On The Move a rencontré le groupe néerlandais Kensington : confessions d’une formation à l’avenir radieux !

On les a suivi de loin, ces derniers mois, créer une véritable tempête musicale dans leur propre pays… Le phénomène rock néerlandais Kensington a enfin outrepassé les frontières pour amener ses sonorités énergiques et métissées jusqu’en France. En concert à la Maroquinerie le 25 Février dernier,  Jan Haker, Niles Vandenberg et Casper Starreveld, membres de Kensington, ont pris quelques minutes, dans le rythme soutenu de leur tournée, pour se confier à l’équipe d’On The Move. Avec honnêteté et humour, ils se sont librement livrés sur les influences cachées derrières leur son, sur la manière dont il gère une carrière à vitesse différente selon les pays ou encore sur leur processus particulier de création, nourri par le voyage. Portrait d’une formation dont vous entendrez forcément beaucoup parler ! 

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On The Move : C’est la première fois que vous jouez en tête d’affiche en France. Comment vous sentez-vous lorsque que vous vous produisez pour la première fois dans un nouveau pays ?

Jan Haker : En temps que tête d’affiche oui, c’est exact !

Niles Vandenberg : Et bien, c’est toujours excitant ! Surtout quand la salle est sold out et que les gens attendent votre venue !

On The Move : Avez-vous déjà une connexion particulière avec votre public Français ?

Casper Starreveld : On a beaucoup de fans qui viennent de France et j’ai entendu dire qu’ils étaient vraiment très contents qu’on se produisent enfin dans leur pays. Dans le passé, on a déjà eu des concerts planifiés en France, qui n’ont pas pu avoir lieu pour de multiples raisons, mais aujourd’hui on est là, enfin sur le point de jouer !

Niles Vandenberg : L’une de nos toutes premières tournées est en fait passée par la France !

Casper Starreveld : Oui, notre première tournée à l’étranger est passée en France pour trois dates. À Lille…

Niles Vandenberg : C’était il y a longtemps !

Jan Haker : Il y a presque 10 ans.

Casper Starreveld : Et Valenciennes je crois… La seule chose dont je me souviens c’est que j’étais vraiment saoul (rires) car j’avais bu de l’absinthe pour la première fois de ma vie et je me suis réveillé sur le sol.

Niles Vandenberg : Oui ! Dans la salle.

Casper Starreveld : (A Niles) D’ailleurs, je n’ai pas essayé de te lancer une bouteille dessus ?

Niles Vandenberg : Non… mais on est toujours ensemble ! (rires).

Casper Starreveld : Donc je pense que ça nous a pris 10 ans pour récupérer de cette soirée et nous voilà maintenant de retour en France ! (rires)

17015361_10212473137773505_414563355_oJan Haker, Niles Vandenberg et Casper Starreveld du groupe Kensington – © Elodie Dubois

On The Move : Comment gérez-vous le fait de préparer 5 concerts sold out dans la plus importante salle de votre pays d’origine et, dans le même temps, devoir défendre votre univers dans des salles plus intimistes ailleurs en Europe ?

Jan Haker : «Intimiste» est le mot juste, je pense, parce-qu’on aime toujours jouer dans de petites salles, c’est plus personnel vous savez, on peut voir les visages des gens qui nous écoutent. C’est vraiment agréable parfois de jouer pour de petites foules.

Casper Starreveld : Oui et je pense que… Hier, par exemple, on était à Anvers pour un gros concert ! On a joué devant presque 8000 personnes et, le jour précédent, on était en Suisse devant 700 personnes, et avant ça, à Budapest devant 2000 personnes. En termes de capacités des salles, il y a vraiment de tout ! Mais cela nous permet de toujours garder un esprit de challenge. Il faut toujours qu’on modifie un peu le show, qu’on l’adapte aux circonstances dans lesquelles on se produit. En Hollande, c’est vraiment une histoire différente de celle de ce soir mais la variation est vraiment cool ! Je pense que si tu vois un groupe qui joue exclusivement dans des arenas, ça devient en quelque sorte mécanique, les musiciens seraient un peu comme des machines. Si tu fais une erreur dans une petite salle, ça n’a pas vraiment d’importance, ça fait partie du jeu, mais dans une grande salle, un petit couac peut avoir de grosses conséquences et ça nous met plus de pression pour tout un tas de choses. C’est pourquoi on aime les petites salles, c’est bien plus relax, la connexion avec le public est plus directe et je pense que c’est un gros plus ! Mais on aime vraiment la variation entre les deux.

