Rencontre avec Alex Who?, voyageuse inspirée et espoir de la soul ! 

Son nom de scène sème le trouble autour de son identité mais une fois la question levée, vous vous souviendrez très rapidement d’elle. Alex Who? propose une soul sophistiquée et riche de la diversité de ses racines, entre la chaleur tanzanienne et l’épure hollandaise. Il y a quelques semaines, l’équipe d’On The Move a eu la chance de rencontrer l’élégante artiste lors de l’une de ses escales, cette fois parisienne. Évoquant ses voyages autour du monde autant que les musiciens qui l’inspirent, Alex Who? se nourrit de tous les lieux et de toutes les époques, et se défend des étiquettes trop facilement apposées en musique. Des valeurs honorables pour une artiste authentique à découvrir d’urgence !

On The Move : Bonjour Alex Who? Nous sommes très heureux de te rencontrer ! Pour commencer, peux-tu nous en dire un peu plus sur la manière dont tu as commencé la musique ?

Alex Who? : Salut On The Move ! Merci de me recevoir. Pour parler de mes débuts dans la musique, je dirais que j’ai en fait toujours couché mes propres pensées sur le papier. J’ai commencé par écrire de la poésie et des récits puis à un moment donné, je suis devenue chanteuse de jazz. J’allais dans les jazz clubs faire des reprises de grands standards comme ceux de Nina Simone par exemple. Et il y a eu cette session où j’ai commencé à utiliser mes propres mots, sur des mélodies improvisées par les musiciens du jazz club. Quelqu’un m’a entendu et a vu en moi quelque chose qui lui a fait dire : « Wow, si tu tentes ta chance, tu pourrais véritablement devenir une auteure-interprète professionnelle ! » Mais en musique, en général, je place la barre très haute car mes héros sont des artistes comme Al Green, Donna Summer, Nina Simone… Leur musique est si brillante, je n’aurais jamais pensé pouvoir faire cela comme eux. Mais ensuite, j’ai eu cette opportunité énorme d’enregistrer une démo pour Atlantic Records et quand ils l’ont eu, ils m’ont plus ou moins signée immédiatement après. Donc, à partir de ce moment, j’ai pris ma propre musique au sérieux.

On The Move : Pourquoi as-tu choisi « Alex Who? » comme nom de scène, stylisé avec ce point d’interrogation ?

Alex Who? : Le point d’interrogation dans mon nom est là pour plusieurs raisons. La première, c’est que c’est quelque chose de très important pour moi parce-que je l’envisage comme une preuve d’intelligence. Les personnes les plus intelligentes et incroyables que j’ai rencontré dans ma vie sont celles qui ne cessent de poser des questions, qui n’en finissent jamais d’apprendre, qui veulent toujours en savoir plus pour devenir de meilleures personnes. Voilà pour le point d’interrogation ! Et « Alex Who », c’est parce-que j’apprécie une palette musicale si large -du classique à la musique africaine de Fela Kuti en passant par le rock de Cream qui est l’un de mes groupes favoris-, que je ne voudrais jamais être labellisée ou enfermée dans un genre de musique. Je veux être en mesure de toujours montrer une facette différente de « Alex Who? ».

On The Move : Peux-tu nous raconter l’histoire derrière l’un de tes titres phares, « Summer in December » ?

Alex Who? : Ce titre vient d’une conversation que j’ai eu avec ma sœur il y a quelque temps. Nous parlions de quelqu’un qui a fait partie de ma vie et dont je ressentais le manque à ce moment là. Je pensais « Ça me manque tellement, quand nous faisions ceci ou cela… » et ma soeur m’a dit « Attends ! Tu ne te souviens pas ce qu’il te faisait ressentir ?  » Elle m’a rappelé toutes les mauvaises choses que m’avait apporté cette relation et je me suis dit « Wow, comment le cerveau humain peut-il être si sélectif et ne retenir que certaines situations, certaines journées, certaines personnes ? » C’est pourquoi j’ai écris « Summer in December ». J’ai utilisé les saisons pour décrire mon expérience en disant, par exemple : « Why do I only remember you like summer in December, when you’re colder than November? » [Pourquoi je ne me souviens seulement de toi que comme d’un été en Décembre alors que tu es plus froid que Novembre ? ndlr]. Cela parle de pourquoi nous choisissons de ne nous souvenir que du meilleur, quand en fait la situation n’était pas si bonne.

