Plongez dans l’univers troublant d’Oscar and The Wolf ! 

De l’homme à la créature, d’Oscar à « the Wolf », Max Colombie nagent entre deux eaux inspirées. Avec « Entity » en 2014, le magicien belge à la pop planante a incontestablement conquis le Nord-Est de l’Europe. En attendant la sortie de son second album « Infinity » -qui pourrait bien enfin mettre la France à ses pieds-, Oscar baisse la garde et laisse Max s’exprimer sur ses influences, ses peurs et ses ambitions. Des confidences parfois étranges, souvent inspirantes faites à On The Move. 

On The Move : Salut Max ! On est très heureux de te rencontrer aujourd’hui. Ton second album « Infinity » sera dans les bacs le 29 Septembre prochain. Que peut-on en attendre en termes de sonorités et d’ambiances ? 

Max Colombie : Cet album sera plus éclectique que le précédent. J’aime le définir comme un « shuffle album ». Ce ne sera pas l’expérience d’un même son du premier au dernier titre. Je voulais produire quelque chose qui fonctionne davantage chanson par chanson qu’en terme d’ensemble. Je ne veux pas que les gens soient dans le même trip pendant 45 minutes. En terme de sonorités, cet album est plus léger que le premier, plus solaire. « Entity » portait davantage de tristesse. Ici, les chansons seront un peu moins tristes mais toujours mélancoliques. Cette nuance sombre est un peu moins flagrante, il y a plus de lumière. C’est comme imaginer quelqu’un en train de pleurer sous un soleil resplendissant, ce genre de contraste étrange. Ou comme par exemple dans la série télé « Six Feet Under », si vous la connaissez. Le sujet constant de la série est la mort mais tout est toujours tourné de jour, dans des ambiances très lumineuses. C’est exactement ça, j’adore ces contrastes.

On The Move : Pour ton premier album « Entity », c’est une peine de coeur qui avait nourri ton processus d’écriture et de composition. Qu’est-ce-qui t’a inspiré et guidé pour « Infinity » ?

Max Colombie : Pour faire simple, le nom de mon nouvel album « Infinity » évoque le fait que j’aimerais vivre pour toujours, en quelque sorte. Par exemple, quand je vais en vacances et vois une plage très belle, je suis immédiatement triste car je sais que cette situation n’est pas éternelle. Le moment me manque déjà alors que je suis en train de le vivre. Et ça craint ! Mais cela se passe toujours comme ça pour moi, que ce soit en amour ou dans n’importe quelle belle situation. Tout a une fin et je suis déjà nostalgique alors que j’y suis encore. Donc oui, le fait que les choses ne soient pas éternelles représente sans doute ma plus grande appréhension, ma part la plus sombre maintenant, et c’est là d’où je tire l’inspiration.

On The Move : Dans le titre « Princes » issu de « Entity », tu écris « Run for the gold, run for the money, run for the infinity ». Est-ce-que le sens de cet « infini » a changé pour toi avec le temps ?

Max Colombie : C’est effectivement quelque chose qui m’habitait déjà dans mes premières productions mais maintenant, je creuse davantage ce sujet. Donc oui, ça a toujours été là quelque part, j’ai toujours eu cette peur de la mort.

On the Move : Il semble que tu suives un processus très particulier quand tu écris. Tu envisages d’abord les paroles comme des assemblages de voyelles, des sons plus que comme des mots. Est-ce toujours le cas sur « Infinity » ? 

Max Colombie : Oui, à chaque fois que j’ai une esquisse de morceau, j’invente un espèce d’anglais qui n’existe pas et je joue avec les voyelles. C’est un peu du hasard mais si, par exemple, je trouve que l’assemblage de « a »-« e »-« i » est assez fort, je ne le changerai jamais en « i »-« o »-« a » car ce ne serait plus assez bon. Donc, par la suite, je dois trouver des mots qui correspondent à ces voyelles. Oui, je pense que je ne pourrai plus jamais travailler autrement.

On The Move : Les sonorités de la langue que tu utilises prennent une importance capitale avec cette manière de faire. Pourquoi as-tu donc choisi de t’exprimer en anglais, qui n’est pas ta langue maternelle ?

