Halsey montre toute l’étendue de son talent avec « Hopeless Fountain Kingdom » 

Décidément, ce début de mois de Juin est riche en découverte et en nouveauté. Si certains comme le groupe Everywhere ou la jeune artiste Noah Cyrus tentent de se faire une place sur la scène internationale, d’autres continuent progressivement de batir leurs carrières en nous offrant des albums authentiques et pleins de reliefs comme c’est le cas pour Dua Lipa et son album éponyme, ou encore All Time Low et leur « Last Young Renegade ».

Vous connaissiez Halsey pour le titre « Closer » en duo avec The Chainsmokers ou encore pour sa participation à la bande originale du film « 50 nuances plus sombres » avec « Not Afraid Anymore »… Préparez vous à entrer dans l’ère « Hopeless Fountain Kingdom ».

Son premier album « Badlands » possédait sa propre identité aussi bien visuelle que musicale. Entre pop affirmée et titres plus aériens et expérimentaux, l’opus renfermait l’essence même de son talent. Si « Ghost » et « Hold Me Down » annonçaient déjà un avenir prometteur à la chanteuse de 23 ans, les morceaux « Colors » et « New Americana »  ont permis de véritablement asseoir la réputation d’Halsey en tant qu’interprète de génie.

Pour ce 2ème album, la jeune femme joue une nouvelle fois la carte du renouveau avec un album renfermant des titres aux couleurs bien différentes. Alternant habilement les styles et jonglant avec les sonorités, les 13 titres n’avaient qu’un seul défi à relever : égaler ou faire mieux que l’excellent Badlands. Pari réussi ? On The Move a écouté l’album pour vous !

hopeless fountain

L’album s’ouvre d’abord sur « The Prologue », un titre sous forme de récit, qui permet de présenter le concept de l’opus aux auditeurs. Largement inspiré de la pièce Roméo et Juliette, les paroles de cette introduction sont tirées directement du prologue de la pièce. A sa manière, Halsey l’a donc réécrit et nous présente en douceur le concept de « Hopeless Fountain Kingdom ». Angelus et Aureum remplacent donc les Capulet et les Montaigu, et les deux personnages Luna et Solis prennent respectivement la place de Roméo et Juliette.

Dans le mythe et l’ancienne religion romaine, Luna est l’incarnation divine de la lune et est souvent représentée comme complément féminin du soleil, autrement dit Solis. De quoi annoncer un album généralement très bien construit.

L’écoute se poursuit avec « 100 Letters », un ballade qui n’en a pas l’air. Si les paroles traduisent une histoire d’amour difficile entre les deux protagonistes, la mélodie, elle, traduit une ambiance toute autre. Si le rythme lancinant est omniprésent tout le long du titre, il est pourtant relevé de sonorités éléctro-pop, qui peuvent le rendre plus accessible. Inspiré de sa relation qui prenait l’eau, on retrouve ici une Halsey honnête avec ses sentiments et elle-même.

Sur « Eyes Closed », Halsey nous parle des sentiments qu’elle possède toujours pour son ex, tout en s’engageant dans une nouvelle relation. Appuyé d’une mélodie sombre aux doux accents électro sur le refrain, le titre se rapproche un peu plus de ce que la jeune femme avait déjà pu produire sur son précédent album « Badlands ». Si le refrain peut sembler un peu répétitif, le morceau reste de manière général assez bien dosé.

Avec « Heaven in Hiding », l’album prend finalement un peu de relief grâce à un tempo rapide et profond à la fois. Mais c’est véritablement le refrain qui donne une autre dimension au titre, allègrement soutenu par la voix si particulière de la chanteuse. On peut facilement retrouver la même identité sur « Angel On Fire », bien que cette piste bénéficie de sonorités plus axées rock et profondes, digne d’apparaître sur la bande originale d’un film.

Si des références à la mythologie grecque et au mythe d’Icare sont incorporées dans ce précédent morceau, il semble être la conséquence directe d’un autre titre : « Alone ». Un titre qui détonne quelque peu de l’ambiance sombre générale de l’opus. En effet, la mélodie est plus enjouée, et presque inspirée de l’univers « Gatsby » comme le dit elle-même la chanteuse avec ses violons et ses lointains échos d’orchestre.

Autre caractéristique, toujours selon Halsey, « Heaven in Hinding » et « Alone » raconteraient la même histoire, mais de deux points de vue différents. Un parallèle avec le bal masqué de Roméo et Juliette. On a donc les points de vue de Luna –Halsey, et celui d’un membre de la maison adverse. Mais l’histoire ne s’arrête pas là puisque les 3 titres sont aussi attachés à « Strangers », en duo avec Lauren Jauregui.

3ème extrait dévoilé avant la sortie officielle de « Hopeless Fountain Kingdom », « Strangers » nous avait surpris par le virage musical emprunté par la jeune artiste. Progressif et un brin alternatif, la mélodie était relevée d’électro pop et de sons expérimentaux bien dosés. Grâce à des couplets interposés, les deux jeunes femmes nous offraient un hymne LGBT sur fond de romance torturée et interdite.