On The Move : Comment expliquez-vous l’immense succès que vous rencontrez aux Pays-Bas et ses pays voisins, alors que vous êtes encore peu exposés dans les autres pays Européens pourtant très proches ?

Niles Vandenberg : Je pense qu’on y travaille juste encore plus dur car c’est notre propre pays. Là bas aussi, on a commencé en jouant de très petits clubs, d’abord devant des amis, puis devant 20 personnes, puis devant 100… Finalement, notre audience a grandi mais nous y avons consacré beaucoup de temps et d’efforts. On essaie de se faire entendre dans toute l’Europe depuis maintenant plusieurs années mais c’est aussi un processus en cours. Ce que vous allez voir ce soir, cette tournée, c’est la première où les salles sont véritablement remplies, que de plus en plus de gens viennent aux concerts…

Casper Starreveld : Je pense que cette différence a aussi à voir avec le fait que nous avons toujours un album de retard en Europe et que cela explique le succès que nous pouvons avoir en Hollande… Nous nous améliorons, je l’espère. (rires) La Hollande est un pays assez compact, ça prend du temps et demande beaucoup d’efforts avant de reproduire ce succès dans un nouveau pays. Pour un groupe américain ou anglais qui serait signé à un label, il devient engagé mondialement et est envoyé en tournée dans une multitude de pays. Pour un groupe néerlandais, c’est totalement différent parce qu’on vient d’un petit territoire donc on a besoin de « conquérir » de nouveaux pays par nous-mêmes et ça prend forcément plus de temps que pour un groupe anglais. Je pense que la différence est là. Puis le fait qu’on soit si populaire en Hollande veut parfois dire qu’on a tellement de choses qui se passent dans ce même pays qu’on a besoin de trouver le bon moment pour aller à l’étranger. Mais nous avons eu la chance, ces dernières années, de pouvoir beaucoup voyager à l’étranger et nous nous perfectionnons. Le fait que nous fassions ces gros shows en Hollande veut aussi dire qu’on peut maintenant passer plus de temps sur ce genre de tournées plus intimes et on voit que notre travail paye, les shows sont complets. Et on a aussi beaucoup de festivals prévus à travers l’Europe cet été !

15032686_10154442749455845_4858533585177695102_nZiggo Dome, Novembre 2016, Amsterdam – © Bart Heemskerk

On The Move : Vous avez enregistré 4 albums en 7 ans, en retirez-vous un processus de création particulier ou est-ce-que chaque disque est une toute nouvelle aventure ?

Casper Starreveld : Je pense que c’est les deux ! On a une certaine routine, oui. On aime, par exemple, aller à l’étranger pour enregistrer parce qu’on ne veut pas être coincés dans notre routine quotidienne en Hollande mais on envisage aussi chaque album comme une chose nouvelle. Pour « Control », on est allés à Rome et on a fait le choix de travailler avec un nouveau producteur qui vient des Etats-Unis, que l’on a amené en Italie. C’était un peu chaotique comme expérience mais c’était vraiment cool au final et on est fiers du résultat. Je pense que la chose principale quand tu fais un album est que, si tu restes trop coincé dans tes habitudes, ça t’amène sans doute à reproduire le même son et à devenir peut-être un peu ennuyeux. On essaie toujours de faire quelque chose de différent même si on aime enregistrer d’une certaine manière, travailler d’une certaine manière. On n’est jamais trop timides d’apprendre … Je ne sais pas, qu’est-ce-que vous en pensez les gars ? (Rires)

Jan Haker : C’est très juste ! Nous aimons rendre les choses un peu plus difficiles pour nous à chaque étape juste parce qu’on ne veut pas se répéter encore et encore. Je pense que c’est un bonne chose même si parfois c’est dur et assez laborieux de faire un album de cette façon mais c’est pour le mieux et pour nous pousser à expérimenter différentes choses pour devenir encore meilleurs.

On The Move : Il s’agit de sortir de votre zone de confort en quelque sorte ?

Jan Haker : Absolument ! Je pense que c’est vraiment important.

On The Move : En parlant des destinations choisies pour enregistrer vos albums, est-ce-que c’est une décision assez aléatoire ou est-ce-que, au contraire, ces lieux de création sont choisies spécifiquement ?

