Le phénomène hip-hop revient avec un nouvel album solo, « Gemini » 

Qui n’a jamais dansé sur un titre de Macklemore et son acolyte, Ryan Lewis ? De l’hymne positif « Can’t Hold Us », au mythique « Thrift Shop » sans oublier le très poignant « Drug Dealer », les deux complices se sont, en seulement quelques années, imposés comme des entertainers de génie, et ont plus d’une fois prouvé qu’ils avaient énormément de ressources et de talents en réserve. Même si avec leur dernier album en duo « This Unruly Mess I’ve Made », Macklemore et Ryan Lewis avaient eu du mal à convaincre un très large public, en solo, Benjamin Hammond Haggerty, de son vrai nom, n’avait pas tardé à faire des étincelles.

Loin de rester silencieux, le rappeur s’était fait porte parole de toute une génération en illustrant des thèmes toujours plus importants dans ses clips et titres. De l’homosexualité sur « Same Love », aux problèmes interraciaux sur « White Privilege II », sans oublier les problèmes de drogues sur « Kevin » et plus récemment « Drug Dealer », Macklemore sait mettre sa voix à profit pour parler de ces causes sociétales, et avait même produit un documentaire pour MTV sur la crise des opioïdes.

Après un premier album solo paru en 2005, le rappeur revient aujourd’hui avec « Gemini » et, une chose est sûre, il a su s’entourer de très bons artistes sur ses compositions. De Kesha à Skylar Grey, les 16 titres que renferment cet opus sont plus que jamais variés, et ne promettent que du bon !

L’opus s’ouvre sur « Ain’t Gonna Die Tonight », un titre survitaminé et agressif, mais qui a pour effet de nous accrocher dès les premières notes. Le morceau est porté par des trompettes, des cuivres et des choeurs d’enfants ainsi que la voix si particulière de Eric Nally qui vient accompagner celle de Macklemore et donner du relief à l’ensemble. Cet hymne au self-love et à la confiance n’est pas sans nous rappeler « Dowtown » dans sa composition, d’autant plus que Eric Nally y posait déjà sa voix. En tout cas, c’est une excellente entrée en matière pour cet album solo.

Sur le titre suivant, « Glorious », Macklemore réitère une formule gagnante, bien connue de son public. En featuring avec Skylar Grey, le rappeur superpose des percussions dansantes, son flow toujours aussi impétueux, le tout sur une base de piano relevée de chœurs assez entêtants. Sur ce titre qui sonne un peu comme un come-back féroce, le rappeur célèbre son succès, et ne se cache pas pour le dire ! Si certains pourront regretter une base de travail un peu trop réchauffée, le morceau n’en est pas moins très efficace.

L’écoute se poursuit avec « Marmalade ». Empreint de nostalgie, Macklemore nous parle de faire cavalier seul, et de chercher sa voie, sur une mélodie simpliste, entêtante, où s’additionnent piano et beats minimalistes. A mi-chemin, le flow de Lil Yachty, l’un des rappeur les plus en vue du moment, vient accompagner celui de Macklemore. Simple, le morceau permet de faire une pause dans l’écoute de cet opus.

Dans la même idée, « Intention » laisse peu à peu apparaître une facette plus calme et posée du rappeur, en jouant sur des sonorités en deux teintes, presque pop parfois. Toujours honnête, le rappeur se sert ici de la voix de Dan Caplen pour parler de ses problèmes de drogues et d’alcool. Avec beaucoup d’espoir, le chanteur annonce vouloir changer, mener une nouvelle vie et reprendre de zéro.

Dans sa composition, « Willy Wonka » est beaucoup plus agressif et dans l’ère du temps. Si la mélodie peut sembler simpliste au départ, le refrain est là pour nous prouver le contraire. Accompagné de Offset, le morceau reprend les codes de base du rap, avec des beats profonds et une instrumentale un brin rétro, mais tout aussi énervée. Ce qui surprend surtout est la versatilité et la facilité avec laquelle l’artiste jongle entre les styles et alterne les différents univers. On retrouve d’ailleurs le même univers sur « How To Play The Flute », ou l’instrument assez incongru ici s’insère entre les sonorités hip-hop.

