Rencontre avec Kevin Stefansson du quatuor KEV, nouvel espoir suédois de l’électro-pop !

Quel est le point commun entre Avicii, Tove Lo, Zara Larsson, Robyn ou encore Lykke Li? Mise à part leurs carrières internationales dans l’industrie musicale, c’est surtout leurs origines suédoises. Et nous pensons bien avoir trouvé les prochains espoirs venus d’Europe du Nord… Trois producteurs et un chanteur répondant au nom de KEV, dont l’électro-pop aux multiples facettes est une belle bouffée d’air frais. Avec beaucoup d’honnêteté et d’humour, Kevin Stefansson, le visage médiatique de KEV, a répondu à nos questions et parlent de l’histoire, du présent et des ambitions de la formation. Ne manquez pas la chance de faire connaissance avec KEV avant tout le monde !

©Damien Paillard / On The Move

On The Move : Salut Kevin ! Nous sommes très heureux de te rencontrer aujourd’hui. Tu es seul ici mais KEV est un projet collaboratif. Peux-tu nous en dire plus sur la structure de cette formation musicale ?

Kevin Stefansson : Salut On The Move, merci de me recevoir! KEV, c’est en fait quatre personnes : trois producteurs [Victor Sjöström, Sebastian Atas et Viktor Broberg ndlr.] et moi-même. Je suis le chanteur. Sur scène, les autres me rejoindront sans doute dans le futur mais, pour l’instant, je suis celui qui nous représente et essaie de nous faire connaître. Nous créons la musique ensemble. En gros, pendant la phase de production, nous travaillons à quatre dans notre studio à Halmstad en Suède puis la musique sort au nom de KEV. Je suis l’artiste que les gens voient, en tout cas pour le moment !

On The Move : Comment est-ce-que tout cela à commencer ?

Kevin Stefansson : En fait, nous avions un autre projet appelé «Vita Bandet» avec des titres plutôt pop chantés en Suédois. Puis nous avons commencé à collaborer avec un duo de DJs appelé Galavant. Après un moment, nous nous sommes rendus compte que cela marchait bien. On a donc décidé de se lancer dans une aventure commune qui mélangerait toutes nos influences : la house music pour certains, la pop pour d’autres ou encore un style plus proche du rock et des chansons à texte. On s’est dit que si on combinait tout cela, on arriverait à un chouette projet. Et c’est surtout quelque chose que nous n’avions jamais fait auparavant. Donc nous avons commencé à travailler ensemble et cela a abouti à « Chapter X » le premier EP de KEV. Et maintenant, on continue… On est amis depuis un petit moment aussi, donc on sait comment chacun fonctionne. Cela va au-delà de la collaboration musicale. Donc, oui, c’est de là que tout a commencé !

On The Move : D’un point de vue plus personnel, qu’est ce qui t’a amené à la musique ?

Kevin Stefansson : Je chante depuis un petit moment maintenant, mais au début c’était davantage un loisir. Cela doit faire quatre ans que je me suis mis à la musique, et deux ans de manière plus sérieuse. Par contre, j’ai eu pas mal d’expériences en tant que comédien ! Et c’est cool de jouer et de faire de la musique de façon parallèle car ce sont deux choses assez proches l’une de l’autre. Dans tous les cas, tu essaies de faire passer une émotion aux gens. Tu essais d’expliquer, d’exprimer quelque chose par le jeu ou la musique. Donc, ce n’est vraiment pas si différent !

On The Move : Est-ce-que ton expérience en tant qu’acteur t’aide à être la figure représentante du groupe, lorsque tu es sur scène, en promotion etc. ?

Kevin Stefansson : Oui, je pense ! Comme je l’ai dit, tu essaies toujours de transmettre une émotion au public et quand tu joues, tu n’es pas exactement toi-même, tu te glisses pas la peau d’un autre. Pour ce projet, même si c’est bien moi sur scène, je suis l’image de KEV et je suis là pour défendre notre travail. Donc c’est assez similaire et mes expériences en tant qu’acteur peuvent m’aider !

On The Move : En termes de son et de paroles, qui et qu’est-ce-qui inspire KEV ?

