Interview avec Jack Garratt 

A seulement 23 ans, ce multi-instrumentalistes fait déjà beaucoup parlé de lui en outre-manche. S’il peut se vanter d’avoir séduit le très réputé Zane Lowe avec son single « The Love You’ve Given », Jack Garratt peut également apprécier le fait d’avoir des fans de tous les pays venus exprès pour lui. L’artiste venu pour présenter son nouvel EP ‘Synesthesiac’ s’est étonné de voir débarquer des fans de Norvège, de Suisse rien que pour l’évènement. C’est l’effet Jack Garratt ! Il a joué avec 4 instruments sur scène simultanément, et tout seul. Une voix qui porte, une énergie et une bonne humeur communicative, bref c’est un talent que vous voulez vraiment découvrir. Des surprises comme cela on en trouve pas tous les jours.

A cette occasion nous avons rencontré l’artiste afin d’en savoir un peu plus sur ses inspirations, son nouvel EP et son background musical.

– Rencontre avec un artiste hors normes –

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Pour ceux qui ne te connaissent pas encore peux-tu te présenter ?

Jack : Je m’appelle Jack Garratt je suis chanteur, producteur, parolier anglais en train d’essayer beaucoup de choses et voir ce qu’il se passe (rires).  Je suis en tournée en ce moment et ce soir je joue à Paris ! Je crois que c’est tout.

Comment as-tu été amené à jouer de la musique ? Il y a-t-il eu un élément déclencheur ?

Jack : Intéressant… Je ne pense pas qu’il y ait eu de moment où je me suis dit « oh ok je vais faire ça pour toujours » ou pour de vrai. J’ai toujours écrit des chansons et je pense que le premier instant où j’ai écrit une chanson c’était quand j’ai su que je voulais faire ce métier. Je n’y ai jamais vraiment pensé. J’ai commencé à écrire à 13 ans, donc c’était il y a 10 ans et elles ne sont toujours pas très bonnes (rires) mais l’écriture de ma première chanson, sans le savoir, a été le moment où j’ai su que j’allais faire ça pour le restant de ma vie. Si on veut parler concret ça c’est décidé lorsque j’ai réellement essayé de le faire. C’est-à-dire quand je n’écrivais pas de bonnes chansons et je ne faisais pas de bons concerts, je continuais à m’entrainer pour réussir et m’améliorer. Puis je suis allé à la fac pour étudier l’enseignement et c’est quand je suis allé la bas que j’ai compris que je ne voulais rien faire d’autre. Donc oui à partir du moment où j’ai essayé de faire quelque chose de plus censé.

Quelle est ta procédure d’écriture ?

Jack : C’est difficile, ça change selon les chansons. Ça peut venir d’une combinaison de beats et de tons, et de ça je cherche une mélodie pour accompagner et des paroles. Et de l’autre côté je peux avoir des paroles prêtes dans ma tête. J’ai toujours mon portable sur moi parce que j’ai très rarement des paroles dans ma tête. Et je sais que je vais les oublier. Ma mémoire est horrible pour les trucs comme ça. Je suis capable de citer parfaitement un épisode de Family Guy vieux de 15 ans mais je ne peux pas me souvenir de paroles le jour après où je les ai inventées. Donc j’ai toujours mon téléphone si je marche dans la rue et que quelque chose se passe. Mais généralement je commence avec le refrain et j’explore des sons différents pour le reste.

Peux-tu nous décrire le style/genre de ta musique ?

Jack : Je trouve ça difficile à faire parce que je trouve que c’est difficile à décrire tout simplement. Mais j’essaye de ne pas le faire. On dit que je suis un artiste éléctro mais c’est parce que c’est genre très large. Beaucoup d’artistes sont électro mais on va dire que c’est ce que je suis et c’est ce que je dirai à quelqu’un qui écoute mes musiques. C’est plutôt aux gens d’avoir leur propre avis sur ce que c’est. Et j’ai eu beaucoup de différentes comparaisons. Certaines sont assez bizarres et je ne les pense pas vraies. Mais c’est bien parce que je n’ai jamais dit « je suis ce genre de personne et j’ai été inspiré telle sorte de musique ». Il y a des gens qui me comparent à Kodaline. Ce que je ne comprends pas, mais c’est génial, c’est la façon dont ils entendent. Et à coté on me compare à Ed Sheeran, je ne comprends pas non plus mais oui merci beaucoup, pourquoi pas.

Ou James Blake ?

Jack : Je comprends déjà plus James Blake parce qu’on est tous les deux considérés comme des artistes électro mais on est quand même très différents. Mais j’aime ça, j’aime les gens qui font ses comparaisons. Parce que les gens écoutent ceux qu’ils aiment, ils écoutent mes chansons et ça créer la même réaction en eux que quand ils écoutent un artiste qu’ils aiment vraiment beaucoup. Et ils font cette connexion « oh on dirait un peu du James Blake, Jeffrey Baker » et j’en suis humble parce que je suis fan de ses deux artistes ils sont géniaux mais je n’ai jamais choisi de faire la même musique qu’eux.

Ton EP « Synesthesiac » est sorti, pourquoi as-tu choisi ce nom ?

Jack : C’est un mot que j’ai inventé. C’est supposé décrire quelqu’un qui est obsédé par la synesthésie. Ou quelqu’un qui est intéressé par la synesthésie mais qui ne l’a pas forcément. Ce qui me décrit. J’adore l’idée qu’on puisse avoir quelque chose de si beau et pure que la musique. Et que ça puisse soulever plusieurs sens dans ton corps. Parce que la plupart des gens l’entendent seulement mais imagine tu pouvais voir ce qu’est la musique. De voir le son qui en sort. Imagine si tu pouvais goûter la musique. Cette synesthésie, ce croisement des sens, est quelque chose qui m’intéresse énormément. Donc oui synesthesiac c’est exactement ça de donner l’impression de synesthésie à quelqu’un qui ne l’a pas. C’est ce que j’ai essayé de créer avec l’EP, de créer des sons qui donnerait le ressenti aux gens d’une synesthésie pour une seconde.