Niles Vandenberg : Berlin, où nous avons enregistré « Rivals », n’était pas choisi au hasard. Nous voulions travailler avec un de nos amis et il a déménagé à Berlin donc nous l’avons suivi. Nous avons fait plusieurs disques avec lui. Mais pour ce nouvel album, on voulait avoir de nouvelles expériences, avec de nouveaux producteurs, de nouvelles énergies… donc de nouvelles villes. On ne voulait pas rester coincés dans les mêmes ambiances et mêmes émotions donc on a choisi Rome et on y a amené notre producteur américain. C’était une grande aventure, beaucoup de bas, beaucoup de hauts…

Casper Starreveld : …beaucoup de pâtes, beaucoup de vins ! (Rires). Mais je pense que comme on avait déjà enregistré deux albums à Berlin, retourner là-bas aurait pu justement devenir trop routinier. On se sentait bien à l’idée de faire quelque chose de vraiment différent cette fois, même si ça signifiait que nous devions à nouveau réapprendre beaucoup de choses. On ne pouvait plus aller manger dans notre restaurant préféré du coin de la rue (Rires). On a du trouver de nouveaux endroits pour manger et de nouveaux endroits où travailler. Mais c’est la partie amusante de la chose !

On The Move : Il semble que l’on finit par ressentir ce processus de création quelque peu particulier dans vos albums car ils sont tous bien différents. Vos précédents opus sont baignés d’influences métissées. «Done With It» sur «Rivals» en est l’exemple parfait. D’où vous viennent ces sonorités lointaines ? Est-ce-qu’elles sont justement le fruit de vos voyages ?

Casper Starreveld : C’est une bonne question ! Je pense déjà que nous avons grandi baignés de genres musicaux qui ont pu nous influencer de cette manière. Par exemple, « Done With It » a probablement une sorte d’influence…

Niles Vandenberg : Une ambiance africaine !

Casper Starreveld : Oui, une ambiance africaine ! Couplée à du Paul Simon et du Vampire Weekend, je ne sais pas. Quand Eloi pense aux voix, il a parfois une façon très « staccato », presque africaine de faire… Et il est a moitié égyptien en fait, ça peut vouloir dire quelque chose (rires) . Il a une façon très saccadée de créer certaines lignes de chant et ça a définitivement à voir avec ça. Quand on jam, on a tendance à s’aventurer soit vers du rock bien puissant soit vers des choses beaucoup plus groovy. Je ne sais pas, je pense que c’est vraiment important de te pousser toi-même à créer ce genre de variations. L’auditeur est d’accord sur le fait que de faire un album plus divers lui offre une durée de vie plus longue, à l’inverse d’un album où tu dis « Oh, onze chansons du même style, c’est cool ! Mais écoutons autre chose maintenant ! ». Pour «Control», on s’est vraiment poussés plus durement à se diversifier davantage en terme de volume et de puissance. Avec « Storms » et « Sorry », qui sont plus calmes, et d’autres titres comme « St. Helena » ou « Do I Ever » qui sont bien plus rock, le contraste est ce qui rend le tout plus intéressant !
Certains groupes font toujours la même chose encore et encore et le font très bien comme Green Day ou Metallica. Ils font juste leur truc et ça marche mais je pense qu’on est un groupe qui a besoin d’un peu plus de variations et de création. (rires)

On The Move : Vous avez créé votre propre label « Kensington Records », qu’est ce qui vous a poussé à le faire ?

Niles Vandenberg : C’est plus que… En faisant nos albums, on a réalisé que les labels étaient capables d’affecter notre créativité en studio et on ne veut pas que quelqu’un d’extérieur au groupe nous dicte quoi faire à ce propos ! On pense que c’est vraiment important. On veut juste pouvoir créer ce qu’on a envie de créer, le finir et le sortir (rires).

Jan Haker : On veut posséder notre musique, du début à la fin.

Casper Starreveld : C’est notre vision, c’est notre musique et c’est vraiment cool de travailler avec des gens qui comprennent ça ! Certains partenaires avec qui on a travaillé avaient beaucoup d’influences mais ça ne fonctionnait pas vraiment avec nous. On veut juste être libres et donner ce qu’on a à donner à notre public.

Niles Vandenberg : On ne veut que personne ne nous dise quoi faire. (Rires)

Jan Haker : Les labels ont tendance à faire ça !

Casper Starreveld : Oui, surtout quand il y a de l’argent et du pouvoir en jeu ! Les gens ne le disent pas toujours mais ça influence forcément le processus de créativité et on veut garder ça le plus loin possible de notre… « art » ! (rires)

On The Move : Est ce qu’à l’avenir, le label peut devenir un outil de production pour d’autres artistes ?

Niles Vandenberg : Peut-être que oui !

