Rencontre avec le quatuor Bastille, dans les coulisses de leur « Wild, Wild World Tour » !

Depuis Septembre 2016, Bastille est sur tous les fronts ! Pour la promotion de « Wild World », son deuxième opus, le groupe britannique a orchestré d’une main de maître la sortie de singles diablement efficaces comme « Good Grief », de clips déroutants à l’instar de « Blame » couplés d’expériences inédites sous l’égide de l’organisation « Wild World Communications ». Le 31 Janvier dernier, ils démarraient la seconde partie de leur tournée européenne, qui les a mené à Paris, deux jours plus tard, pour un live explosif. L’équipe d’On The Move a eu l’occasion de rencontrer Dan Smith, Chris Wood, Kyle Simmons et Will Farquarson, quelques minutes avant leur montée sur scène, afin de s’entretenir sur les coulisses de fabrication de leur « Wild, Wild World Tour ».

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On The Move : Vous avez créé un univers surprenant et unique autour de votre deuxième album « Wild World », grâce à WWCOMMS. Comment vous est venue l’idée d’un concept aussi global, qui au départ était une sorte de fiction réservée à vos visuels et qui maintenant prend vie, de plus en plus, avec les pop-up stores que vous avez organisés et surtout vos shows ?

Dan Smith : Je pense que l’album est évidemment arrivé en premier, comme une sorte de réaction très humaine à tout ce qui se passe dans le monde en ce moment, ou en tout cas pour les quelques dernières années. Et ensuite, on a dû penser aux visuels, à la tournée, à tout ce que comporte la promotion tel que le rapport aux réseaux sociaux, la manière dont on annonce les choses… On a essayé de trouver un moyen de se retirer discrètement de tout ça, en fait.

L’idée de WWCOMMS est d’abord partie de la mise en place d’un auto-bot, via Facebook Messenger, par lequel nous parlions aux fans. Et ça a plus ou moins évolué de là. La plupart du temps, lorsque nous créons quelque chose, on aime démarrer d’une idée et juste voir comment celle-ci se développe d’elle-même… Ça a commencé avec un symbole, puis ça a pris de l’ampleur, notamment lorsque nos amis de Crooked Cynics ont réalisé la vidéo d’une de nos chansons « Fake It », qui incluait cette sorte de politicien-démiurge. On voulait juste jouer avec l’idée des médias et de la manière dont le monde est perçu par ce filtre. Et bien sûr, on se penche sur une période actuelle, où il y a beaucoup de politiciens qui ne mâchent pas leurs mots, peu importe leurs points de vue !

Nous voulions juste pointer ça du doigt, s’en amuser, le critiquer également, mais en restant très généraux, car évidemment, nous ne sommes que quatre idiots dans un groupe de musique ! Mais tout ça a juste suivi son cours et est devenu de plus en plus présent, jusqu’à prendre part à chaque étape de la campagne de « Wild World ». L’idée initiale était, d’une manière cinématique, d’avoir cette ambiance à la « 1984 » (roman de George Orwell ndlr.) avec la figure d’un Big Brother. Et, finalement, c’est devenu un outil très efficace pour nous positionner et questionner l’évolution du monde actuel.

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Comme a pu en témoigner notre équipe, et les quelques 5000 personnes dans la salle du Zénith le 2 Février dernier, le « Wild, Wild World Tour » propose plus qu’un show musical, une vraie expérience, structurée et dynamique. Mené par l’acteur Simon Hepworth, dans la peau d’un mi-journaliste mi-politique flirtant avec la névrose, le spectacle met l’accent sur le visuel avec des fresques mêlant architecture, grands paysages, compositions graphiques et mini-fictions.

On The Move : Vos concerts placent la barre encore un peu plus haute avec le « Wild, Wild World Tour », autant musicalement que visuellement ! Chaque chanson est accompagnée d’un quasi court métrage. Avez-vous joué un rôle dans le processus de création de cette scénographie ?