Max Colombie : Quand je crée de cette façon, en jonglant avec les voyelles, ça sonne comme de l’anglais à mes oreilles. Mais j’adorerais essayer ça dans d’autres langues. Je parle un peu l’espagnol mais j’ai le sentiment qu’il faut que je connaisse la langue plus profondément pour passer le cap. Mais je prévois d’essayer ça très prochainement. J’en suis au niveau 2 de Duolingo (rires)

On The Move : L’expérience « Oscar and The Wolf » tient également beaucoup aux visuels qui l’entourent. Qu’est-ce-qui t’inspire pour construire cette esthétique ? 

Max Colombie : Esthétiquement, Oscar and The Wolf est la combinaison de beaucoup de choses. Los Angeles par exemple, l’ambiance de la ville, la lumière, l’architecture, les levers et couchers de soleil… Les tableaux de David Hockney et Edward Hopper aussi. Il y a également les séries télé comme True Blood, ou cet épisode de Black Mirror [San Junipero, épisode 4, saison 3 ndlr.]. C’est fou comme c’est littéralement le sujet de mon album alors que je n’ai découvert cet épisode qu’après avoir écrit « Infinity ». C’est aussi troublant de ressemblance dans la manière dont c’est filmé. Les couleurs, ce violet. Les clubs, qui font écho aux vibes du nouvel album, les plages, la mélancolie qui vient avec. J’aurais aimé écrire la bande originale de cet épisode !

On The Move : En parlant de films et séries télé, tu as déjà dit ne pas être intéressé par le cinéma car c’est un processus créatif qui demande beaucoup de temps. Mais au vue des clips que tu proposes, est-ce-qu’un « visual album » serait quelque chose d’envisageable pour toi ? Comme Beyoncé ou Frank Ocean l’ont fait.

Max Colombie : En vérité, je suis quelqu’un de très sceptique quand il s’agit de traduire la musique en images. Ma musique provient déjà elle-même de tellement d’images différentes, par des artistes différents, ce n’est pas juste la retranscription d’une référence, d’un souvenir donné. C’est étrange et je sais qu’en un sens, je dois sortir ces clips pour mes chansons et j’aime les faire mais ils ne représenteront jamais parfaitement ce que le morceau est. Les différentes sonorités appellent déjà à suffisamment d’images diverses.  Mais d’un autre côté, mettre la musique en images peut aussi créer un tout autre monde, qui est lui-même intéressant.  Mais je ne pense pas ça indispensable ! C’est étrange car parfois, je pense que la chanson devient meilleure accompagnée d’un clip et d’autres fois, pas vraiment. C’est juste délicat car tu as déjà composé une chanson que tu penses efficace en elle-même et les gens peuvent avoir une vision tellement autre de ce morceau une fois qu’ils en ont vu la vidéo. C’est ce qui me rend sceptique à ce propos. Donc, non, je ne voudrais pas faire de « visual album ». D’autant plus que si j’aime les clips, je n’aime pas être filmé. Vraiment pas !

On The Move: Du coup, pour toi, mettre la musique en images peut entraver la liberté qu’ont les gens d’interpréter le morceau. 

Max Colombie : Oui, exactement, de la même manière que parfois, les auteurs n’aiment pas voir leurs livres être adaptés au cinéma. Certains s’en moquent car évidemment, ils peuvent gagner un bon paquet d’argent grâce à ça. Mais je comprends qu’un auteur puisse ne pas retrouver la vraie essence de son travail. Et de toute façon, ce n’est pas possible. Le résultat ne peut pas être l’exacte projection des intentions de l’auteur et du réalisateur en même temps, ce sont deux choses différentes. Il y a déjà tellement de fréquences différentes dans un cerveau, alors quand il faut que deux se rencontrent ! Ça ne peut pas fonctionner idéalement pour tout le monde.

On The Move: Le fait est que, dans ce processus, ton travail de musicien devient celui d’un autre, d’un réalisateur par exemple. Comment collabores-tu avec les réalisateurs de tes clips ?

