Rencontre avec le nouvel atout australien de l’indie-pop, Amy Shark !

Si vous avez déjà tendu une oreille vers son titre phare « Adore », vous êtes sans doute restés hantés par son texte entêtant et sa mélodie fantomatique. Amy Shark, de son vrai nom Amy Billings, s’impose comme la dernière révélation australienne de l’indie-pop et ce, sans le moindre artifice.Ses textes cathartiques sont portés par des mélodies aussi hybrides que surprenantes, qu’elle compose elle-même, et une identité visuelle qu’elle a bâti notamment grâce à son passé de vidéaste. Elle était de passage par Paris pour un show intimiste, juste après une tournée en première partie de Vance Joy et quelques jours avant d’être invitée par James Corden dans son Late Late Show. Nous nous sommes assis avec Amy Shark, comme avec une amie, pour parler de sa musique, ses inspirations, la manière dont elle crée et son passage fulgurant de l’ombre à la lumière. Une artiste qui gagne à être connue… et écoutée !

© Damien Paillard pour On The Move

On The Move : Salut Amy ! On est très heureux de te rencontrer. Bienvenue à Paris ! Le public français te connaît pour ton titre « Adore » mais en sait finalement peu sur toi. Peux-tu nous raconter comment tu as débuté dans la musique ?

Amy Shark : Bien sûr. Pour être honnête, je n’ai jamais été cet enfant voulant être musicien depuis toujours. J’aurais plutôt voulu être actrice, en fait. Mais j’ai été assez chanceuse d’avoir des parents avec une très bonne bibliothèque musicale. J’ai toujours écouté, grâce à eux, de très bons groupes et artistes. Disons que j’ai été bien entraînée (rires) Mais à un moment donné, mes grands-parents m’ont dit : « Tu dois apprendre à jouer d’un instrument de musique, que cela te plaise ou non. » Et je me suis dis : « Ok, ce sera la guitare alors. » J’ai suivi quelques cours et je suis très rapidement devenue obsédée par cet instrument. J’étais tout le temps dans ma chambre, à jouer des chansons, mais j’étais très nerveuse à l’idée de chanter. Je ne le faisais pas souvent. Je n’aurais jamais pensé pouvoir être chanteuse car je ne sonnais pas comme Mariah Carey ou ce genre d’interprète à voix. J’ai une voix différente et étant plus jeune, je pensais en quelque sorte que je n’étais pas autorisée à chanter. (rires) Je suis restée sur cette idée jusqu’au moment où j’ai découvert la musique punk et je me suis dis « Ok, cette voix est loin d’être parfaite mais j’adore leurs chansons et leurs mélodies ! » Donc je me suis lancée. Cela m’a ouvert l’esprit, m’a permis de penser que d’autres types de voix pouvaient s’exprimer en chanson.

On The Move : Quel est l’histoire derrière « Adore » ?

Amy Shark : Et bien, je ne suis pas habituée à écrire des chansons romantiques. « Adore » est la première pour moi. Et évidemment, elle a tellement bien fonctionné auprès du public que je pense que je vais continuer avec cette thématique (rires) En fait, ce titre a été écrit en à peu près 10 minutes, et je pense juste que j’étais en train de me remémorer des moments très spéciaux de ma vie, comme la première fois où je suis tombée amoureuse. C’est un sentiment très spécial. Je revivais pas à pas une nuit dont je me souviens et qui a été très importante pour moi. C’est une chanson très honnête. C’est sans doute pour cela qu’elle est sortie du lot.

On The Move : Shark n’est pas ton véritable nom de famille. D’où vient ce pseudonyme ?

Amy Shark : Non, c’est vrai, mais j’aimerais tellement ! J’ai vu « Les Dents de la Mer » très jeune et j’ai été très effrayée, évidemment, mais aussi fascinée. Cela a déclenché chez moi une sorte d’obsession pour les requins. J’ai vu « Les Dents de la Mer » puis «  Les Dents de la Mer 2 » et « 3 », « La Revanche » etc. Je suivais même ce que l’on appelle les « Shark Weeks » à la télé, où ils diffusent tout un tas de documentaires sur les requins. Donc quand j’ai voulu séparer mon nom de famille de ma musique, cela m’a semblé juste et naturel de choisir « Shark » (rires)

On The Move : Peux-tu nous en dire plus sur la façon dont tu approches la musique ? Est-ce par les paroles, la mélodie ? Suis-tu un processus spécifique ?