Dan Smith : Oui ! Je veux dire, on ne les a pas littéralement tous filmés (rires) mais organiser l’ensemble du show était très gratifiant. Je suppose que c’était très excitant de faire l’album, le sortir puis, immédiatement, partir en tournée car cela voulait dire que l’on était en mesure de répéter et décider de la production du show dans le même temps. Et de cette manière, le show est encore en train de grandir, se développer, évoluer. Oui, je pense que nous en sommes juste très fiers, du début à la fin ! Il raconte une histoire générale. J’espère que beaucoup de ces images transmettent de la poésie et font émerger des sentiments différents chez les gens. Egalement, on voulait que tout ça soit assez impressionnant… Vous savez, l’important reste le concert, les chansons mais, avec un peu de chance, nous avons réussi à trouver un équilibre entre ça et la proposition visuelle.

Chris Wood : J’espère que les visuels rendent cela, j’allais dire, « immersif » – ce qui est un peu extrême- mais ce que j’entends par là, c’est que l’on peut se perdre là-dedans, pendant quelques chansons, car beaucoup sont liées entre elles. C’est juste plus appréciable que d’arriver sur scène, jouer une chanson puis faire une pause, jouer une deuxième chanson et de nouveau, une pause. Le show essaie d’aller au-delà du simple concert !

Kyle Simmons : A partir du moment où le public met les pieds dans la salle, tout est connecté ! Même les groupes qui jouent en première partie sont intégrés à l’expérience, et ce, jusqu’à ce que nous arrêtions de jouer. Même quand la musique s’arrête, ce n’est pas encore exactement la fin ! Et puis, le public part. L’expérience est complète, on fait partie d’un tout et c’est agréable, j’imagine, car ce n’est pas statique. Ce n’est pas une succession de groupes jouant les uns derrière les autres, entrecoupés de pauses techniques. Ouais, c’est plus sympa que ça !

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Contrairement à leurs précédentes tournées, les Bastille montent maintenant sur scène accompagnés. Charlie Barnes, quasi 5ème membre de la formation, est présent au clavier et aux cordes tandis que trois musiciens et choristes apportent le son entêtant des cuivres, caractéristiques de l’album « Wild World ».

On The Move : Sur cette tournée, de nouveaux musiciens vous accompagnent sur scène. Est-ce-que vous avez toujours envisagé de vous produire, un jour, dans ces conditions ou est-ce-que cette formation scénique est venue naturellement avec l’évolution de votre son ?

Dan Smith : Je dirais que notre son a toujours été assez puissant, car il est composé de pas mal de sonorités différentes. Au début, quand on a commencé à jouer dans les pubs, la question était « comment est-ce-qu’on va y parvenir ? » et je pense que, quand les scènes et les salles ont commencé à être de plus en plus grandes, le spectacle a grandi avec et est devenu ce qu’il est maintenant. Il s’agit vraiment d’être à la hauteur de la taille des salles dans lesquelles nous sommes assez chanceux de jouer, maintenant. Et les musiciens, je pense que… Vous savez, dans ce nouvel album, il y a une bonne quantité de cuivres, que l’on a également incorporé dans des chansons plus anciennes juste parce que ça nous plait. J’aime l’idée que maintenant, des sortes « d’ères » se dessinent dans notre carrière, si tant est qu’on en ai une ! Et cette ère-ci sera bien définie par WWCOMMS, cette nouvelle esthétique et la dimension apportée par les cuivres. Je pense déjà au troisième album et j’espère qu’il sera complètement différent de ça !

Mais, j’aime quand un groupe a comme une époque identifiable pour chaque album, son visuel, sa musique… Comme Kyle l’a dit, on veut juste que tout se cristallise en un seul grand show, dès le moment où quelqu’un entre ! Je crois qu’on a juste pensé que ce serait amusant et intéressant de faire quelque chose de plus conceptuel. Et c’est toujours sympa, en tant que fan d’autres groupes, de voir comme tous les détails peuvent être envisagés, depuis les réseaux sociaux, les séances photos, les clips vidéos , jusqu’aux concerts, dans une même continuité. On avait déjà un peu ça dans le premier album, mais je pense que c’était un peu plus subtil.

Aujourd’hui, nous avons la chance d’être dans une position qui nous permet de prendre le temps de penser et de mettre en place toutes ces choses. On se dit juste : « Fuck It ! », ça pourrait bien être la plus grande opportunité que l’on aura jamais alors faisons quelque chose d’au moins un peu différent ! On aurait très facilement pu arriver sur scène et jouer nos chansons avec un simple fond et quelques lumières, et je suis sûr que ça aurait été une tournée très amusante quand même, mais je ne sais pas… J’aime juste l’idée de ne jamais faire les choses trop facilement vis à vis de nos fans et essayer de garder cet esprit de challenge ! Ce que j’essaie de dire, c’est juste qu’on veut apporter quelque chose de plus que de simplement jouer nos chansons en concert.