Kevin Stefansson : Wow, rude question ! (rires) Nous avons toujours dit que nous ne voulions nous imposer aucune limite, aucune borne. Donc nous prenons inspiration de beaucoup d’artistes. Cela va de Bon Iver à M83 en passant par Zayn Malik, Justin Bieber, The Weeknd… Une palette assez large ! Et c’est aussi ce que nous voulons faire. Même si on vient plutôt de la pop, on veut aussi s’essayer à de nouvelles choses, expérimenter. Donc beaucoup de gens nous inspirent, définitivement ! En ce qui concerne les paroles, il s’agit plus d’essayer de tirer des éléments de soi-même, de ses propres expériences.

On The Move : Quel est votre processus de création pour bâtir un morceau ? 

Kevin Stefansson : On se rencontre en studio. Les trois producteurs de KEV amènent avec eux les éléments numériques qu’ils ont déjà développé. On s’assoit autour d’une table, on écoute et on en discute en disant quels instruments on voudrait modifier, retirer, apporter, ce genre de choses. On travaille vraiment ensemble et une fois qu’une base est fixée, nous ajoutons les paroles et affinons la mélodie.  Et c’est souvent à ce moment là que j’interviens le plus, quand il est temps de se pencher sur les paroles. Ce sont très souvent mes mots. Mais nous bâtissons le morceau à quatre.

On The Move : Le son de KEV est assez international et universel mais vous venez de Suède. Qu’est-ce-que ces origines apportent au projet ?

Kevin Stefansson : Je dirais que dans l’aspect visuel, nous retransmettons vraiment la nature suédoise. Nos paysages sont si beaux ! Nous avons notre studio près d’un port où l’environnement est très industriel. Mais si tu vas à quelques kilomètres de là, tu trouveras des forêts denses, l’océan ou autre. Le paysage et le temps sont vraiment sources d’inspirations. Il y a un côté particulier chez les artistes suédois : leur musique sonne très heureuse et positive mais leurs paroles sont souvent assez sombres. Je pense que KEV a cet aspect double également. Quand l’hiver arrive, tout le monde en Suède devient plus calme, voire un peu triste. Donc il y a quelque chose qui parle de cet état d’âme dans notre musique. Je veux dire, on vit en Suède avec ce temps, vous devez être désolés pour nous ! (rires)

©Damien Paillard / On The Move

On The Move : Nous avons lu une autre interview où tu disais  « Une chanson, c’est une émotion, une image, une histoire ». Quelles histoires raconte KEV ?

Kevin Stefansson : C’est une question difficile car en effet, chaque chanson a sa propre histoire. Dans « Moments », nous voulions faire comprendre aux gens que l’on a qu’une vie et qu’il faut prendre soin des moments du quotidien. Aujourd’hui, on vit tellement avec et à travers nos écrans… Rendons nous compte que nos moments de vie sont précieux. Mais ensuite, dans l’EP, il y a le titre « Visionary » qui lui parle plus du chemin parcouru. Tout le monde vit des phases difficiles et le morceau exprime les efforts fournis pour retrouver un peu de lumière. Donc oui, l’histoire est différente à chaque fois. Mais à la fin, il y a toujours un côté positif. On peut partir de thème assez sombre mais l’histoire finit toujours bien à la fin, oui, cela doit être le point commun entre toutes !

On The Move : Tu parles du fait de vivre à travers la technologie… Tu fais partie d’une génération d’artistes qui pourraient exclusivement exister par Internet grâce aux plateformes de streaming et réseaux sociaux. Quel lien entretiens-tu encore avec les formats physiques ? Est-ce-qu’on peut s’attendre à un véritable album de la part de KEV ?

Kevin Stefansson : J’y suis encore très attaché. J’adore la sensation apportée par le fait de tenir un album entre ses mains. Même si il ne s’en vend plus tant que ça, les amateurs de musique continuent d’apprécier les formats physiques. Donc on veut vraiment arriver à ça ! Nous l’avons fait avec « Chapter X », à très petite échelle. Quelques exemplaires ont été imprimés pour être donnés. Mais j’adorerais vraiment produire un album entier. Bien sûr, cela a un coût de production, et si tu n’en vends pas, les labels ne veulent pas s’investir. Mais je pense que c’est important que le format physique subsiste même si, dans le même temps, Internet est la raison pour laquelle je suis ici. Sans Internet, KEV n’existerait pas.

