La jeune multi-instrumentiste fait sensation pour son premier passage en France !

Tash Sultana est LA nouvelle étoile montante australienne… Mais si par là, vous pensez à l’énième talent pop hyper-marketé, on vous arrête tout de suite ! A 22 ans, la jeune artiste fait figure d’OVNI. Elle maîtrise avec une habilité déroutante un bon nombre d’instruments et sa voix, dont les nuances vont de l’hyper-aigu à de chaudes profondeurs, semble appartenir à une âme bien plus âgée que la sienne. Pour couronner le tout, ses talents, elle les a façonnés en autodidacte.

Dans son pays natal, Tash Sultana remplit déjà des salles de milliers de personnes, alors que « Jungle », le single qui l’a révélé, a à peine un an. Mardi soir, la jeune australienne se produisait pour la première fois en France devant 300 chanceux, ayant flairé que la soirée serait mémorable…

La salle est loin d’être pleine lorsque la première partie débute. En attendant Tash Sultana, c’est l’irlandais Craig Gallagher qui se produit en première partie, se ménageant une petite place entre les multiples instruments déjà positionnés pour la tête d’affiche sur l’étroite scène de la Maroquinerie .

Avec rien d’autres que sa guitare et sa voix claire, sans failles, le jeune homme capte rapidement l’attention de la foule dissipée. Il enchaîne les titres en nous contant à chaque fois l’histoire personnelle qui se cache derrière, avec un grand naturel et la bonne dose d’humour. « Back To The Start » évoque une relation passée et toxique avec une jeune fille qui aurait eu le culot de le quitter au milieu d’un concert de Snoop Dogg ! Son single « Stay » est aussi empreint d’une douce fragilité, liée à l’amour. Craig Gallagher continue dans la thématique, en reprenant le « Can’t Help Falling in Love » d’Elvis Presley. Il n’est pas le premier à s’essayer à l’exercice (on pense, entres autres, à la géniale version des Twenty One Pilots il y a quelques années) mais tire sérieusement son épingle du jeu, avec une performance langoureuse et pleine d’aspérités. Enfin, le public finit de se montrer convaincu par la performance en reprenant avec lui les choeurs de « OK ». Grâce à sa simplicité, on finirait par voir en Craig Gallagher un ami un peu trop talentueux pour rester dans l’ombre. Et on a pas peur de dire qu’il porte avec lui un brin de l’aura d’Ed Sheeran, à l’époque plus authentique de ces débuts !

 

La lumière se rallume et la Maroquinerie est maintenant bien pleine. Tash Sultana se fait attendre. Mais les longues minutes deviennent vite très conviviales sur quelques notes des plus grands classiques du reggae. Sur les airs fédérateurs des hymnes de Bob Marley, le public se montre déjà plus qu’enthousiaste et déterminé à profiter de la soirée. Et pour cause, lorsque la musicienne fait son entrée sur scène, elle est accueilli par une véritable standing ovation avant même d’avoir entonné la moindre note. Welcome Tash ! 

Sans introduction, Tash Sultana commence sa performance. T-shirt large, jean troué, pieds nus sur un tapis un brin hippie, nous sommes ici chez elle et l’artiste promet de se livrer avec autant de liberté qu’elle le ferait seule, dans sa propre chambre : ambiance de ses débuts. Une armada d’instruments l’entoure et elle ne tarde pas à jongler avec plusieurs d’entre eux. Dès les premières minutes, la jeune femme est perturbante, dans le meilleur sens du terme. En quelques secondes, elle passe d’un beat-box enflammé et à des quasi-vocalises, accompagnées d’une gestuelle gracile et dansante. Son look androgyne trouble encore plus les lignes. Pendant un moment, on aurait pu croire que Tash ne prendrait jamais la parole. Cela dit, ça ne nous aurait même pas dérangés tant elle communiquait déjà par la musique !

L’australienne finit tout de même par livrer quelques mots, chargés d’un message fort. Peu importe votre origine, votre orientation sexuelle, vos croyances, « I see you as equals » clame la jeune femme. Et sur cet appel, l’espace de la Maroquinerie sera un temple du respect et de la liberté ce soir.

J’espère que vous allez profiter de cette expérience.

Expérience, c’est le mot. Un live de Tash Sultana n’est certainement pas comme les autres. Pour commencer, la notion même de setlist est totalement brouillée. A moins de s’être longuement plongé dans ses performances à l’avance, il est presque difficile d’identifier quand un titre commence ou finit. Et c’est là où tient tout le génie et la générosité de Tash Sultana. Avec les techniques de looping (boucle) et layering (strates), Tash construit ses morceaux en direct. Si dans son EP « Notion » les morceaux jouissent de formats plus accessibles, l’artiste n’hésite pas, en live, à les étirer, les enrichir jusqu’à la dizaine voir quinzaine de minutes. Elle prend le temps, vit chaque moment, la scène est son terrain de jeu. Des imperfections pourraient même se glisser dans le set, qu’on ne les remarquerait pas. L’expérimentation et la spontanéité sont de mises.

 

Alors forcément, on ne peut faire entrer Tash Sultana dans aucune sorte d’étiquette. Dans la même soirée, elle nous livre du beat-box, quelques moments rocks sérieusement électriques, des vibes reggae, de la folk aérienne, des touches orientales. Elle s’approche même du religieux avec un moment d’instrumental semblable au « Lux Aeterna » de  Clint Mansell. Son excellent « Notion » nous rappelle un moment la sombre dream-pop du trio Daughter. « Gemini » est davantage baigné d’électro planante. « Synergy » touche à un doux psychédélisme.

Avec Tash Sultana, vous ne venez pas voir une chanteuse mais une musicienne, dont la voix n’est finalement qu’un énième instrument virtuose. Outre ses guitares, clavier, drum pad, la jeune femme nous offre des moments aussi surprenants que géniaux, d’abord à la trompette, dans un silence religieux, puis plus tard, à la flûte de pan. L’artiste souffle dans l’instrument avec la rythmique du beat box pour un résultat aussi barré qu’unique ! Et la foule l’acclame, encore un peu plus.

L’incroyable voyage touche à sa fin avec « Jungle », son titre phare. « Welcome to the jungle / Are you gonna dance with me / Welcome to the jungle / You got to close your eyes and see » : son public français le connaît déjà par cœur. Si pendant toute la soirée, le public est davantage resté hypnotisé par la performance, le moment est ici à la communion. La salle chante d’une seule voix et nous sommes effectivement tous égaux, portés par la magie Tash Sultana. Par contre, on est pas certains qu’il y ait eu un autre génie de sa trempe dans la salle !

L’EP Notion de Tash Sultana est toujours en téléchargement.