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Bien que leur plus récent opus « Wild World » marque donc une nouvelle ère de leur carrière, Bastille conserve dans son show les chansons les plus iconiques de leur premier album « Bad Blood » : des moments phares du spectacle que sont « Flaws » ou « Pompeii » à de moins populaires comme « Icarus ».

On The Move : Vous parlez de différentes ères à votre musique et pourtant, vous mélangez d’anciens et de nouveaux titres dans la setlist du « Wild, Wild World Tour ». Comment choisissez-vous les chansons à jouer, pour trouver un certain équilibre entre les deux ?

Chris Wood : C’est un débat constant ! (rires)

Dan Smith : C’est toujours super intéressant, car une chanson comme « Pompeii », par laquelle nous finissons, est comme une conclusion joyeuse au set, et tout le monde le ressent. Mais, en termes de paroles, c’est bien plus que ça. A la fin du concert, il s’agit de s’exprimer sur la façon dont le monde part en vrille et combien c’est difficile, aujourd’hui, de trouver des réponses à ça. Et chanter des paroles comme « But if you close your eyes, does it almost feel like nothing changed at all ?», à la fin du show, c’est à propos de ça. C’est comme donner une toute nouvelle vie à la chanson, et je pense que c’est une sorte de fin cathartique. Cette chanson est l’une de nos plus anciennes et elle n’a pas été destinée à être interprétée de la sorte mais… c’est intéressant de voir comme le mélange des nouvelles chansons et des anciennes donnent à chacune une nouvelle perspective, ce que je trouve toujours fun et excitant.

Chris Wood : On a essayé de trouver le bon équilibre entre les anciens et les nouveaux titres parce que les gens pourrait être contrariés de ne nous voir jouer que les nouvelles puis partir. Ça pourrait être sacrément audacieux, cela dit ! Mais on doit être conscient qu’il y a des gens qui sont fans depuis le début et aussi des fans plus récents. Clairement, c’est le bon moment, durant cette promo, que chaque chanson du nouvel album ait son moment pour briller. Et puis, on va faire un troisième album, ce qui signifie que de nouveaux titres vont arriver et passeront devant d’autres, que l’on devra mettre de côté. Personnellement, j’aime que chaque chanson ait la chance d’être jouée, tant qu’elle le peut !

Lorsqu’il n’est pas dans le rythme effréné de la promotion de ses albums studio, le groupe ne chôme pas et développe différents projets parallèles qui nourrissent le son Bastille.

On The Move : En dehors de vos albums studios, vous n’avez pas peur d’expérimenter… Vous avez sorti des mixtapes parallèles, sous le nom de « Other People’s Heartache ». Dan travaille aussi sur le projet « Annie Oackley Hanging ». Comment, dans toute cette production, vous arrivez à définir quelles chansons appartiennent à un album de Bastille ?

Dan Smith : Je ne vois pas de quoi tu parles ! (rires) Je crois que tout ce qu’on fait est Bastille. « Annie Oakley Hanging » est une chose totalement différente et a vraiment été pensé dans cet esprit. Et puis, vous savez, le but des mixtapes était d’emprunter des chansons et des histoires à d’autres personnes et de les interpréter à notre manière, de simplement jouer avec elles. Les mixtapes sonnent très « Bastille » mais d’une manière un peu décalée de celle de nos albums. Je pense que, ce que j’aime à propos de ce projet, à propos de tout ce qui concerne Bastille, c’est que quand il s’agit de son ou de genre, j’ai l’impression que l’on peut faire ce qu’on veut ! Tant qu’on le fera comme ça, ce sera du Bastille. Donc oui, je suppose que c’est assez agréable d’avoir cette liberté. C’est potentiellement la raison pour laquelle notre deuxième album possède 19 titres aussi variés !

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Après avoir sillonné les routes d’Europe, les membres de Bastille vont bientôt entamer la tranche américaine de leur tournée, avant de revenir sur le vieux continent pour la période des festivals.

En attendant leur retour potentiel en France, vous pouvez toujours télécharger leur second album « Wild World » sur les plateformes légales.

Coraline et Elodie