On The Move : C’est aussi une nouvelle façon d’aborder la création et la publication de son travail. Beaucoup d’artistes préfèrent maintenant réfléchir en terme de playlists, qui donnent la possibilité de sortir des titres très souvent et rapidement, alors que l’album est un projet à bâtir sur le long terme. 

Kevin Stefansson : Oui, et les ventes se font autrement. Quand tu penses « playlist », le public peut acheter ce qui l’intéresse titre par titre alors qu’avec un album, tu proposes un ensemble d’une vingtaine de morceaux. Les enjeux sont complètement différents mais je dirais que les deux sont complémentaires !

On The Move : Revenons au single «Moments». Il a été remixé par quelques unes des pointures EDM du moment comme Sick Individuals ou Filatov & Karas. Qu’est-ce-que cela vous apporte, à toi et les membres de KEV, de voir votre travail réinterprété par d’autres?

Kevin Stefansson : C’est définitivement un sentiment spécial. Quand tu produis une chanson, tu en as ta propre vision puis d’un coup, quelqu’un d’autre s’en empare et en fait complètement autre chose. C’est très amusant, presque que comme si la chanson avait une autre vie. Certains remix sont plus proches de l’original que d’autres mais chacun des DJs a vraiment apporté sa patte sur « Moments » et on prend beaucoup de plaisir à les écouter. On est juste très heureux que « Moments » gagne de nouvelles vibes.

On The Move : Comment a débuté cette collection de remix ?

Kevin Stefansson : C’est notre label qui en est à l’initiative. Nous avons pu écouter chaque remix et dire lesquels nous plaisaient le plus, et surtout lesquels faisaient sens ensemble. On ne voulait pas de cinq fois la même chose et on voulait construire quelque chose de fort, éclectique et structuré !

On The Move : Il existe aussi une version acoustique de «Moments». Était-ce si différent pour toi de l’interpréter de cette façon ?

Kevin Stefansson : Ce n’était pas si différent. Ça a presque été une autre forme de remix mais plus calme. Viktor, un des membres de KEV, joue du piano et de la guitare. Il a proposé cette version acoustique et ça m’a tout de suite plu. Il s’est occupé des arrangements et j’ai posé ma voix. C’est plus du semi-acoustique car il reste quelques éléments numériques mais c’était très intéressant à mener.

©Damien Paillard / On The Move

On The Move : Tu as aussi enregistré une version de «Moments» avec l’artiste français Mathieu Canaby sous le nom de « Moments (Le temps se suspend) ». Comment cela s’est passé ? Est-ce-que KEV avait des liens avec la France avant cela ?

Kevin Stefansson : Notre équipe de management nous a contacté il y a à peu près un an, oui, un an, le temps passe vite ! Ils nous ont dit que, pour nous lancer sur le marché en France, ce serait bien de collaborer avec un artiste français car les radios apprécie beaucoup cela. Ils nous ont proposé d’enregistrer un duo avec un artiste qu’ils connaissaient. C’est là que Mathieu Canaby est arrivé dans l’aventure. Il a proposé sa partie et on a d’emblée trouvé cela très bien donc c’est allé vite ! Finalement, j’ai rencontré Mathieu pour la première fois hier. Nous nous sommes produit sur scène ensemble. C’était vraiment cool. Il a une très belle voix et une très belle personnalité donc c’est gratifiant d’avoir pu travailler avec lui.

On The Move : Comment l’audience française réagit-elle à votre musique?

Kevin Stefansson : Nous ne sommes ici que pour la troisième fois mais je crois qu’il accueille notre musique plutôt bien. Nous avons joué dans des festivals ou pour des shows organisés par les radios et évidemment, les gens sont très heureux car bien souvent, ils sont invités (rires) Mais j’ai beaucoup apprécié. La dernière fois, il y avait pas loin de 3500 personnes dans le public. Et là, nous allons nous produire dans une salle beaucoup plus petite, l’échelle sera plus intimiste. On verra si les gens continuent de danser ! (rires)

On The Move : Y-a-t-il des artistes français que tu apprécies particulièrement ?