« C’est la première chanson pour laquelle j’utilise ouvertement des pronoms féminins et je voulais que ça soit authentique. Lauren me semblait être la bonne personne avec laquelle chanter ce titre car je ne voulais pas d’une fille hétéro, même si sa voix collait parfaitement. « Strangers » raconte l’histoire de deux femmes qui s’avouent leurs sentiments lors de leur première rencontre. C’est fort comme sensation. »

Ensuite, on retrouve le premier single de cet opus, « Now Or Never » pour lequel la chanteuse avait délaissé sa marque de fabrique indie pour des sonorités orientées vers le RnB. Accompagné d’un clip vidéo, le titre était une introduction à l’histoire de Luna et Solis, sans pour autant en révéler trop. Moins expérimental et plus sage, le titre avait déconcerté la plupart des fans à sa sortie.

Changement d’ambiance pour le prochain titre. Sur « Sorry », Halsey remue les émotions et mise tout sur sa voix, simplement accompagnée d’un piano. Si l’artiste a toujours parlé très sincèrement de sa vie personnelle et de ses insécurités, sur ce titre, elle fait preuve d’une honnêteté rare. A mi-parcours, elle nous fait même des confidences sur ses relations et ses troubles bipolaires.

« J’étais en studio et je pensais à toutes les personnes avec lesquelles j’aurais probablement eu des relations vraiment géniales, si je n’avais pas été trop instable ou si j’avais pu accorder du temps à leurs sentiments. Mes insécurités ont ruinés beaucoup de chose que j’aurais pu prendre le temps de construire. »

« Good Mourning » se présente comme un interlude intéressant et suggère un changement de narrateur. Les paroles font notamment référence au soleil qui se lève et amène d’autres sentiments. un indice de la probable présence et venue du personnage masculin Solis et de ses sentiments pour Luna lorsqu’elle chante « Don’t trust the moon, she’s always changing / The shores bend and break for her / And she begs to be loved /But nothing here is as it seems. »

Sur « Lie », l’artiste s’associe à l’un des rappeurs les plus en vue du moment : Quavo. Déjà très occupé par sa collaboration avec Liam Payne sur « Strip That Down« , Quavo pose ici un rap profond qui permet de donner encore un peu plus de saveur à cet album. Visiblement très inspiré par cette collaboration, Halsey s’essaye elle aussi à des couplets plus parlés avant de faire preuve d’une démonstration vocale sur les refrains à l’ambiance quelque peu angoissante.

Une nouvelle fois, Halsey se montre audacieuse avec « Walls Could Talk », un titre qui nous transporte au coeur des années 2000 avec son refrain dans la veine des plus grands titres de Britney Spears. Le tout est soutenu par une mélodie hybride à mi-chemin entre un titre pop classique, des sonorités RnB et des intruments plus incongrus comme le violon et le piano, mais qui s’incorporent tout de même parfaitement.

Si sur « Bad At Love », Halsey fait le bilan de ses expériences passées, et dresse la liste de ses exs, sur « Don’t Play », elle met en garde ses futurs prétendants et avoue se plaire dans le célibat. Deux titres bâtis sur des sonorités différentes mais qui possèdent bien la marque Halsey et qui s’inscrivent un peu plus dans l’univers de Badlands et de ses précédents EPs. Mention spéciale pour le flow et le débit de parole impressionnant de la chanteuse sur ces deux pistes.

Sombre et puissante, « Devil In Me » marque la première collaboration entre Halsey et la chanteuse australienne, Sia. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux artistes ont mis à profit leurs inspirations personnelles pour produire un titre styliquement proche de la perfection. Dans la veine de ses titres « Hold Me Down » et « Control », Halsey exprime ici ses peurs et ses doutes face à ses démons.

Dernier titre de cet opus, « Hopeless », en collaboration avec le producteur norvégien Cashmere Cat,  se présente comme un titre aérien et une véritable démonstration du talent de la jeune artiste de 22 ans. Comme une manière de boucler la boucle, le titre termine de manière douce l’histoire torturée de Solis et Luna, mais aussi celle du troisième personnage de Lauren Jauregui, lorsqu’elle chante « ‘Cause you know the truth hurts / But secrets kill / Can’t help thinkin’ that I love it still / Still here, there must be something real ». 

En définitive, Halsey nous offre avec « Hopeless Fountain Kingdom » un très bon deuxième album. Pleins de reliefs et riche de ses inspirations, l’opus bénéficie du génie de la chanteuse et nous embarque facilement dans l’histoire à la Roméo et Juliette des maisons ennemies : Aureum et Angelis.

Si les différentes sonorités et changements de styles peuvent parfois déconcerter et étonner, l’opus reste cohérent dans son ensemble et porte toujours la marque Halsey. Si la chanteuse voulait produire des titres plus mainstream et plus accessibles, elle nous offre pourtant une production expérimentale et pleine de saveurs !

Petit point supplémentaire, lors de la promo de cet album, Halsey a retrouvé ses fameux long cheveux bleu, que l’on voyait déjà dans le clip de « Now Or Never », mais surtout, que l’on retrouvait tout au long de « Badlands ». L’indice d’une certaine continuité ? Affaire à suivre…

« Hopeless Fountain Kingdom » est disponible en téléchargement sur iTunes.