Amy Shark : Cela change un peu ces derniers temps, en fait. D’habitude, tout arrive d’un coup. Je joue quelque chose qui me plaît d’abord et puis je trouve très rapidement la manière dont j’ai envie de chanter dessus. La plupart du temps, je crée mes meilleurs morceaux lorsque je suis en train de passer une bonne journée. Ce sont ces compositions là que je garde généralement. Mais le sentiment dont je raffole, c’est cet inattendu, ne jamais savoir quand une chanson va émerger. Il y a des choses dans mon subconscient tous les jours. Donc, je suis tout le temps en train de penser « Peut-être qu’aujourd’hui, j’écrirai une bonne chanson ». Je ne sais jamais. Et depuis que je suis en tournée, des paroles différentes me viennent. Je n’utilise pas tout, nécessairement. Beaucoup de textes restent juste des notes dans mon téléphone mais être sur la route m’inspire, différemment.

© Damien Paillard pour On The Move

On The Move : Il y a quelque chose de très brut et personnel dans ta musique. Ta démarche créative se fait surtout seule. Est-ce-que tu puises de l’inspiration exclusivement de tes propres expériences ou t’arrive-t-il de te mettre dans la peau de quelqu’un d’autre pour écrire ?

Amy Shark : Ma musique est toujours à propos de moi. C’est comme cela que j’ai débuté. Il n’y a pas de raison que je puise mon inspiration ailleurs pour la simple raison que je le fais pour moi. J’écris à propos de choses que j’essaie de digérer, en quelque sorte. C’est un processus thérapeutique. Je n’écris pas des chansons en pensant faire un tube ou quoique ce soit. Je suis juste toujours très impliquée dans les situations à propos desquelles j’écris.

On The Move : Ta musique est très dense et variée. Tes morceaux ne sont d’ailleurs pas structurées de manière traditionnelle avec couplets-refrains-couplets-ponts etc. Tout peut changer en une seconde, passant d’une électro audacieuse à des instrumentales plus mélodiques. Comment travailles-tu pour construire tes morceaux ?

Amy Shark : Quand j’écris une chanson, j’aime penser à ce que j’ai envie d’entendre ensuite, où est-ce-que je veux aller. Je pense que je suis assez bonne juge pour reconnaître une bonne chanson, en terme de structure, qu’elle suive les « règles » ou pas, d’ailleurs. Personnellement, je construis mes morceaux différemment du classique couplets-refrains-couplets etc. Elles commencent souvent de manière très « edgy ». Je veux que les premiers mots soient percutants car c’est comme cela que j’aime les chansons, en général. Je me dis « oui, tu m’as eu, dès la première ligne ! » C’est, je pense, ce qui ressort des très bonnes chansons que j’écoute, et desquelles j’ai tiré des leçons. C’est définitivement là où je veux aller ! Donc j’essaie de faire en sorte que mes morceaux soient spéciaux, dès la seconde où ils démarrent. Je n’ai pas envie de faire attendre et attendre les gens qui m’écoutent, pour que le morceau explose enfin. Je veux des paroles intelligentes, audacieuses et brutes, dès le départ. Du genre, « c’est parti, on y est, vous êtes prêts ? Boom ! Vous êtes encore là ? C’est parfait ! » (rires)

On The Move : Bien que tu composes ta musique seule, est-ce-que tu serais intéressée de collaborer avec d’autres ?

Amy Shark : Définitivement. Mais c’est quelque chose d’un peu délicat pour moi, car je ne l’ai jamais fait, c’est un territoire qui m’est tout à fait inconnu. Et comme mes chansons sont si personnelles, je pense que je me sentirais un peu stupide de m’asseoir à côté de quelqu’un d’autre pour lui ouvrir mon cœur. (rires) Je pense que je me sentirais bizarre mais je le ferai, sans doute, un jour, quand je serai plus à l’aise avec cette situation.