On The Move : Tu es hollandaise mais vis à Los Angeles. Qu’est ce que t’apporte cette ville en particulier, en tant que musicienne ?

Alex Who? : Pour moi, l’endroit où je suis n’a pas vraiment d’importance. Je suis quelqu’un de très adaptable. J’ai vécu un peu partout dans le monde déjà : à Amsterdam, Istanbul, au Cambodge, à New-York, Londres, et maintenant à Los Angeles. Vis à vis de ma situation, c’est l’endroit parfait puisque c’est là où tout se passe dans l’industrie musicale, maintenant. L’influence que cela peut avoir sur ma musique? C’est tout simplement que, où que j’aille, que ce soit un événement lié à la musique ou pas, je rencontre toujours des musiciens. Je croise toujours des producteurs, des gens qui font de la musique, donc c’est très facile de finir par collaborer avec ces personnes alors que nous venons de nous rencontrer. J’adore les collaborations avec des gens d’horizons divers parce qu’elles me font produire une musique différente, que je n’aurais jamais pensé faire. Ce sont ces différents musiciens qui font sortir cela de moi. J’aime collaborer avec d’autres pour cette raison. Et Los Angeles est pleine de ces personnes, de créatifs, de musiciens.

On The Move : Peux-tu nous parler de l’EP qui vient de sortir « This Is Who, Pt. One » ? Quels sont les thèmes qui le traversent ?

Alex Who? : L’album sur lequel j’ai travaillé avec Johnny Black s’appelle « This Is Who » et le premier EP qui est sorti est « This Is Who, Pt. One ». Cet EP est vraiment à propos de moi, où j’en étais dans la vie au moment où j’ai composé ces morceaux. Je veux que tous mes albums soient des représentations de qui je suis et ce que je ressens au moment où j’écris. Pendant ce temps là, je suis beaucoup tombée amoureuse, comme souvent d’ailleurs. Donc, j’écris à propos de cela. Mais ma musique n’est jamais écrite de la perspective d’une victime : « Pourquoi m’as-tu quitté ? Pourquoi m’as-tu brisé le coeur ? Je suis si seule. » Ce n’est jamais comme ça. C’est toujours : « Maintenant que tu es parti, je réalise que tu n’étais pas la personne pour moi ». Ou bien, je parle de ces jeux stupides que l’on joue dans toutes les relations. De l’amour et des peines de cœur. On a toujours tendance à blesser les autres. Et quand j’écris « Je suis mieux sans toi », c’est plus de la perspective d’un observateur externe. Je veux pousser les filles ou garçons qui m’écoutent à être plus forts et indépendants. J’espère que les gens qui écoutent ma musique vont se sentir connectés à elle et se l’approprier, en faire leur propre histoire comme avec les paroles de « Summer in December ». Ma plus grande joie, c’est lorsque j’entends des gens qui apprécient ma musique me dire « Oh wow, ton morceau m’a vraiment rappelé ce moment de ma vie ». Ça me rend si heureuse lorsque dans une chanson, j’arrive à cristalliser des sentiments dans lesquels les gens peuvent se reconnaître.

On The Move : Tu as eu l’immense chance de te produire sur la scène de Coachella ! Comment as-tu vécu cette expérience ?