Max Colombie : Parfois, c’est intéressant car si je suis particulièrement fan du travail d’un réalisateur, je peux accepter cela, en quelque sorte. Je lâche prise. Mais j’ai quand même besoin d’être intégré au processus. Et ne pas tout laisser faire à 100%. Donc je donne mes idées au réalisateur. Comme pour le dernier single [Runaway ndlr.] où j’ai dis à Frederik Heyman que je voyais beaucoup de vent, de pluie, et des couleurs spécifiques. On travaille vraiment ensemble en amont et puis, le réalisateur réussit à trouver l’équilibre entre sa vision et la mienne. A coller les idées. Les miennes peuvent être très chaotiques. Mais, c’est marrant car je n’aime pas du tout tourner les vidéos en fait. C’est fatigant. Je veux dire, tu arrives à 7h du matin et… Pour le clip de « Breathing » par exemple, je suis passé par 8 heures de maquillage. C’était pourtant mon idée d’avoir ces satanés diamants partout sur le visage mais quand même, 8 heures ! Je n’aime pas vraiment l’atmosphère des shootings vidéo. Donc j’aimerais réaliser des vidéos en soi mais je n’aime juste pas l’environnement du métier (rires).

On The Move : Même si tu n’apprécies pas beaucoup les tourner, y-a-t-il un clip dont tu es particulièrement satisfait ? 

Max Colombie : J’aime beaucoup « Princes » et « Breathing ». Mais le dernier que nous avons sorti pour « Runaway » est mon favori, je pense. Je suis arrivé sur le set très tôt le matin pour que l’on m’accroche à une corde et que l’on me suspende dans les airs, la tête en bas, sous une pluie glaciale…. pendant des heures ! Le sang me montait à la tête. Et je me suis dit : « Pourquoi ai-je toujours des idées aussi stupides ? » Mais j’aime beaucoup le rendu.

On The Move : L’artwork de l’album « Infinity » est également très travaillé, et très étrange avec cet atmosphère dans laquelle tu sembles incarner une créature de la nuit, avec cette police d’écriture semblable à celles des vieux film d’horreur. Comment t’est venue cette idée?

Max Colombie : J’avais en fait deux idées opposées pour cet artwork. Je voulais essayer quelque chose de très léger, très fleuri et une autre beaucoup plus sombre. Pour moi, le titre fait référence aux vampires, aux créatures immortelles. C’est ce que je voulais cristalliser dans ce visuel mais l’immortalité a un prix et cela explique mes larmes. Parce-que j’ai forcément perdu quelque chose ou quelqu’un en gagnant l’immortalité. Ça a une côté fantastique, conte de fée presque mais cette couverture plus sombre fonctionnait davantage pour moi. Nous avons fait l’essai de la couverture fleurie mais quand j’écoutais l’album avec, cela ne me plaisait pas. La musique est déjà assez solaire donc je voulais instaurer un réel contraste entre le son et le visuel. J’adore quand, dans un film, quelque chose de dramatique arrive sur une musique positive, ou l’inverse. C’est étrange mais j’ai toujours aimé cela. Et c’est ce que je voulais reproduire ici !

On The Move : En dehors de tes albums, tu as déjà collaboré avec d’autres. On pense à l’excellent morceau  « You’re mine » avec Raving George ou la reprise de  « Back to Black » avec Tsar B. Pouvons-nous attendre de nouvelles collaborations dans le futur ? 

Max Colombie : Oui, en fait, je suis déjà en train de travailler avec d’autres. Avec de grands noms, mais je ne peux pas en dévoiler beaucoup plus pour l’instant. Mais je m’amuse énormément. Je suis très heureux d’avoir ces opportunités. Quand j’aurais terminé de promouvoir ce second album, peut-être dans un an et demi, je dévoilerai ces collaborations mais je travaille déjà dessus. J’ai hâte. C’est un peu étrange d’avoir un si long délai, de se dire que ça ne sortira sans doute que dans deux ans. Mais ça me va ! Je voulais vraiment travailler avec ces personnes depuis longtemps et maintenant, elles ont un peu de temps à me consacrer… Donc je saisie ma chance. Quand je collabore avec d’autres, c’est le moment idéal pour moi de sortir de ma zone de confort. D’une certaine manière, les gens ne peuvent pas me reprocher de ne pas faire du « Oscar and The Wolf ». Parce-qu’il y a un autre nom à côté du mien (rires) Même s’ils demandent « Pourquoi il fait un truc aussi bizarre? » Je peux dire « Hey, ce n’est pas seulement moi! » (rires) C’est beaucoup plus facile (rires) Mais c’est très intéressant et je peux m’autoriser à être plus puéril dans ce genre de projet. Je n’ai pas le même poids sur les épaules au moment de la sortie.