On The Move : Y-a-t-il des artistes contemporains avec qui tu aimerais travailler spécifiquement ?

Amy Shark : J’adore Pharrell Williams, je suis fan, il est génial. Je suis aussi une grande fan d’Eminem. Et je pense que Lorde est incroyable. Il y a aussi des producteurs que j’apprécie comme Jack Antonoff  de Bleachers. [Il a travaillé avec Lorde, Banks, St Vincent, Taylor Swift ndlr] Je pense qu’il est un très bon parolier, je pourrais très probablement faire des choses avec lui ! Nous verrons !

On The Move : Tu travaillais auparavant en tant que vidéaste. Tu as d’ailleurs réalisé tes propres clips musicaux. Comment tu vois la synergie entre musique et visuel ? Qu’est-ce-qu’un clip peut apporter à un titre, selon toi ?

Amy Shark : Je suis quelqu’un de très visuel. J’adore le cinéma. Habituellement, quand j’écris, je vois quasiment instantanément ce à quoi la vidéo va ressembler. Je sais ce dont j’ai envie. Par exemple, pour mon single « Drive You Mad », je savais ce que j’allais mettre en place visuellement à la seconde où j’ai commencé à travailler dessus. Je pouvais le voir de suite. C’est toujours très excitant pour moi et ce sont toujours des projets tellement amusants. Et puis, c’était mon métier avant, je peux le faire donc pourquoi s’en priver ? Le soucis maintenant, c’est que je suis plutôt occupée (rires) mais avant, c’était toujours tellement fun d’essayer de monter des clips avec les moyens du bord. Je me retrouvais toujours à demander « Oh ! Tu as une nouvelle caméra ? Est-ce-que je peux te l’emprunter ? J’aurais besoin de toi aussi pour t’occuper des lumières ! Je paie en bières et pizzas ! » De toute façon, je n’avais pas les moyens pour autre chose. Ça me manque un peu, à vrai dire, parce-qu’on s’amusait tellement et qu’il y avait toujours des choses inattendues qui arrivaient dans ce genre d’aventures ! Maintenant, il y a évidemment plus de budget dans mes productions. Je n’ai plus à gérer autant de choses que par le passé. Je ne sais pas, peut-être que je lâcherai un peu la main un jour. J’aurai toujours besoin d’être très impliquée dans le processus de création des vidéos mais je vais essayer d’être moins « control freak » avec le temps (rires) Et ça pourrait aussi être intéressant de voir la vision de quelqu’un d’autre sur ma propre musique. J’ai besoin de faire ça.

On The Move : Maintenant que l’on sait tout ça, tu peux nous en dire plus sur le clip d’ « Adore » ?

Amy Shark : Avec « Adore », je savais que je ne voulais rien de fou car la chanson est déjà si puissante en elle-même, il m’a semblé qu’elle n’avait pas besoin d’un clip extraordinaire, mais simplement de belles images. C’est pour cela que j’ai sollicité une de mes amies, qui est chorégraphe, pour concevoir le clip avec ses danseuses. On a tourné dans mon ancienne école. Ça a fait ressortir beaucoup de souvenirs en moi. C’était génial ! Et on a fait tout ça sans budget. Maintenant, la vidéo a plusieurs millions de vues, c’est incroyable. Mais il y a tout de même des plans qui me font dire : « Pourquoi j’ai fait ça ? » Si j’avais su que la chanson exploserait de la sorte, j’y aurais mis plus d’efforts (rires).

On The Move : La danse est presque un élément récurrent dans tes clips, celui d’ « Adore », de « Spits On Girls » etc. Est-ce-que tu pratiques toi-même la danse ?