Casper Starreveld : Oui je pense… Pour l’instant, on est trop occupés à travailler sur nos propres projets parce qu’on a la chance d’être un groupe à succès et ça rend compliqué l’idée de travailler pour quelqu’un d’autre. Mais, je peux définitivement imaginer que, dans le futur, on puisse utiliser notre propre pouvoir pour promouvoir de nouveaux jeunes et cools talents qui auraient certaines difficultés à le faire eux même. Ça serait vraiment bien d’avoir une plateforme pour ça, mais pour l’instant ce n’est pas vraiment encore le cas.

On The Move : Vous n’avez jamais proposé ouvertement de featurings sur vos albums mais en dehors de ça, vous avez collaboré avec le DJ néerlandais Armin Van Buuren sur « Heading Up High » et êtes même partis en tournée avec lui. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Niles Vandenberg : C’était une expérience totalement différente. On a fait une tournée mondiale avec lui, on faisait partie du show car on jouait quatre de nos chansons durant le set. On mixait notre son avec le sien pour un public très différent du nôtre. Parfois, à la fin du show, on jouait « Streets » en tant que groupe, sans qu’il ne mixe derrière, et les gens se disaient « Oh, c’est différent, je croyais avoir acheté un ticket pour de l’électro » mais c’était cool d’avoir la chance de nous produire dans d’autres pays, pour un public différent et devant des gens qui n’iraient sans doute pas normalement à un concert de Kensington. Je pense que c’était cool !

Casper Starreveld : C’était une sorte d’expérimentation pour nous je suppose, de voir ce que cela pouvait donner. Puis, Armin est vraiment un gars très gentil donc ça a marché !

ksgt+arminnnnnKensington avec Armin Van Buuren

On The Move : Et dans le futur, vous aimeriez refaire ça ? ou collaborer avec d’autres artistes aussi bien dans les textes que dans l’interprétation ?

Casper Starreveld : J’adorerais avoir Rick Ross sur notre prochain album (rires). Je crois que, parfois, ça fonctionne très bien mais pour un groupe, c’est un territoire assez bizarre ! Quand on voit Daft Punk et The Weeknd travailler ensemble, ça prend tout son sens parce que, au final ils se nourrissent l’un et l’autre.

Niles Vandenberg : L’un s’occupe de la mélodie, l’autre des paroles…

Casper Starreveld : C’était un challenge pour nous de travailler avec Armin, parce qu’on a dû faire des compromis. En tant que groupe, on est déjà 4 personnes…

Niles Vandenberg : Ca pourrait être intéressant de travailler avec un autre groupe. (rires)

Casper Starreveld : Oui, ça serait vraiment bizarre (rires)

Niles Vandenberg : « Je veux jouer cette partie de batterie ! » (Rires)

Casper Starreveld : C’est pourquoi ça n’est jamais arrivé parce que ça ne fonctionnerait pas, si ?

Niles Vandenberg : Ne jamais dire jamais !

Casper Starreveld : Quand on voit Jay Z et Linkin Park… c’était cool !

Niles Vandenberg : Oui, mais ils jouent sur leur propre chanson d’une façon différente de la version originale… Donc ne jamais dire jamais ! Ça pourrait être intéressant.

Casper Starreveld : Run-D.M.C et Aerosmith, c’était aussi une bonne collaboration ! Un classique.

On The Move : Ca pourrait être une façon d’apporter quelque chose de vraiment différent.

(Oui général)

Niles Vandenberg : Oui, pour expérimenter d’autres chemins, si c’est intéressant, pourquoi pas !

On The Move : Pour terminer, qu’est ce qu’on peut attendre du show français de Kensington ?

Niles Vandenberg : Hier, on a joué pour 8000 personnes et on est toujours un peu dans cette énergie je pense, donc ça va être un show très rock mais pour 500 personnes ! Ça va être puissant ! (rires)

Casper Starreveld : Et c’est le dernier concert de la tournée donc on doit la clôturer avec style, bien sûr. Et puis, je ne sais pas… Il y aura beaucoup de chansons de Kensington, toutes…

On The Move : Toutes ?

Niles Vandenberg : Non, pas toutes (rires). Mais on va jouer beaucoup de chansons du nouvel album et on espère que les gens les connaissent.

Casper Starreveld : Et je ne sais pas, je l’espère un joli départ à quelque chose de beau en France !

par Coraline et Elodie

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Kensington se produira dans de nombreux festivals aux Pays-Bas et en Allemagne cet été. Ils feront également un détour par l’iconique Sziget Festival le 10 Août et des bruits courts qu’ils pourraient bien faire partie du line-up du Main Square Festival, ici en France… On The Move garde les yeux ouverts pour vous et ne manquera pas de vous le confirmer !

Le quatrième album de Kensington « Control »  est toujours disponible en téléchargement.