On The Move : Tes performances live sont toujours très festives. Tu joues avec beaucoup de costumes, décors et lumières sur scène. As-tu déjà idée de la manière dont « Infinity » va être transposé à la scène? 

Max Colombie : Oui ! On tease déjà un peu l’ambiance de la tournée dans les dernières productions. Mais ça devrait littéralement être moi comme une entité surnaturelle. Ma transformation en cette personne immortelle, en quelque sorte. Simplement, je crois que je ne volerai plus. Je refuse ! (rires) Parce-que je pourrais, aller dans la salle et demander à ce qu’on me fasse voler d’un point à un autre. Mais j’ai peur d’être effrayé de nouveau et crier, donc non, plus de suspension dans les airs (rires) Pour cette tournée, j’ai envie de recréer des éléments naturels, climatiques. Donc, nous verrons ! Mais c’est très excitant.

On The Move : Il y aussi un contraste saisissant entre les différentes endroits où tu te produis. Tu joues sur d’immenses scènes en Belgique ou aux Pays-Bas alors que tu seras ici à Paris dans quelques semaines dans une salle bien plus intimiste. Comment gères-tu cette différence ?   

Max Colombie : Les performances dans des salles plus intimistes comme celle de Paris sont vraiment bénéfiques pour moi et m’aide à appréhender de plus grosses scènes. C’est là que j’expérimente, où je peux être plus expressif peut-être. Car quand tu joues dans une arena, c’est beaucoup plus planifié, tout est décidé. Ta place est là, puis là, puis là. J’ai plus de liberté dans de plus petites salles et c’est très appréciable. Dans ce genre de situation, je me fiche du rendu des lumières ou autre, je veux juste m’amuser et profiter de l’instant. C’est très différent mais j’aime ces deux configurations.

On The Move : Le rapport à l’audience doit également être tout à fait différent. 

Max Colombie : Bien sûr, dans une petite salle, tout le monde est plus proche. Il y a une seule fois, et c’était en France d’ailleurs, où cette proximité m’a gêné. Parce-qu’il m’arrive de pouvoir entendre le public si clairement dans ce contexte. Et il y avait deux personnes devant moi qui discutaient tellement fort. Normalement, je ne m’énerve jamais, mais là, je pense qu’elles avaient consommé de la drogue ou quelque chose et elles criaient littéralement. Je ne pouvais pas entendre ma propre voix. Donc je me suis énervée et je les ai fait déplacer (rires)  Je ne pouvais vraiment pas me concentrer. Donc oui, parfois, on peut se laisser surprendre par la foule. On voit les réactions de l’audience directement, on peut lire dans les yeux. Des fois, je me dis que les gens pourraient sentir ma mauvaise odeur de transpiration (rires) Ça me fait peur (rires)

On The Move : Pour finir, comment décrirais-tu Oscar and The Wolf à quelqu’un qui ne te connaîtrait pas encore, pour l’inviter à découvrir ton travail ? 

Max Colombie : Je ne sais pas si je pourrais dire quoi que ce soit. Je me sentirais prétentieux de le faire. Je ne sais pas, peut-être que, comme je l’ai déjà dit, je parlerais de ce côté fantastique, cette lumière et cet obscurité simultanées, ce côté un peu dramatique. Et lors de mes concerts, j’espère que les gens se sentent libres et autorisés à être qui ils veulent, ce qu’ils veulent. Etre étrange s’ils en ont envie, peut-être plus étrange que ce qu’ils oseraient être dans la rue. C’est ce que je voudrais qu’ils sachent. C’est un peu ce que transmet Lady Gaga à ses Monsters. Oui, je crois que c’est un peu ça la philosophie.

On The Move : Et puisque tu ne veux plus voler, peut-être que les fans, eux, pourraient ! 

Max Colombie : Oh mais j’adorerais tellement ça ! Je veux dire, ce serait tellement cool, des fans volants. On fait juste en sorte de bien les attacher et puis, ils s’envoleraient dans les airs quand je fais ça (il lève les bras vers le ciel) (rires) Ce serait tellement génial (rires) Je prends des notes tout de suite pour m’en souvenir. (sort son téléphone) David Copperfield style !

L’album « Infinity » est disponible en précommande.