Amy Shark : En réalité, j’ai toujours été très mauvaise danseuse. Mais bizarrement, avec ma propre musique, je ne peux juste pas m’arrêter de danser. J’adore ça. Elle me donne envie de bouger. C’est super excitant car j’ai toujours apprécié écouter des chansons entraînantes et bouger librement dessus. Et maintenant, je le fais sur mes propres chansons. C’est juste tellement stupide, je dois avoir l’air ridicule de dire ça (rires)  Mais définitivement, je n’ai jamais été une bonne danseuse. J’ai grandis avec énormément de filles qui pratiquaient la danse mais j’étais la « loser » qui ne pouvait pas danser (rires) J’étais celle qui attendait que ses copines finissent leur cours de danse pour pouvoir sortir et traîner avec elles (rires)

On The Move : Tu fais partie d’une génération d’artistes féminines qui n’ont pas peur d’être honnêtes, voir vulnérables dans leurs textes, mais aussi audacieuses dans leur musique. On pense à Lorde, Halsey ou encore Tash Sultana. En même temps, tu mets énormément les femmes en avant dans tes clips, quasiment exclusivement d’ailleurs. Est-ce-que tu souhaites mettre ta musique au service de la cause féminine ? Ou est-ce-qu’elle est déconnectée de toute question sociale et politique ?

Amy Shark : Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement politisée ou engagée. Je crois que j’aime juste ce qui est esthétique, ce qui peut complimenter la musique. Par exemple, toutes les filles qui apparaissent dans mes clips sont juste un représentation de moi-même. Elles me rappellent moi à un certain âge, où j’étais plus insouciante, à travers ces mouvements libres. C’est l’esprit que je voulais pour mes morceaux. Mais évidemment, je veux que les femmes soient au devant de la scène. C’est très important. Je veux dire, les artistes féminines écrasent tout en ce moment ! Les filles sont en feu ! Je jouais à un festival il y a quelques temps et j’ai entendu un technicien de scène dire « On va me traiter de pervers aujourd’hui, ce sont toutes des filles. » C’était complètement gênant mais il m’a quand même fait réalisé que oui, il n’y avait que des femmes sur la scène principale, se produisant pour cet énorme festival. C’est génial ! Ce type était complètement louche mais j’ai compris à quel point les femmes renverse la balance et font des éclats dans l’industrie musicale en ce moment !

On The Move : Tu as sorti ton EP «  Night Thinker » en Avril dernier. Est-ce-qu’un album est en route ?

Amy Shark : Oui, je suis sur le point de finir mon premier album. L’EP était définitivement un avant-goût de ce que va être l’album et je pense qu’il va être génial, j’en suis très fière. Mais j’ai un avis totalement biaisé (rires) J’ai travaillé avec un producteur mais j’ai écris toutes les chansons.

On The Move : Tu as eu la chance de te produire sur de nombreuses scènes ces derniers temps, et plutôt loin de ton Australie natale. Est-ce-qu’être sur la route t’apporte de nouvelles inspirations, nouvelles façon d’écrire et composer ?

Amy Shark : Depuis que je suis ici en Europe, j’écris davantage et j’ai maintenant quatre ou cinq nouveaux morceaux qui valent la peine d’être explorés, je pense. Donc plutôt que de clôturer l’album définitivement, j’enregistrerai ces chansons à mon retour et cela me permettra de définir si elles ont leur place dans la tracklist ou non. Etre sur la route est définitivement inspirant, et fatigant aussi. C’est un gros travail. Les gens s’en font une idée assez fausse, je pense. Mais évidemment, je préfère vivre ça que d’être dans un entreprise à faire des photocopies (rires) C’est un rêve et je ne vais clairement pas m’en plaindre, surtout que j’ai la chance de jouer mes propres chansons. J’ai passé des années à jouer les morceaux d’autres artistes dans des pubs ou restaurants. Maintenant je joue mes propres titres dans de superbes salles donc c’est incroyable !

On The Move : Qu’est-ce-que l’on peut attendre de ton show?

Amy Shark : Mon show est comme un ascenseur émotionnel. Pendant une minute, tu es tout en haut, puis ça redescend d’un coup ! Une minute, c’est la fête, et l’autre, c’est très mélancolique. Le concert est plein de surprises, vous allez l’apprécier !

Amy Shark sera de retour à Paris le 22 Mars prochain au Badaboum.  Son EP  « Night Thinker » est toujours disponible.