Quelle est selon toi la grande différence entre ton ancien EP Remnants et celui-ci ?

Jack : Je dirai franchement que je me suis amélioré dans la production. J’ai continué d’apprendre et j’apprends toujours. J’essaye de m’améliorer chaque jour. Je me suis plus concentré sur le son des choses. Pour la synesthésie. Je dirai que l’écriture de Remnants est mieux selon moi parce que je me suis plus concentré dessus. Mais je pense que la production sur Synesthesiac est beaucoup mieux parce que je m’étais amélioré et j’y faisais plus attention. Je m’amusais plus à produire. Je ne dirai pas qu’il n’y a pas de progression évidente, contrairement à ce que j’avais imaginé. J’avais toujours vu mes deux EP se tenir sur un stand d’égalité comme deux différents corps d’un même travail mais ils donneront autre chose dans le future. Remnants était là dans un but et Synesthesiac dans un autre.

Avec qui rêverais-tu de collaborer plus tard ?

Jack : J’aimerai travailler avec pleins de gens ! Leanne La Havas parce que sa voix est magnifique, elle travaille avec des gens incroyables. Nai Palm qui est le meneur de Hiatus Kaiyote. Ils viennent de Melbourne en Australie. J’aimerai beaucoup travailler le groupe parce qu’ils sont vraiment géniaux. Je suis un grand fan de Frank Ocean fan il est incroyable. Essentiellement quelqu’un qui respecte la musique qu’il fait et qui respecte son public. Je suis fan de ça. Le pire est d’être assis dans une pièce et savoir que tu travailles avec quelqu’un qui ne soucie pas du résultat de la chanson mais de la réaction des gens, ou bien le succès que ça va avoir. J’ai toujours respecté mon public. Faire de la musique que j’aime et que j’espère qu’ils vont aimer. Et jusque-là la transmission a été bonne. Donc j’aimerai travailler avec des gens qui m’ont fait ressentir cela.

• Qu’est-ce que tu ressens quand tu es sur scène en trois mots ?

Jack : Il y a en a trop ! Quand je joue je me sens perdu mais à l’aise et toujours en sécurité. C’est comme ça que je sais que je suis en train de jouer un bon concert. Les mauvais concerts sont différents. Mais en général je me sens totalement submergé et perdu. Un petit poisson dans un océan mais aussi à l’aise et en sécurité. C’est comme ça que tu sens quand la foule apprécie et passe un bon moment. Le pire c’est quand tu es perdu, mal à l’aise et pas en sécurité ! J’aime ne pas savoir où je suis et profiter. J’aime jouer sur scène, comme si j’avais un blackout et je ne sais pas ce qui se passe.

• Mais as-tu déjà eu une mauvaise expérience ? Les trois mauvais mots ?

Jack : Oui et ça craint ! Parce que quand je joue j’essaye d’être honnête avec le public. De leur donner le meilleur de moi-même. Et c’est vraiment nul quand je suis perdu dans ça. Et que mon corps ne connecte pas et que je me trompe en jouant. Et c’est là que je ne me sens pas à l’aise et vulnérable parce que je m’inquiète que le public ne passe pas un bon moment. C’est vraiment horrible. Je ne peux pas partir de la scène comme ça « bye à plus, on se voit plus tard » (rires). J’aime trop mes fans pour ça, je me dois de leur donner une bonne représentation. Ce qui est drôle c’est que les gens viennent me voir et me disent qu’ils ont adoré et je me dis  : «Comment ça se fait, c’était nul» « rires » mais ils n’ont pas remarqué parce qu’ils ont juste profité de l’instant. Donc je dois m’assurer de tout faire pour qu’ils passent un bon moment.

• Te dire qu’on a aimé le concert c’est le plus beau compliment qu’on puisse te faire ?

Jack : Oui, plus que tout. Ce n’est pas que c’est facile pour moi mais je m’assois dans un van que quelqu’un d’autre conduit. Et on m’emmène pour jouer des chansons que je connais par cœur. Et j’adore ça et les gens pensent que je suis le héros et que c’est dur. Oui c’est beaucoup de travail, j’ai une équipe qui travaille très dur avec moi pour que ça marche. Mais au final c’est aux gens de venir voir le concert et c’est à eux de décider s’ils veulent faire le trajet de chez eux et quitter leurs lits confortables, le diner de famille ou autre pour venir voir le concert. Et si ils sortent de chez eux pour venir me voir et apprécient le show et me remercient moi d’être venu je me sens bête (rires). Je leur dis non merci à vous d’être venus. Je ne suis pas là si vous ne l’êtes pas. Si j’ai un concert et que personne ne vient, je ne joue pas. Et jusque-là on a eu beaucoup de chance car les gens veulent venir et je sais que je vais m’amuser parce qu’ils vont s’amuser et je vais m’assurer qu’ils ont la meilleur putain de soirée de leur vie. Et c’est génial quand on me dit qu’on a aimé le concert car ça signifie énormément pour moi. Je joue sur scène depuis des années maintenant et cela signifie autant pour moi aujourd’hui, peut-être plus maintenant car je joue dans des villes où je n’ai jamais été. Je rencontre des gens que je n’ai jamais rencontrés. Y’a un an c’était mes amis (rires) et j’espère que ça va continuer à signifier plus.