Kevin Stefansson : Oui, je dirais M83 ! On use un peu des mêmes choses dans nos morceaux, comme le gimmick super entêtant qu’ils reprennent sans cesse dans «Midnight City», ce «uh uh uh-uh» (chant). Donc oui, on les adore ! On a aussi eu l’occasion d’écouter un peu de rap français et c’est drôle car c’est très similaire au rap suédois, avec l’usage d’autotune notamment. Mais je suis si mauvais pour me souvenir des noms des artistes dans l’ensemble. Les gens sont toujours en train de nommer les titres et leurs interprètes et moi, je connais les chansons mais je ne peux juste pas de dire de qui elles sont !

On The Move : KEV est monté sur scène pour la première fois il n’y a pas si longtemps, en Suède en Octobre dernier. Comment as-tu ressenti le fait d’enfin présenter votre travail en live ? Est-ce-que cela a déjà changé quelque chose dans la manière de créer et enregistrer vos morceaux ? 

Kevin Stefansson : Oui et non. Quand nous préparons un concert, on pense plutôt à la manière dont il peut marcher, dont on peut construire une setlist bien équilibrée. Mais on se préoccupe aussi du visuel, car on aimerait de plus en plus construire un vrai show. C’est compliqué d’envisager tout ça lorsque tu n’en es qu’à tes premières performances, quand c’est encore un peu pour l’amusement et le test. Mais forcément, cela nous fait réfléchir sur ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins, ce qu’on a aimé jouer et ce que le public a apprécié. Parce-que bien souvent, les deux visions divergent. Mais c’est très intéressant car cela t’interroge sur le fait de jouer pour toi -avec ton coeur- et/ou pour le public. C’est délicat car nous avons toujours affirmé que nous voulions faire la musique qui nous plaît avant tout. Mais le public est très important parce-que c’est évident lui qui nous écoute et nous permet de continuer de vivre de notre passion. Mais je suis assez sûr que si nous n’aimons pas ce que nous faisons, ils n’aimeront pas non plus. Donc voilà, il y a cet équilibre à trouver et c’est très chouette de pouvoir travailler à cela grâce à la scène. Nous n’avons encore que peu d’expériences mais à chaque nouvelle prestation, on cerne mieux ce que l’on veut faire et dans quelle direction on veut aller.

On The Move : Nous avons repéré une photo de toi et Will.I.Am sur tes réseaux sociaux. Tu peux nous en dire plus sur cette rencontre?

Kevin Stefansson : C’était en France en fait! Mais cela n’a pas de rapport avec KEV. J’ai eu la chance de participer à une session de travail avec lui et d’autres artistes. Ce n’était pas juste nous deux malheureusement (rires) Je ne sais pas trop ce que j’ai le droit de dévoiler par rapport à ça mais vis à vis de KEV, Black Eyed Peas et Will.I.Am sont clairement très différents de notre style. Pour autant, on veut travailler avec les meilleurs, évoluer, être plus pointus et plus fort à chaque fois dans ce que nous faisons. Donc on est ouverts à tout ce qui pourrait arriver ! En ce moment, nous travaillons avec Klahr, un artiste suédois signé chez Axtone. Nous avons sorti un titre nommé «Dreaming Wild». Ce que nous essayons de travailler avec lui est quelque chose de plus cinématographique. On s’amuse beaucoup. Il vit très près de chez nous donc ce n’est en plus pas un projet en soi que de se rencontrer pour travailler (rires) Mais nous allons continuer avec lui et on espère pouvoir entamer ce genre de collaborations avec d’autres artistes aussi.

On The Move : A quelles collaborations rêves-tu ?

Kevin Stefansson :  Je pense qu’avec The Weeknd, ce serait incroyable. Travailler avec Ed Sheeran serait très cool aussi. J’adore sa musique et il compose aussi pour tout un tas d’artistes, et le fait très bien. Il n’a pas peur de mélanger les genres. J’adorerais faire quelque chose avec Zara Larsson également, elle est suédoise et incroyablement talentueuse. Puis M83 aussi mais ça, vous l’aviez déjà compris! (rires) Oui, donc ça fait pas mal de personnes… Nous verrons ! Peut-être que je devrais les contacter, leur dire clairement. Ou peut-être que grâce à vous, ils pourront le lire maintenant ! (rires)

KEV est présent sur Facebook, Twitter et Instagram. L’EP « Chapter X » est en téléchargement.