Sur « Good Old Days », on retrouve la délicieuse voix de Kesha. Après de longue années d’absence, la chanteuse est revenue cette année avec un tout nouvel album « Rainbow ». Pour ce qui est de sa collaboration avec le rappeur, les deux artistes semblent avoir décidé de piocher dans leurs univers respectifs pour un titre mélancolique. Si la batterie trace le chemin vers un refrain très rythmé, les accords de piano amènent eux de la légèreté et mettent en lumière la voix de la chanteuse qui nous avait particulièrement manqué.

Avec « Levitate », place au funk ! A ne l’écouter que d’une oreille, ce morceau ne serait pas sans nous rappeler le désormais célèbre « 24k Magic » de Bruno Mars, bien que terriblement plus sage. Agrémenté d’une batterie très chill, le morceau est tapissé d’une rythmique survitaminée et presque infectieuse qui vous donnera, c’est sûr, envie de danser jusqu’au bout de la nuit.

Nouveau changement de style avec le titre suivant, « Firebreather ». Accompagné de Reignwolf, le rappeur pose ici un flow à l’esprit très rock. Sur des accords de guitares profondes, les sonorités hip-hop viennent s’y superposer et mettre en relief le refrain puissant du titre. Un titre aux antipodes de « Ten Million » ou, pour l’unique fois de cet opus, Macklemore s’illustre en solo. Moderne, le morceau emprunte un peu de sonorités EDM, et les mêlent habilement à l’univers de l’américain.

Sur « Over It », Donna Missal et Macklemore se donnent la réplique sur fond d’une mélodie minimaliste et très discrète, alors qu’avec « Zara », en featuring avec Abir, le rappeur continue de ralentir le tempo, et prend son temps pour nous proposer des titres un peu plus expérimentaux. Étonnamment, si en compagnie de Ryan Lewis, il nous avait habitué à des mélodies rayonnantes et particulièrement dansantes, cet opus est également là pour nous prouver qu’il est capable d’aussi exceller sur des productions globalement dépouillées.

« Corner Store » fait une nouvelle fois la part belle à la nostalgie sur une mélodie agrémentée de trompettes, et en deux teintes. Mais c’est avec « Miracle » que le rappeur crée la surprise. Presque à demi-mots, Macklemore se confie sur ses problèmes, et nous propose un titre habité d’une mélodie discrète, qui parfois même s’efface aux profits de la voix de Dan Caplen. En fin d’enregistrement, les quelques accords de guitare et de piano en deviennent même un peu angoissants. On retrouve cette même simplicité et honnêteté sur « Church », l’avant dernier morceau de cet opus, renforcé par la voix mi-jazz, mi-funk de Xperience, et le dernier couplet parlé.

Pour refermer cet opus, Macklemore nous offre « Excavate », un titre dans la veine de « Same Love » pour ces choeurs habités et pleins de douceurs. La texture vocale de l’américain, teinté de hip-hop, y contraste avec la voix très mélodieuse et pure du chanteur Saint Claire. Tout en délicatesse, les deux artistes nous disent avoir trouvé la paix, et Macklemore nous parle de sa famille, de sa carrière, et du monde qui l’entoure. De manière sincère, il parle également de son rapport à la célébrité, et clôture très simplement « Gemini ».

Sans son acolyte Ryan Lewis, Macklemore a décidé de faire son bout de chemin en solo, et ça fonctionne plutôt bien ! Entre titres bien ancrés dans un univers hip-hop, et des morceaux plus expérimentaux, le rappeur a décidé de s’essayer à différentes sonorités. Du rock, au funk, sans oublier des rythmiques plus orientées pop, l’artiste nous présente ici  l’étendu de son talent, et montre une fois de plus qu’il n’a pas froid aux yeux. Entouré de chanteurs aux univers très différents, ou d’autres rappeurs, Macklemore s’amuserait presque à jongler entre les styles, et cela n’est pas pour nous déplaire. Dans l’ensemble, Macklemore parvient à convaincre en solo avec un très bon album, qui bénéficie surtout de très bons titres en début d’enregistrement ! Well done.

 « Gemini » est disponible en téléchargement sur iTunes.