Alex Who? : Coachella, c’était incroyable ! Le fait de pouvoir se produire si tôt dans sa carrière sur une si grande et importante scène, c’est fou. Pour autant, je n’ai pas joué à Coachella sous mon propre nom « Alex Who? » mais dans le cadre d’une collaboration avec un très bon ami à moi avec lequel je développe un projet parallèle appelé « The Human Experience ». Il est un producteur incroyable et je me sens vraiment chanceuse de partager cette aventure, et cette scène de Coachella, avec lui. Dans l’ensemble, j’adore être sur scène, c’est la meilleure chose qui soit !

On The Move : S’il fallait que tu décrives ta musique, que dirais-tu ?

Alex Who? : Je ne voudrais pas avoir à labelliser ma musique mais si je devais le faire, selon moi, il n’y a de toute façon que deux types de musique. D’abord il y a la « soul music », celle que j’espère faire… Enfin, celle que je fais ! Je l’appelle « soul music » parce qu’elle vient de l’âme. Et l’autre type de musique est la « money music » qui est faite avec l’intention de gagner de l’argent. Et ce n’est jamais le cas pour moi. Je fais de la « soul music » car j’écris ce qui est dans ma tête et dans mon coeur. Puis, j’en fais une chanson.

On The Move : Quels sont les artistes qui t’inspirent ?

Alex Who? : Tous les artistes que j’admire et que j’aime écouter font cette « soul music ». Nina Simone est définitivement mon mentor en musique. Et si je devais donner des noms d’artistes contemporains que j’admire, je dirais… Mon dieu, il y en a trop. Anderson .Paak rafle tout en ce moment ! Il produit juste les meilleurs sons. Il m’a rendu foi en la musique actuelle. Il y a tellement de gens qui font des choses incroyables mais Lauryn Hill ou le groupe Cream font toujours partie de mes incontournables. Il y a tant de musique que j’aime, je pourrais continuer à dresser cette liste pour toujours. En ce moment, il y a aussi Elijah Blake que j’adore, mais tu peux tout à fait me faire écouter un titre de Missy Elliott et je danserai ! Je ne peux pas m’en empêcher, elle est juste trop funky !

On The Move : Préfères tu être sur scène ou en studio ?

Alex Who? : J’adore les deux pour des raisons très différentes. J’adore enregistrer mais… En fait, ce n’est pas enregistrer que j’aime le plus mais créer, fabriquer un morceau. Être en studio avec d’autres et créer de la musique ensemble. C’est ce que j’aime vraiment plus que tout. Mais être sur scène, j’aime ça pour une raison tout autre. C’est quelque chose de si puissant quand tu es sur scène et que tu te dis que tous ces gens qui te regardent ont leurs propres problèmes, leurs propres histoires, leurs propres vies. Et c’est tellement fort et cool que toutes ces personnes se déplacent pour t’écouter. Tu as le pouvoir de les faire voyager véritablement et leur faire oublier le reste. Les emmener avec toi, les faire pleurer, les faire rire, tu vois. C’est quelque chose d’incroyable d’emmener ces gens dans ce voyage. Et les mener dans des endroits où ils ne sont jamais allés avant.

On The Move : Quels sont les trois chansons que tu apprécies le plus en ce moment ?

Alex Who? : C’est une question très difficile. Je vais juste vous parler des trois chansons qui m’ont le plus obsédée et que j’ai le plus écouté ces derniers temps. La première est de Masego et s’intitule « Navajo ». Masego en fait une version live incroyable ! Le second titre est d’ Anderson .Paak « Come Down ». Ce morceau est tellement funky et je l’écoute en boucle, aussi bien les versions live que studio. Et puis une de mes chansons favorites depuis toujours, et que je continue d’écouter est « I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free » de Nina Simone, la version live du festival de Montreux en 1976. Cette chanson représente la liberté pour moi, la liberté en chanson, la liberté dans la vie. Juste la liberté !

L’EP de Alex Who? « This Is Who, Pt. One » est disponible en téléchargement.