La canadienne a livré une prestation puissante et honnête pour sa première parisienne ! 

Dans l’industrie musicale, il y a ceux qui se fondent dans un moule marketing pour s’assurer de réussir et ceux qui portent leur authenticité en étendard, quitte à essuyer coups et échecs avant d’atteindre leur but… Jessie Reyez fait assurément partie de cette dernière catégorie !

A 27 ans, Jessie Reyez commence seulement à goûter à la reconnaissance pour laquelle elle a travaillé pendant bien des années. Née à Toronto, d’origines colombiennes, elle a développé très tôt un goût viscéral pour le chant. Bientôt, son père l’introduit à la guitare et c’est accompagnée de cet instrument qu’elle entame son chemin d’auteure-interprète. Forcée de suivre ses parents aux Etats-Unis, il lui devient difficile de poursuivre ses quelques projets initiés au Canada et elle décide de se tourner vers un outil de son temps pour se faire entendre : Youtube. Adele, Twenty One Pilots ou Justin Bieber… L’incendiaire artiste se réapproprie les tubes du moment avec une habilité effarante mais ce sont finalement ses propres morceaux qui rencontrent le plus d’audience. Après avoir collaboré avec quelques pointures dont King Louie au travers du programme artistique « The Toronto Remix Project », Jessie Reyez met en ligne, il y a bientôt un an, le single « Figures ». La ballade à l’instrumentale minimale est une lettre ouverte percutante envoyée à l’un de ses exs, accompagnée d’un clip aussi épuré qu’habité ! La missive a touché des millions d’auditeurs sur le net et ouvre maintenant à Jessie Reyez les portes des scènes internationales.

Elle était hier soir pour la première fois dans une salle parisienne pour défendre son EP « Kiddo » sorti en Avril dernier !  En quelques secondes sur les planches du Flow, le public parisien a pu comprendre que la canadienne ne feint pas.

 

Chevelure brune épaisse, t-shirt oversize et casquette visée sur la tête, Jessie Reyez apparaît sur scène après que son fidèle producteur ait annoncé son arrivée. La réponse de la foule est immédiate, quelques fans français l’attendaient visiblement de pieds fermes.

Jessie Reyez entame son set les yeux cachés par son couvre-chef. Les premières notes sont déjà puissantes. On comprend que, d’une manière ou d’une autre, on a pas fini d’être captivés par sa présence ! Sur « Shutter Island », l’artiste est d’emblée une boule d’énergie incontrôlable.  La scène est son espace d’expression privilégié, celui où elle déverse sans filtre toutes ses émotions, tour à tour fragile, en colère ou défiante. Sa voix puissante et précise suit ce roller-coaster d’états d’âme.  Jessie Reyez peut se montrer langoureuse et mélodieuse, comme sur la douce ballade « Hard To Love » produite par Calvin Harris, puis livrer quelques instants plus tard un quasi-rap incisif sur « Fuck It ». Elle n’a pas peur de forcer sur sa voix -quitte à perdre en perfection et précision- du moment que la sincérité y est… On apprécie !

Après quelques titres enflammés, Jessie Reyez calme le jeu et s’installe, guitare à la main, pour quelques morceaux acoustiques. A cette occasion, elle revient à l’exercice de la cover avec le « Cocoa Butter Kisses » de Chance The Rapper avec Vic Mensa et Twista : une belle démonstration de toutes les modulations de sa voix. A la suite, Jessie Reyez emporte le public avec elle en reprenant avec aplomb « THat Part » de ScHoolboy Q feat. Kanye West : « Me no conversate with the fake » pourrait d’ailleurs bien être son credo. A plusieurs reprises, elle harangue le public en demandant « Are you here with your real friends? » ; « You ain’t fucking with the fakes ? ». Paris acquiesce, il n’y a définitivement pas de place pour les faux-semblants avec Jessie Reyez ! L’artiste s’ouvre, juste après, sur les blessures amoureuses de son passé au travers d’un titre inédit, une ballade aussi douce que franche sur quelques accords pincés de guitare.

 

Retour en force, Jessie Reyez enchaîne sur « Gatekeeper », moment haut du set comme de son EP. On entend résonner dans la salle les dialogues du mini-film réalisé pour illustrer cette histoire poignante : celle des dérives de l’industrie musicale. En effet, le morceau dépeint une scène vécue par la chanteuse dans ses plus jeunes années lors de laquelle un producteur de renom a voulu abuser d’elle, lui expliquant qu’elle ne réussirait jamais dans la musique si elle n’acceptait pas de vendre son corps : « How much would it take for you to spread those legs apart? » Le morceau est à la fois un formidable pied de nez à ce producteur mal intentionné, dont elle tait toujours le nom, et une forme d’appel à la résistance à toutes les femmes ! Et l’artiste n’aura pas eu besoin de cela pour être une « Great One », morceau baigné de doux et fédérateurs reliefs.

Au cours de la soirée, Jessie Reyez pose les bases d’une sorte de récit poétique, qui pourrait tenir le show dans son ensemble. Quelques dialogues préenregistrés ou mises en scène articulent les chansons entre elles, comme lorsqu’elle installe un unique ballon rouge flottant au dessus de la salle. Elle s’adresse à ce dernier comme à un interlocuteur invisible avant de le percer dans l’émulation d’un des morceaux. Ces éléments, encore ponctuels, pourraient définitivement donner une toute autre dimension à la performance  s’ils étaient davantage développés. En tout cas, un beau potentiel narratif pour la suite !

Le set de Jessiez Reyez touche à sa fin mais ne peut évidemment pas se conclure sans « Figures », le titre incontournable de sa courte mais non moins électique discographie. Le public est au rendez-vous pour reprendre avec elle le refrain plein d’aspérités : « You’re the one who’s gonna lose / Something so special, something so real / Tell me boy, how in the fuck would you feel? » Face à la réponse du public parisien, et sous le regard bienveillant de ses parents présents au balcon, Jessie Reyez se montre véritablement touchée, pas loin de verser quelques larmes d’émotion. Elle n’a d’ailleurs pas cessé, tout au long de la soirée, d’échanger avec l’audience présente, prendre le temps de s’asseoir pour lui parler, comme si elle s’adressait à une seule personne, un ami. La sincérité n’est donc pas que l’affaire de sa musique, mais est bien inhérente à sa personnalité.

Ne souhaitant pas quitter la scène sur un sentiment doux-amer, l’artiste poursuit une dernière fois avec l’énervé « Blue Ribbon », pas loin du dubstep. Dernier moment de lâcher-prise pour la canadienne, avant de laisser la place au deuxième set de la soirée assuré par Willow Smith.

Bien que le moment fut agréable, il y avait, à l’inverse de Jessie Reyez, quelque chose d’un brin surfait dans la performance de la fille de Will et Jada Smith. Les deux performeuses n’ont sans doute pas eu exactement les mêmes épreuves à traverser pour en arriver là !

L’EP « Kiddo » de Jessie Reyez est disponible en téléchargement.