comme le fait d’aller dans un bar avec des amis. Je pense que quand tu s’assoies avec des amis que tu vois tout le temps, tu finis par parler de ces sujets là. Tu commences avec des choses du type « comment se passe ta vie amoureuse? » et puis quelqu’un arrive et dit « est-ce que quelqu’un a vu ce qu’il se passe à la TV? » ça marche toujours comme ça.

Glen Power : Oui, on ne prend pas parti. On ne fait qu’observer.

 

On The Move : Est-ce que vous pensez qu’il est important pour des artistes de pouvoir utiliser leurs plateformes et musique pour donner leur avis et parler de problèmes, pas forcément politiques, mais de problèmes sociétales ?

Mark Sheehan : Oui c’est très important et plus de gens devraient le faire.

Danny O’Donoghue : Personnellement j’étais très content quand Eminem s’en est pris à Trump il y a quelques temps. Je pense que c’était super. Ca n’a pas changé le monde mais c’était génial et c’est un bon début. Je pense que tous les gens que tu trouves incroyables devraient parler. Je sais que les acteurs s’y mettent désormais aussi. Le jour d’avant l’élection de Trump, il y avait ce petit groupe d’acteurs incluant Robert De Niro qui ont mis une vidéo en ligne en disant « on est unis, on a du pouvoir ». Ca n’a pas été efficace et ça a plus montré qu’ils n’avaient justement aucun pouvoir mais Eminem est très intelligent. Il est fier, il est super talentueux et il a une très grosse base de followers. Il n’a pas besoin de l’argent ou de la reconnaissance pour ce qu’il a fait. Il l’a juste fait parce que c’était la bonne chose à faire. J’ai montré cette vidéo à quelques personnes et je suis sur que quelques millions de personnes ont fait de même. Je pense que plus d’artistes devraient le faire.

 

On The Move : Dans quelle mesure pensez-vous que la musique peut aider dans ce genre de situations et de problèmes qui se passent autour de nous ?

Mark Sheehan : Il n’y a aucune sorte d’Art qui va arranger ces problèmes là. Ca n’arrivera jamais mais ça peut créer une certaine conscience et aider les jeunes à réfléchir à la situation. Les jeunes sont malheureusement naturellement guidés. Ils peuvent être guidés par les bonnes choses comme par les mauvaises. C’est facile de rentrer dans un groupe et de les guider dans la mauvaise direction. Il y a énormément de haine en ce moment dans le monde qui est popularisé en apparaissant en première page des magazines. Même quand on parle d’histoires négatives on les rend populaires. On voit seulement le mauvais côté et les jeunes peuvent penser que c’est cool de faire partie de ces choses. Malheureusement c’est désormais devenu une option pour eux alors que ca n’était pas du tout une option avant. Chaque artiste est supposé dire ce qu’il pense et utiliser leur voix, évidemment l’autre doit être d’accord mais au moins ça montre qu’il y a d’autres options. On veut faire parler nos coeurs et être honnête. C’est ça la clé je pense. Si je te vois et qu’on va boire un verre ensemble, je serais aussi honnête avec toi à ce moment là que je le suis dans mes chansons.

 

On The Move : Sur ce nouvel album vous avez collaboré avec des compositeurs et producteurs du groupe Hit Factory que dirige Max Martin. Vous avez généralement l’habitude de composer seul vos titres, ce n’était pas trop dur de devoir s’asseoir avec d’autres pour écrire ?

Danny O’Donoghue : Pour ceux qui ne connaissent pas The Script, on écrit et on produit de toutes les façons ensemble. Travailler avec d’autres compositeurs et producteurs était donc très facile et agréable. Il y a vraiment de très bons compositeurs dans cette équipe qui font parti du top 40 des meilleurs aux Etats-Unis. Ils ont fait beaucoup de choses super cool, plutôt EDM-pop et ça nous a beaucoup plu et on a pensé que ça serait un super mix.

On The Move : Vous allez célébrer vos 10 ans en tant que groupe l’année prochaine et avez plusieurs albums et singles qui ont été #1. Quelle est selon vous la formule pour durer ?

Glen Power : La tolérance ! (rire)

Danny O’Donoghue : On ne sait pas encore (rire). C’est de la même façon dont tu tolères des membres de ta famille. C’est la vie et personne n’est parfait !

Mark Sheehan : Je pense qu’il faut ne pas avoir peur de faire la musique ou le type d’art que l’on veut pour le meilleur ou pour le pire. Si les gens viennent te voir parce qu’ils adorent ce que tu fais, continue de le faire  et n’aies pas peur d’être toi même. Ce qu’il se passe souvent quand tu deviens un artiste populaire est que tu commences à écouter les mauvaises critiques et les haineux et tu te demandes « peut-être que je devrais changer ce que je fais ». Si tu es un compositeur, un poète, un écrivain ou autre et que tu lis les commentaires négatifs, ça commence à affecter ton coeur et je pense qu’à ce moment là tu es dans la merde (rire). C’est aussi une histoire de compromis quand tu travailles avec d’autres personnes. Tu peux aller t’acheter une maison, vivre dans la campagne retiré de tout le monde et ne pas participer à la communauté, s’il n’y pas de compromis tu ne seras pas heureux. Même si quelqu’un n’est pas d’accord avec ce que tu dis ou ce que tu fais, vous devez toujours travailler ensemble.

Glen Power : Je pense que ce qui continue à faire durer la magie est le live et le fait de jouer ensemble sur scène, ça couvre tous les petits désagréments que tu peux avoir.

 

On The Move : En parlant de tournée, comment se passe la vôtre ?

Glen Power : Bien, très bien. On retourne jouer chez nous le mois prochain (rire) et c’est toujours génial de retourner dans notre pays, on est très excités. On commence véritablement la tournée l’année prochaine et ça va être génial !

Mark Sheehan : On a fait plusieurs dates en Irlande, en Angleterre et on revient des USA. C’était super !

Danny O’Donoghue : Je pense que ce qui est spécial est que c’est toujours un plaisir pour nous de jouer notre musique en live, même après toutes ces années. Ce qu’il s’est passé durant ces deux dernières années… c’est comme si nous étions un nouveau groupe avec une nouvelle enveloppe d’une certaine façon. Même les anciennes chansons nous semblent nouvelles puisque ça fait deux ans qu’on a pas joué. C’est vraiment excitant d’être sur scène et on essaye de ne pas prendre ça pour acquis. Ce qui est incroyable c’est que les gens sont toujours heureux de nous revoir et aiment toujours autant le groupe et notre musique.

 

The Script sera bientôt en tournée européenne avec un passage à l’Olympia de Paris le 27 février. Un rendez-vous à ne pas manquer !